La finance mondiale s’engage de plus en plus résolument aux côtés des politiques industrielles nationales, marquant une évolution significative vers un modèle où l’État joue un rôle de catalyseur pour les investissements privés dans des secteurs jugés stratégiques.
JP Morgan, l’une des plus grandes banques au monde, a récemment annoncé sa volonté d’investir jusqu’à 10 milliards de dollars (environ 9,2 milliards d’euros) dans des entreprises opérant dans des secteurs essentiels à la sécurité économique des États-Unis, dans le cadre d’un plan décennal de mobilisation de 1 500 milliards de dollars (environ 1 380 milliards d’euros). Cette initiative témoigne d’un intérêt croissant des acteurs financiers pour les industries dites “critiques”.
Parallèlement, une société financière, Appian Capital, participe à la création d’un fonds d’un milliard de dollars (environ 920 millions d’euros) destiné à financer des projets liés aux matières premières critiques dans les pays émergents, aux côtés de l’IFC (Société financière internationale) de la Banque mondiale et d’autres investisseurs institutionnels. Cette démarche illustre une volonté d’étendre le soutien financier à ces secteurs au-delà des frontières américaines.
En Europe, la Commission européenne a dévoilé un dispositif prudentiel favorable aux banques et aux compagnies d’assurance qui investissent dans des entreprises stratégiques, à condition que ces investissements s’inscrivent dans des “programmes législatifs” – européens, nationaux ou régionaux. En d’autres termes, les investissements privés bénéficient d’un traitement préférentiel en matière d’exigences de capital si un État ou l’Union européenne identifie et soutient un secteur d’activité jugé stratégique par le biais d’un programme ciblé.
Cette convergence de signaux révèle une tendance globale à l’émergence d’un “État financeur”, qui assume un rôle de catalyseur des ressources privées vers des objectifs de développement industriel considérés comme stratégiques. Cette approche implique une utilisation accrue d’outils d’attraction des investissements privés, notamment les garanties, et une adaptation du cadre réglementaire pour faciliter la participation des acteurs financiers.
Cette évolution nécessite un dialogue renouvelé entre les pouvoirs publics et le secteur financier. À l’heure où les ressources sont limitées, la capacité des entités publiques à concevoir des mécanismes incitatifs pour attirer les investissements privés vers des objectifs stratégiques sera cruciale. Les fonds publics, quant à eux, devraient se caractériser par une plus grande orientation, un contrôle accru et une attention particulière à la mesure de leur impact économique et technologique.
L’assistance technique aux administrations publiques, notamment pour la mise en place de solutions financières innovantes combinant ressources publiques et privées, prendra une importance croissante. Cependant, l’expérience française récente, illustrée par les difficultés rencontrées par InfraVia, un fonds créé par le gouvernement pour investir dans les matériaux critiques, montre que cette collaboration n’est pas sans défis. Selon Le Monde, ce fonds « a du mal à décoller », à lever des fonds et à identifier des opportunités d’investissement.
Ce nouveau rôle de l’État financeur, fondé sur une collaboration renforcée avec le secteur financier et une orientation plus précise des investissements, exige donc une expertise spécifique et une approche pragmatique pour surmonter les obstacles et atteindre les objectifs fixés.
