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Le nouvel espion russe qui a piraté des téléphones portables en Russie

by Clara Dubois

Publié le 19 octobre 2025 17h37. La Russie impose l’installation de l’application « Max », développée par VK, sur tous les nouveaux téléphones portables vendus sur son territoire. Cette initiative s’inscrit dans une stratégie plus large de souveraineté numérique menée par le Kremlin, suscitant des inquiétudes quant à la surveillance des citoyens et à la restriction de la liberté d’expression.

  • L’application Max permet d’envoyer des messages, de passer des appels, de partager des fichiers et d’effectuer des transferts d’argent entre banques russes.
  • Elle est comparée à l’application chinoise WeChat en raison de son ambition de devenir une plateforme tout-en-un pour la vie quotidienne.
  • Des organisations de défense des droits humains signalent son utilisation forcée dans les territoires ukrainiens occupés et soulignent le risque de surveillance étatique.

Lancée en mars dernier, l’application Max est devenue obligatoire sur tous les nouveaux téléphones vendus en Russie depuis le 1er septembre. Développée par VK, une entreprise technologique russe, elle vise à offrir une alternative aux plateformes de messagerie occidentales, telles que WhatsApp, dont l’accès est de plus en plus restreint par les autorités russes.

Max se positionne comme une « super-application », regroupant des fonctionnalités de messagerie, d’appels, de partage de fichiers et de services financiers. Selon le Kremlin, elle permettra aux citoyens de communiquer avec leurs proches, avec les écoles de leurs enfants et de prouver leur identité aux administrations et aux entreprises. Cette ambition rappelle celle de WeChat, l’application chinoise développée par Tencent, qui est devenue incontournable au quotidien pour des millions de personnes.

WeChat, l’une des sociétés de médias les plus rentables au monde, offre bien plus que de simples fonctions de messagerie. Elle permet également d’effectuer des achats en ligne (similaire à MBWay au Portugal), de commander un taxi ou de payer ses factures. En 2018, Lusa rapportait que même les mendiants à Pékin utilisaient des codes QR pour recevoir des dons directement sur leur portefeuille numérique WeChat.

Toutefois, WeChat fait l’objet de critiques en raison de son manque de cryptage de bout en bout, ce qui signifie que le gouvernement chinois a accès aux données des utilisateurs. Un problème similaire se pose avec Max, qui pourrait permettre une surveillance accrue des citoyens russes et ukrainiens dans les territoires occupés. Selon le Kharkiv Human Rights Protection Group (KHPG), une organisation humanitaire ukrainienne, les étudiants de la région de Zaporizhzhia occupée par la Russie sont contraints d’utiliser Max depuis le 1er octobre, et d’autres applications de messagerie ont été interdites.

Cette initiative s’inscrit dans une tendance mondiale à la régulation des plateformes numériques. En 2020, l’administration Trump aux États-Unis avait interdit les transactions avec WeChat et TikTok, accusant la Chine de menacer la sécurité nationale. Le ministère chinois des Affaires étrangères avait alors dénoncé une décision motivée par des « intérêts égoïstes » et contraire aux règles du marché, comme le rapporte l’agence The Atlantic.

Plus récemment, le président vénézuélien Nicolas Maduro a également affiché son soutien à WeChat, affirmant qu’il l’utilisait lui-même et la trouvait « très bien », après avoir boycotté WhatsApp.

Malgré son lancement récent, Max ne comptait que 18 millions d’inscriptions en août, un chiffre modeste comparé aux plus de 90 millions d’utilisateurs de VK, l’application russe similaire à Facebook. Cependant, The Atlantic souligne que l’État russe dispose de moyens de pression pour imposer l’utilisation de Max, notamment en menaçant les entreprises technologiques ou en arrêtant leurs dirigeants. Pour ceux qui ont acheté leur téléphone avant le 1er septembre, les autorités limitent l’accès à d’autres applications de messagerie. Les appels vocaux sur WhatsApp et Telegram sont déjà restreints, et les réseaux sociaux Facebook et Instagram sont totalement interdits en Russie.

Selon le magazine américain, toutes les activités des utilisateurs de Max sont potentiellement accessibles à l’État, y compris leur géolocalisation, leurs données personnelles, leurs contacts, leurs photos et leurs enregistrements audio. Ces informations pourraient être utilisées à des fins de répression, allant des amendes aux arrestations, en passant par les disparitions, voire pire.

Le Kremlin a déjà démontré sa volonté de contrôler l’espace numérique. En 2019, Vladimir Poutine avait envisagé de « déconnecter » la Russie d’Internet mondial, tout en conservant le contrôle sur les informations accessibles aux citoyens. En 2022, l’organisation Freedom House a désigné la Russie comme le pays où la liberté sur Internet a le plus diminué, tandis que la Chine restait l’environnement en ligne le plus répressif au monde. La Russie a également adopté des lois criminalisant la recherche en ligne sur des sujets considérés comme extrémistes et infligé des amendes aux entreprises technologiques étrangères ne respectant pas ses exigences.

En 2023, le Kremlin a infligé une amende à l’application Reddit pour la publication de « fausses informations » et a continué de renforcer son contrôle sur l’information en ligne.

Texte rédigé par André Sousa et édité par Ricardo Marques

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