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Le Portugal dans un processus de construction accéléré

by Amélie Bernard

Publié le 19 décembre 2025. Le Portugal mise sur une vague d’investissements massifs dans les infrastructures, le logement et les réseaux pour relancer sa croissance et attirer de nouveau les acteurs économiques majeurs, après la période de crise.

  • Le gouvernement prévoit d’investir 1,2 milliard d’euros en 2026 pour répondre à la crise du logement, en complément de réformes fiscales incitatives.
  • Le projet de ligne à grande vitesse Lisbonne-Porto, estimé à plus de 4,5 milliards d’euros, constitue le chantier structurel majeur du pays.
  • Des entreprises comme Mota-Engil et Teixeira Duarte, leaders du secteur, retrouvent une dynamique de croissance, tant au Portugal qu’à l’international.

La construction portugaise connaît un regain de vitalité, porté par un programme ambitieux d’investissements publics et privés. Loin d’être un simple slogan, l’initiative « Construire le Portugal » se traduit par une série de projets concrets, allant de la modernisation du réseau ferroviaire à l’amélioration des infrastructures routières et portuaires. En 2026, l’État prévoit de débloquer 1,2 milliard d’euros pour tenter de résoudre la crise du logement, en modifiant également les règles pour encourager l’investissement privé.

Le projet ferroviaire, avec un budget de 2,8 milliards d’euros d’ici 2030 (dont 15 % en 2026), est au cœur de cette stratégie. Il s’ajoute aux 1,5 milliard d’euros alloués à l’extension des réseaux de métro de Lisbonne et de Porto, ainsi qu’à des travaux sur les autoroutes, les ports et les infrastructures militaires. Le ministre Miguel Pinto Luz ambitionne également de transformer la zone métropolitaine de Lisbonne.

Ces investissements publics sont complétés par un afflux de capitaux privés, stimulé par une offre immobilière insuffisante. Les effets se font sentir dans l’ensemble de l’économie, notamment dans le secteur financier, avec une augmentation des fusions-acquisitions, et sur le marché du travail, où la pénurie de main-d’œuvre pourrait freiner la croissance. Cependant, c’est le secteur de la construction qui bénéficie le plus de cette dynamique, se relevant durablement de la crise de 2008 et 2009.

« Pour le secteur de la construction et de l’immobilier, 2026 devrait être une année décisive, marquée par la phase finale d’exécution du PRR [Plano de Recuperação e Resiliência] et par un effort accru pour répondre à la crise du logement. »

Manuel Reis Campos, président de la Confédération portugaise de la construction et de l’immobilier

L’économie portugaise a affiché une croissance d’un peu moins de 2 % en 2025, et devrait accélérer à 2,2 % en 2026 avant de ralentir l’année suivante. Carlos Mota Santos, PDG de Mota-Engil, souligne l’importance d’une approche pragmatique des politiques d’investissement public :

« 2026 devra être une année de pragmatisme dans les politiques d’investissement public dans des projets de transformation pour renforcer la productivité et créer de la valeur ajoutée ainsi que l’attractivité des investissements. »

Carlos Mota Santos, président-directeur général de Mota-Engil

Il cite en exemple le futur aéroport international à grande vitesse de Lisbonne, dont la réalisation est prévue d’ici la fin de la décennie, ainsi que les enjeux de la transition énergétique et de l’économie circulaire, où les entreprises portugaises peuvent jouer un rôle majeur grâce à leur capacité d’innovation.

Mota-Engil, devenue une multinationale, a étendu ses activités au-delà des frontières portugaises, notamment en Afrique, en Amérique du Sud et en Amérique centrale. En septembre dernier, son carnet de commandes atteignait 15,7 milliards d’euros. L’entreprise a récemment remporté des contrats importants, comme la construction et l’exploitation d’un tunnel immergé reliant Santos et Guarujá, dans l’État de São Paulo, au Brésil (1,255 milliard d’euros), ainsi que des projets ferroviaires au Mexique (1,020 milliard d’euros). Elle a également obtenu la concession de 25 ans pour le nouvel aéroport international de Luanda et participe au consortium qui exploitera le corridor de Lobito.

Au Portugal, Mota-Engil dirige le consortium chargé de la construction du premier tronçon de la ligne à grande vitesse entre Porto et Oiã, aux côtés de Teixeira Duarte, Alves Ribeiro, Casais, Conduril et Gabriel Couto, ainsi que de DST et Somague. Le marché reconnaît la performance de l’entreprise, dont l’action a progressé de deux tiers depuis le début de l’année, atteignant 4,86 euros et une capitalisation boursière de 1,5 milliard d’euros.

Teixeira Duarte, de son côté, a également retrouvé une place de choix sur le marché, avec un retour au PSI, l’indice boursier portugais, neuf ans après l’avoir quitté. Le prix de l’action a été multiplié par huit, atteignant 66 cents et une capitalisation de 276 millions d’euros.

Selon Manuel Reis Campos, la Confédération portugaise de la construction et de l’immobilier, « cela permet à la construction de jouer un rôle renforcé en tant que moteur de la croissance nationale. » Il souligne toutefois la nécessité d’une exécution efficace des travaux publics, d’une simplification administrative et d’une atténuation des pénuries de main-d’œuvre pour assurer la cohésion sociale et territoriale.

Édition spéciale de Noël de Journal économique du 19 décembre.

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