À seulement cinq sièges de la majorité avec 59 députés élus lundi, Paul St-Pierre Plamondon et le Parti québécois formeront un gouvernement minoritaire au Québec, marquant un bouleversement politique qui écarte la Coalition avenir Québec et propulse le Parti conservateur à l’Assemblée nationale.
L’issue du scrutin de lundi redessine profondément la carte politique québécoise, propulsant le Parti québécois à la tête de l’État avec 59 sièges, à seulement cinq sièges de la majorité selon les données de la soirée électorale. Cette victoire consacre un retour spectaculaire pour la formation souverainiste, qui ne comptait que trois députés à la dissolution de la Chambre en août, avant de voir son caucus croître à sept élus grâce à des victoires en élections partielles dans Terrebonne, Arthabaska et Chicoutimi.
Le parti a réussi à reprendre pied solidement en Gaspésie, dans le Bas-Saint-Laurent, le Saguenay–Lac-Saint-Jean, la Côte-Nord, l’Abitibi-Témiscamingue, la Mauricie et l’Estrie, tandis qu’un balayage complet au Saguenay-Lac-Saint-Jean a expulsé du même coup la Coalition avenir Québec qui y avait remporté les cinq circonscriptions en 2022.
Le défi de la gouvernance minoritaire et le conseil des ministres resserré
Dans l’Histoire récente du Québec, les exécutifs minoritaires ont affiché une espérance de vie d’environ 18 mois, une réalité qui impose un rythme rapide aux débuts de cette administration. À la tête d’un gouvernement minoritaire, le nouveau premier ministre désigné devra composer avec l’opposition pour faire adopter chaque projet de loi. Pour y parvenir, il s’est engagé à bâtir des ponts avec les partis adverses, affirmant ne plus voir les chefs des autres formations comme des opposants.
Pour mener à bien ses chantiers, le nouveau dirigeant promet un conseil des ministres resserré, tranchant avec les 29 membres qui composaient l’équipe de Christine Fréchette sous le régime sortant, tout en s’appuyant sur une équipe où seuls Pascal Bérubé et Nicolas Marceau ont déjà exercé des fonctions de ministre sous le gouvernement de Pauline Marois. L’appareil étatique connaîtra également des transformations avec la création rapide d’un Secrétariat à l’efficacité gouvernementale et à l’allégement réglementaire, destiné à rationaliser chaque dollar public. Sur le plan administratif, Frédéric Guay, ancien sous-ministre à l’Environnement et aux Transports, a été nommé secrétaire général et greffier du Conseil exécutif.
La configuration de l’Assemblée nationale et la débâcle de la CAQ
Le Parti libéral du Québec forme l’opposition officielle avec 40 sièges, tandis que Québec solidaire conserve neuf députés, avec la réélection de la co-porte-parole Ruba Ghazal dans Mercier et de Sol Zanetti dans leur circonscription respective. Le paysage parlementaire issu de ce scrutin se fragmente entre cinq formations politiques ayant récolté plus de 10 % des voix, sans qu’aucune ne franchisse le seuil des 30 %.
La véritable onde de choc de la soirée demeure l’effacement complet de la Coalition avenir Québec. Après huit ans au pouvoir, le parti fondé par François Legault n’a fait élire aucun député, ce qui a conduit la cheffe caquiste Christine Fréchette à reconnaître l’entière responsabilité de la défaite.

« Je serai le premier ministre de tous les Québécoises et les Québécois, sans exception. »
Paul St-Pierre Plamondon, premier ministre désigné du Québec, via Narcity
Les dossiers prioritaires et les relations intergouvernementales
Dès ses premières heures au pouvoir, le nouveau chef péquiste a ouvert les canaux de communication avec ses vis-à-vis fédéraux et provinciaux. Il s’est ainsi entretenu avec le premier ministre canadien Mark Carney, avec qui il entend aborder les litiges commerciaux face aux États-Unis, en réclamant une cote de sécurité et la formation d’une équipe québécoise de négociation. Le premier ministre ontarien Doug Ford a également adopté un ton conciliant, saluant l’opportunité de faire croître les économies régionales de concert.
Sur le front constitutionnel, le gouvernement maintient son cap référendaire pour le prochain mandat, tout en précisant qu’aucune consultation n’aura lieu tant que Donald Trump occupera la Maison-Blanche, reportant l’échéance potentielle à 2029 ou 2030. Cette position souverainiste résonne même hors des frontières provinciales, des figures du mouvement séparatiste en Alberta voyant dans cette victoire un précédent encourageant pour dynamiser le débat fédéral canadien.
Allègement fiscal et mesures pour le portefeuille des consommateurs
Pour répondre aux pressions sur le coût de la vie, le programme du nouveau gouvernement intègre plusieurs engagements de consommation destinés à redonner de l’oxygène aux contribuables. Protégez-Vous sur l’achat de biens usagés et de réduire de moitié la même TVQ sur l’essence pendant au moins un an afin d’amortir la double taxation des carburants, ce qui représente une économie d’environ 7 cents le litre. Le parti ambitionne également de mettre en place une « passe mobilité » universelle à 95 dollars par mois pour le transport collectif partout dans la province.
Ces allégements fiscaux s’insèrent dans un cadre financier qui vise l’équilibre budgétaire d’ici 2028-2029, en misant sur des compressions de 6,6 milliards de dollars dans la bureaucratie et sur une réduction récurrente de 2,5 % des coûts de rémunération publique sur trois ans. Ces arbitrages budgétaires s’articuleront avec les impératifs de financement des services publics dans le cadre parlementaire actuel.