Publié le 22 octobre 2025 à 09h58. L’attribution du prix Nobel de la paix à la figure de l’opposition vénézuélienne María Corina Machado a suscité un mélange de joie contenue et de répression au Venezuela, où le régime au pouvoir tente de minimiser l’importance de cette reconnaissance internationale.
- Le Comité Nobel norvégien a salué María Corina Machado comme une « figure unificatrice clé » de l’opposition vénézuélienne.
- La reconnaissance de son travail s’est heurtée à la censure et à des menaces envers les journalistes et les citoyens qui ont tenté de la célébrer publiquement.
- Le régime de Nicolás Maduro a réagi par le silence, puis par des attaques personnelles contre Machado et des mesures diplomatiques symboliques.
L’annonce du prix Nobel de la paix décerné à María Corina Machado a provoqué une vague d’émotion, mais aussi de crainte au Venezuela. Des messages de félicitations ont circulé sur les réseaux sociaux, mais de nombreux Vénézuéliens ont préféré se taire, craignant des représailles du gouvernement. Amanda Domínguez*, une utilisatrice des réseaux sociaux, a témoigné avoir reçu un avertissement : « N’ayez pas d’ennuis en publiant ces choses. En ce moment, ils recherchent tout ce qui sent l’ennemi ou la trahison. Que Dieu vous préserve. »
Le Comité Nobel norvégien a justifié son choix en soulignant le rôle de Machado en tant que « figure unificatrice clé » de l’opposition dans un pays devenu « un État brutal et autoritaire ». Il a mis en avant sa capacité à démontrer que « les outils de la démocratie sont aussi ceux de la paix » et qu’elle incarne « l’espoir d’un avenir différent », où les droits fondamentaux des citoyens seraient protégés et leurs voix entendues.
Machado s’est notamment distinguée en menant une opération visant à collecter et publier les registres électoraux, démontrant, selon ses partisans, des irrégularités lors des scrutins précédents. Le prix Nobel de la paix attribué à la chef de l’opposition a été célébré par de nombreux acteurs internationaux, mais a été largement ignoré par les médias d’État vénézuéliens.
Le Syndicat national des travailleurs de la presse (SNTP) a dénoncé les « graves manifestations de censure » exercées par le régime de Nicolás Maduro, incluant des menaces, des suspensions temporaires et des directives visant à empêcher les journalistes de couvrir l’événement. Le SNTP a souligné que la censure constitue une forme de violence contre le journalisme et que les journalistes ne devraient pas être punis pour leurs reportages.
Les chaînes de télévision gratuites, telles que Venevisión, Televen et VTV, ont omis toute mention de la récompense, se limitant à de brèves allusions sans afficher le nom de la lauréate. Globovisión a publié un article présentant une approche critique. Le silence du régime de Nicolás Maduro a été frappant. Lors d’un événement public diffusé en direct, Maduro a qualifié Machado de « sorcière démoniaque », sans la nommer directement. Il a affirmé que « 90% de la population répudie la sorcière démoniaque de Sayona ».
Dans la foulée, le gouvernement vénézuélien a annoncé la fermeture de ses ambassades en Norvège et en Australie, et l’ouverture de nouveaux bureaux diplomatiques au Zimbabwe et au Burkina Faso. Cette décision, présentée comme une restructuration du service d’immigration, n’a pas fait référence au prix Nobel attribué à Machado. Le ministère norvégien des Affaires étrangères a confirmé la fermeture du siège de Caracas à Oslo, sans en préciser les raisons.
L’Université catholique Andrés Bello (UCAB) a également été critiquée pour son message de félicitations laconique, qui se limitait à saluer le fait que Machado, ancienne étudiante de l’institution, ait reçu le prix Nobel, sans souligner la cause démocratique qui motivait cette distinction. Des manifestations de soutien à Machado ont eu lieu devant plusieurs universités du pays.
La Faculté des Sciences Juridiques et Politiques de l’Université Centrale du Venezuela (UCV) a exprimé sa fierté pour le prix Nobel décerné à Machado cinq jours après l’annonce. Elle a souligné que cette récompense honorait les valeurs de vérité, de justice, de liberté et de promotion de la pensée démocratique.
María Corina Machado, ingénieure industrielle diplômée de l’UCAB, a fondé la Fondation Atenea pour les enfants vulnérables en 1992. Elle a ensuite joué un rôle de premier plan dans le mouvement démocratique vénézuélien, en dirigeant Súmate, en siégeant au Parlement et en dénonçant les fraudes électorales. Elle a été victime de disqualifications, de menaces et d’arrestations de ses collaborateurs, et a dû vivre dans la clandestinité. Malgré ces épreuves, elle reste une figure emblématique de la résistance vénézuélienne.
Mère de trois enfants, Machado vit séparée d’eux par mesure de sécurité. Sa mère, âgée de 84 ans, a également été soumise à des pressions policières. Malgré les sacrifices personnels, elle n’a jamais renoncé à sa lutte pour la liberté et la démocratie.
Machado a déclaré avoir accepté le prix Nobel « avec une profonde gratitude » au nom du peuple vénézuélien, qui, selon elle, « s’est battu pour sa liberté avec un courage, une dignité, une intelligence et un amour admirables ». Elle a averti que les Vénézuéliens ont subi 26 ans de violence et d’humiliation de la part d’une « tyrannie obsédée » par la soumission des citoyens. Elle a appelé à une transition vers la démocratie immédiate, en référence à la victoire revendiquée par l’opposition lors des élections présidentielles du 28 juillet 2024.
*Nom modifié par crainte de représailles.