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le Parlement restreint les pouvoirs de Javier Milei sur les décrets-lois

by Clara Dubois

Le président argentin Javier Milei voit son pouvoir érodé par un Parlement de plus en plus hostile. Les députés ont voté mercredi 8 octobre pour limiter l’usage des décrets-lois, un outil privilégié par le chef de l’État depuis son arrivée au pouvoir, à moins d’un mois des élections législatives de mi-mandat.

La Chambre des députés a largement approuvé (140 voix pour, 80 contre) un texte qui restreint l’application des « DNU » (décrets de nécessité et d’urgence), des décrets ayant force de loi. Désormais, le rejet d’une seule des deux chambres du Parlement suffira à annuler un tel décret, contre la nécessité d’un rejet par les deux chambres jusqu’à présent. Si un article ne recueille pas la majorité des députés, il devra être renvoyé au Sénat, où l’issue semble déjà acquise, le parti de M. Milei y étant encore plus minoritaire.

Ce revers intervient après une série d’échecs parlementaires pour le président ces derniers mois, soulignant les difficultés croissantes de son gouvernement face à un Parlement où il ne dispose pas de majorité. L’échéance des élections législatives du 26 octobre, cruciales pour renforcer sa base parlementaire, ajoute à la pression, provoquant déjà une nervosité sur les marchés financiers et une pression sur le peso argentin.

Javier Milei, élu en 2023 sur la promesse d’une thérapie de choc pour redresser l’économie argentine, ne compte que quarante députés ou alliés sur un total de 257. Pour contourner cette opposition, il a eu recours à plus de soixante-dix décrets-lois depuis son investiture en décembre 2023. Dix jours après avoir pris ses fonctions, il avait notamment signé un décret massif visant à déréguler l’économie, modifiant ou abrogeant plus de 300 règles et normes dans des domaines variés tels que le travail, les prix, les loyers, la concurrence et les privatisations.

L’utilisation intensive de ces décrets a été vivement critiquée par l’opposition. « Plus que l’instrument [du DNU], le problème est comment il a été utilisé » par l’exécutif, a dénoncé Monica Litza, députée de l’opposition péroniste (centre gauche), lors du débat parlementaire. Maximiliano Ferraro, de l’opposition de centre droit, a quant à lui plaidé pour éviter « un état d’exception permanente ». Un député du parti de M. Milei, Nicolas Mayoraz, a accusé l’opposition de vouloir « déstabiliser » l’exécutif en instaurant un « gouvernement du Parlement, une sorte de démocratie parlementaire ».

À ce stade, le Trésor américain – les États-Unis de Donald Trump étant un allié idéologique de M. Milei – a apporté un soutien financier à l’Argentine en septembre, se déclarant « prêt à faire le nécessaire » pour aider la troisième économie d’Amérique du Sud. Les modalités de cette aide restent toutefois à définir.

Le politologue Leandro Dominguez, du Directoire législatif, un think tank parlementaire, souligne que « l’esprit des DNU est d’offrir un outil capable de modifier les règles du jeu, pour répondre à des situations à fort impact, qui exigent des réponses immédiates ». Cependant, l’utilisation de ces décrets par M. Milei a été contestée en justice par des opposants, dont des syndicats, parfois avec succès, en raison du manque de caractère d’urgence de certaines dispositions.

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