Publié le 16 octobre 2025 18:54:00. Alors que la COP30 de l’ONU sur le climat approche, le Brésil, qui en assurera la présidence, semble s’ouvrir à l’idée d’une « décision de couverture » – un texte global qui pourrait aborder des questions sensibles non inscrites à l’ordre du jour, malgré les réticences initiales de son président.
- Plusieurs pays, tant développés que en développement, plaident pour l’adoption d’une décision de couverture lors de la COP30.
- André Corrêa do Lago, le président de la COP30, a indiqué qu’il était prêt à considérer cette option si les États y sont favorables.
- Cette décision pourrait permettre de débloquer des discussions sur le financement climatique, les objectifs de réduction des émissions et l’adaptation au changement climatique.
Initialement opposé à l’idée d’une décision de couverture, le Brésil semble assouplir sa position face aux pressions croissantes de la communauté internationale. André Corrêa do Lago, président de la COP30, a déclaré mercredi soir à Climate Home News qu’il était ouvert à la discussion, après la réunion préparatoire à Brasilia.
« En tant que présidence, si je sens que les pays sont prêts à analyser la possibilité d’une décision de couverture, bien sûr, je la prendrai en considération. Parce que je veux vraiment que la COP30 soit une COP dirigée par les pays. »
André Corrêa do Lago, président de la COP30
Une « décision de couverture » (en anglais, cover decision) est un texte adopté par les gouvernements qui ne se rattache pas à un point précis de l’ordre du jour, mais qui permet d’aborder des sujets importants pour certaines délégations, sans pour autant qu’ils soient officiellement inscrits à l’agenda. Ces décisions ont déjà permis de faire progresser des dossiers cruciaux lors des COP précédentes.
Par exemple, lors de la COP26, une décision de couverture a mentionné pour la première fois les combustibles fossiles, appelant à une réduction progressive de l’utilisation du charbon. L’année suivante, à Charm el-Cheikh (COP27), une décision de couverture a lancé le programme de travail pour une transition juste et a créé le Fonds pour les pertes et dommages, des avancées majeures dans les négociations climatiques.
En juillet dernier, André Corrêa do Lago avait exprimé son scepticisme quant à l’utilité d’une décision de couverture, préférant une approche plus transparente et constructive. Il n’a pas renié cette préférence, mais a reconnu que la situation avait évolué. Après des consultations intenses avec les pays, il a réitéré ses doutes sur l’efficacité de ces décisions, les jugeant souvent trop vagues et peu suivies d’effets concrets.
« L’autre problème est que les décisions de couverture se sont révélées statistiquement sans suite. La plupart des pays se sentaient un peu abusés par les décisions de couverture. »
André Corrêa do Lago, président de la COP30
Cependant, plusieurs pays ont désormais exprimé leur souhait de voir une décision de couverture adoptée à Belém, afin de mettre en avant des questions clés pour leurs intérêts nationaux. Ces demandes ont été formulées lors de réunions bilatérales avec le président de la COP30, sans que les pays concernés ne soient pour l’instant identifiés.
Pour André Corrêa do Lago, une décision de couverture adoptée dès le début de la conférence pourrait éviter les négociations de dernière minute et permettre une discussion plus approfondie sur les enjeux prioritaires. Il a également souligné que l’approbation de l’ordre du jour pourrait s’avérer difficile, plusieurs pays souhaitant y ajouter de nouveaux points.
Certaines organisations de la société civile soutiennent également l’idée d’une décision de couverture ambitieuse. Andreas Sieber, directeur associé de la politique mondiale et des campagnes chez 350.org, estime qu’elle pourrait permettre de combler les lacunes de l’action climatique.
« Une décision de couverture n’est pas une solution miracle pour résoudre les défis des négociations, mais elle offre le véhicule procédural le mieux placé pour équilibrer les différents éléments de l’ambition, permettant une course vers le sommet au lieu de compromis à somme nulle. »
Andreas Sieber, directeur associé de la politique mondiale et des campagnes chez 350.org
Une autre option évoquée est celle d’une « décision omnibus », qui fusionnerait les éléments clés de la COP30, y compris ceux qui ne figurent pas à l’ordre du jour. Cette formule pourrait permettre d’aborder des questions complexes telles que le nouveau objectif de financement climatique pour l’adaptation, réclamé par les pays les plus vulnérables, ou la feuille de route de Bakou-Belém visant à mobiliser 1,3 billion de dollars (1 300 milliards) pour le financement climatique au cours des dix prochaines années.
Natalie Unterstell, présidente de l’Institut Talanoa au Brésil, a expliqué qu’une décision de couverture pourrait également servir à définir les mesures à prendre pour combler l’écart entre les réductions d’émissions promises et les réductions nécessaires pour limiter le réchauffement climatique à 1,5 degré Celsius, conformément à l’Accord de Paris.
Malgré l’ouverture croissante à cette possibilité, André Corrêa do Lago a réaffirmé sa préférence pour un déroulement normal de la COP30, avec l’approbation de l’ordre du jour, des négociations sur les points convenus et l’adoption de décisions sur cette base.