Publié le 24 novembre 2025 18:03:00. Le pape Léon XVI a rencontré des figures emblématiques d’Hollywood au Vatican, soulignant l’importance du cinéma comme vecteur d’espoir et de réflexion sur les défis du monde contemporain, alors que l’avenir des salles obscures à Rome est menacé.
- Le pape Léon XVI a accueilli des réalisateurs et acteurs de renom, dont Spike Lee, Darren Aronofsky et Cate Blanchett.
- Il a insisté sur la capacité du cinéma à aborder des thèmes difficiles tels que la violence, la pauvreté et la solitude.
- Cette prise de position intervient alors que Rome envisage de transformer des cinémas en centres commerciaux.
Une audience exceptionnelle a réuni, le 15 novembre dernier, le pape Léon XVI et des personnalités majeures du septième art au Vatican. Cette rencontre, qui a vu la participation de réalisateurs de renom tels que Spike Lee et Darren Aronofsky, ainsi que de l’actrice Cate Blanchett, a été l’occasion pour le pontife d’affirmer la valeur spirituelle et sociale du cinéma.
« Je trouve du réconfort dans l’idée que le cinéma n’est pas seulement des images animées – il met en mouvement l’espoir ! », a déclaré le pape Léon XVI. Il a reconnu le pouvoir du cinéma de remettre en question les idées reçues et d’affronter les « blessures du monde », notamment « la violence, la pauvreté, l’exil, la solitude, la dépendance et les guerres oubliées ».
« Le bon cinéma n’exploite pas la douleur, il la reconnaît et l’explore. C’est ce qu’ont fait tous les grands réalisateurs. »
Léon XVI, pape
Cette intervention papale survient à un moment critique pour les salles de cinéma romaines. Une proposition législative est actuellement à l’étude pour convertir jusqu’à 50 salles de cinéma en espaces commerciaux (centres commerciaux, supermarchés, hôtels). Le pape a exhorté les cinéastes à défendre leur art et à coopérer pour « affirmer la valeur sociale et culturelle de cette activité ».
Le réalisateur Judd Apatow a souligné l’importance des salles obscures comme lieux de rassemblement et de partage d’expériences collectives.
« Il est important que les gens se réunissent et vivent des expériences communes, et une salle de cinéma est un endroit où nous le faisons de manière importante. Nous devons passer plus de temps dans la salle de cinéma et moins de temps sur le La-Z-Boy ! »
Judd Apatow, réalisateur


Les paroisses locales, notamment celles de Los Angeles, se réjouissent de l’intérêt du pape pour le monde du cinéma. Le père Marcos Gonzalez, curé de l’église St. Andrew dans la vieille ville de Pasadena, partage l’appréciation de Léon XVI pour le septième art. « Je trouve cela absolument merveilleux, car nous sommes en Californie du Sud. J’ai des paroissiens qui travaillent dans l’industrie du divertissement, qu’il s’agisse d’acteurs, de personnes travaillant dans la mise en scène, la production, la restauration, et tous les aspects de cette industrie. C’est une partie vitale de notre économie locale. »
Pour le père Gonzalez, l’expérience de regarder un film au cinéma est une forme de spiritualité. Il ne regarde jamais de films chez lui et ne va jamais seul à la salle obscure. « Même sans parler pendant le film, nous partageons la même expérience. Chacun l’interprète à sa manière, puis nous en discutons après. C’est un moyen de renforcer le lien communautaire. »
Le père Gonzalez salue l’ouverture d’esprit du pape envers des domaines extérieurs à l’Église. « Il ne faut pas oublier que Léon XVI est avant tout un homme simple. Il y a encore quelques mois, il n’était qu’un évêque ordinaire. »
Récemment, le pape a révélé ses films préférés dans un entretien accordé à Variety, citant « La Mélodie du Bonheur » (1965), « La Vie est Belle » (1946), « La Vie est Belle » (1997) et « Les Gens Ordinaires » (1980). Le père Gonzalez a également évoqué des films qui l’ont particulièrement touché, comme « La Passion du Christ » (2004).
« C’était un film qui a changé ma vie. Je me souviens d’avoir pleuré en le regardant. J’y suis allé avec mes parents et avec des paroissiens. Ce sont des films qui touchent profondément le cœur humain. »
Père Marcos Gonzalez, curé de l’église St. Andrew
Il a cependant ajouté que tous ses films préférés n’ont pas nécessairement une dimension religieuse. « Mais il y a aussi des films purement divertissants. Mon préféré est Le Parrain. C’est un chef-d’œuvre de réalisation et d’écriture. Il faut savoir apprécier son talent. »
Le père Gonzalez félicite le pape pour son engagement envers des questions qui dépassent le cadre de l’Église et pour avoir ouvert le Vatican aux professionnels d’Hollywood. « L’industrie du divertissement a parfois l’impression que l’Église est anti-divertissement, ce qui est absolument faux. »
L’intersection entre le cinéma et la foi est plus fréquente qu’on ne le pense. Le père Martin Ngo, jésuite et professeur de cinéma à l’Université Loyola Marymount (LMU), concilie avec passion ses deux vocations. En plus de ses fonctions pastorales, il enseigne le cinéma à la LMU, suit un master en écriture de scénario au Boston College et est producteur chez Loyola Productions, une société de médias à but non lucratif.
En réaction à l’audience privée accordée par le pape Léon XVI, le père Ngo a déclaré : « Il est rafraîchissant de voir que les gens ne cherchent pas constamment à enfermer les prêtres dans des cases. Comme dans de nombreuses professions, on a tendance à les catégoriser. » Il considère ses deux vocations comme complémentaires plutôt que contradictoires.
« Je pense qu’il y a une synergie entre les deux. Mon travail de producteur ou de conteur éclaire mon sacerdoce, et mon sacerdoce éclaire ma façon de raconter des histoires. »
Père Martin Ngo, jésuite et professeur de cinéma
Le père Ngo a également souligné que ses sermons incluent souvent des références au cinéma, un langage universel auquel les fidèles peuvent facilement s’identifier. « Dans notre communauté jésuite de 40 personnes, 90 à 95 % de mes sermons font référence, de manière ludique, à un film ou à une série télévisée. C’est un moyen de créer du lien avec l’audience. » Il a récemment utilisé le film « K-pop Demon Hunters » (2025) lors d’un sermon dans un lycée pour captiver un public plus jeune.
En intégrant le cinéma à sa réflexion, le pape Léon XVI encourage une conception plus large de la spiritualité, qui s’étend au-delà des lieux de culte traditionnels. « Dieu et la grâce sont présents partout dans le monde », a conclu le père Ngo. « Il est rafraîchissant de voir que l’on ne se limite plus à dire que Dieu se trouve uniquement dans l’Église, dans certains médias ou de certaines manières. Il faut aller à la rencontre des gens là où ils sont et reconnaître que Dieu est présent partout. »