Publié le 9 décembre 2025 à 05h31. La Chine domine la production manufacturière mondiale, mais contrairement aux idées reçues, elle est moins dépendante des exportations qu’il y a quelques années, une évolution qui redéfinit sa place dans l’économie mondiale.
- La Chine est aujourd’hui la seule superpuissance manufacturière, produisant plus d’un tiers de la production mondiale.
- Le ratio entre les exportations et la production manufacturière chinoise a diminué depuis le milieu des années 2000.
- La Chine se rapproche d’économies continentales comme les États-Unis, avec une part croissante de sa production vendue sur son marché intérieur.
La Chine s’est imposée comme un acteur incontournable de la production manufacturière à l’échelle mondiale. Selon des données récentes de l’OCDE (2023), le pays produit désormais plus d’un tiers de tous les biens manufacturés, surpassant à lui seul la production combinée des huit plus grands producteurs mondiaux. Cette domination est confirmée par d’autres analyses (García-Herrero et al., 2025 ; Ritchie, 2025).
Pourtant, une analyse plus approfondie révèle un paradoxe : la Chine, bien qu’étant le premier exportateur mondial de marchandises, est en réalité moins dépendante des exportations qu’on ne le pense. Ce phénomène, qui contraste avec l’image d’une économie fortement orientée vers l’exportation, est dû à une croissance plus rapide de la production destinée au marché intérieur.
En effet, depuis le milieu des années 2000, le ratio entre les exportations et la production manufacturière chinoise a commencé à diminuer. Si, dans un premier temps, une part croissante de la production était destinée à l’exportation, la production destinée au marché intérieur a ensuite pris de l’ampleur. Aujourd’hui, les ratios d’exportation de la Chine sont plus proches de ceux des États-Unis que de l’image d’une plateforme d’exportation ultra-ouverte.
Plus de la moitié de la production manufacturière chinoise est constituée d’intrants industriels. Cela signifie que de nombreux produits fabriqués dans le monde entier contiennent des composants chinois, même s’ils ne sont pas entièrement assemblés en Chine. Cette intégration profonde dans les chaînes d’approvisionnement mondiales souligne l’importance de la Chine, non seulement comme producteur, mais aussi comme fournisseur essentiel de composants.
Cette évolution a des implications importantes pour la politique commerciale. Les droits de douane sur les produits chinois peuvent avoir un impact sur certaines entreprises et chaînes d’approvisionnement, mais ils n’affectent pas une économie fragile et dépendante des exportations comme certains le prétendent. Une Chine qui vend une part croissante de sa production sur son marché intérieur est moins vulnérable aux mesures protectionnistes et plus à même de réorienter sa production.
En conclusion, la Chine est devenue une économie continentale géante, comparable aux États-Unis, qui commerce beaucoup mais qui est avant tout son propre meilleur client. La Chine du début des années 2000, désespérément dépendante de ses exportations, appartient désormais au passé.
Références :
Baldwin, R. (17 janvier 2024). La Chine est la seule superpuissance manufacturière mondiale : un aperçu de son essor. VoxEU.
Garcia-Herrero, A. et al. (2025). « L’économie chinoise : relance sans rééquilibrage. » Brueghel.
OCDE (2023). Guide des indicateurs de l’OCDE sur les échanges en valeur ajoutée (TiVA), édition 2023.
Ritchie, H. (2025). Le commerce joue un rôle bien moindre dans l’économie chinoise qu’il y a quelques décennies. Notre monde dans les données, Data Insights.
ONUDI (2024). Production manufacturière mondiale, rapport trimestriel sur la production industrielle (QIIP), 3e trimestre 2024.
Richard Baldwin est professeur d’économie internationale à l’IMD et fondateur et rédacteur en chef de VoxEU. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages, dont The Globotics Upheaval (2019) et The Great Convergence (2016).
Texte original : https://rbaldwin.substack.com/p/chinas-globalisation-paradox