Le prix du gaz européen a dépassé 100 euros du mégawattheure pour la première fois depuis 2022, touchant 101 euros le mégawattheure sur le contrat de référence à terme sur le TTF néerlandais.
Des réserves de gaz au plus bas depuis 2013 dans l’Union européenne
À l’approche de la saison froide, les sites de stockage souterrain de gaz à l’échelle de l’Union européenne atteignent environ 74 % de leur capacité totale.
Cela représente le taux de remplissage saisonnier le plus faible mesuré en début de mois de novembre depuis 2009. Dans son rapport Global Gas Security Review 2026 publié le 3 novembre 2026, l’Agence internationale de l’énergie confirme que les stocks de l’Union européenne plafonnent à 75 %, soit le niveau le plus faible depuis 2013.
Au 1er novembre, les réserves de l’Union affichaient un taux de remplissage de seulement 74,6 %, contre 82,8 % l’année précédente et 95,2 % en 2024.
Le volume total injecté dans les stockages pendant la saison de remplissage 2026 demeure inférieur d’environ 4 % à la moyenne des cinq dernières années, s’établissant bien en deçà de la moyenne saisonnière de 86 %. Les installations européennes enregistrent ainsi leur niveau le plus faible à cette période de l’année depuis le début des relevés de Gas Infrastructure Europe en 2011.
Cette situation s’explique en partie par la fermeture du détroit d’Ormuz depuis fin février 2026, consécutive au conflit entre les États-Unis et l’Iran. Cette interruption a entraîné une chute de plus de 60 milliards de mètres cubes des chargements de gaz naturel liquéfié en provenance du Qatar et des Émirats arabes unis entre mars et octobre 2026, selon l’analyse de l’AIE.

L’offre mondiale de GNL recule de 3 % sur l’année, soit près de 20 milliards de mètres cubes volatilisés du marché, alors que les importateurs européens subissent de plein fouet cette compression de l’offre.
L’ampleur de ce déficit tient à la dépendance structurelle de l’Europe envers les importations moyen-orientales depuis l’arrêt du gazoduc Nord Stream. Avant la crise, le Qatar assurait près de 15 % des importations européennes de gaz naturel liquéfié, tandis que les Émirats arabes unis en couvraient environ 8 %.
Fatih Birol, directeur exécutif de l’AIE, tempère néanmoins les inquiétudes à moyen terme en signalant une transition du marché vers une surabondance relative après 2027 grâce à l’apport de nouveaux projets américains et qataris.
La situation contrastée de l’Allemagne et les craintes pour les ménages
En Allemagne, la première économie européenne, les réserves affichaient un taux de remplissage de 61,05 % au 2 novembre selon Gas Infrastructure Europe, loin des seuils réglementaires et en deçà de l’objectif d’environ 70 % fixé par Berlin pour le début du mois.

Malgré ce retard, le gouvernement allemand a assuré que le pays « devrait traverser l’hiver dans de bonnes conditions », une appréciation partagée par la Commission européenne et l’Agence fédérale des réseaux, la Bundesnetzatur.
Pour justifier sa confiance, Berlin s’appuie sur l’exploitation des terminaux de gaz naturel liquéfié mis en place depuis la crise de 2022, parmi lesquels les infrastructures inaugurées à Wilhelmshaven en 2025 ainsi que le site de Stade. La majorité des stockages allemands affichent un taux supérieur à 70 %, la moyenne nationale étant pénalisée par la faiblesse de quelques sites isolés, à l’instar de ceux gérés par SEFE, l’ancienne filiale de Gazprom nationalisée en 2022.
Fin septembre, Katherina Reiche, ministre de l’Économie, a conféré à SEFE la charge d’acquérir et de stocker 8 TWh supplémentaires d’ici l’hiver.
L’organisation allemande des stockeurs de gaz, l’INES, conteste toutefois cet avis. Elle estime que les objectifs gouvernementaux n’ont pas été atteints et réclame un renforcement des dispositifs de préparation hivernale, plaidant pour l’instauration d’une obligation de constitution de stocks par les fournisseurs plutôt que de s’en remettre aux seules dynamiques de marché.
En Belgique, le professeur Damien Ernst, de l’Université de Liège, s’est alarmé de l’impact de ces hausses, estimant que « la situation est déjà catastrophique » et jugeant les prix difficilement payables pour une large part de la population face à une augmentation pouvant alourdir la facture annuelle de nombreux foyers de 1 000 euros.

Perspectives de tensions sur les marchés jusqu’en 2027
Les contrats à terme ont terminé le mois d’octobre sur une hausse de plus de 30 %. Le contrat néerlandais TTF a bondi de 34 % à 36 %.
L’équivalent britannique du National Balancing Point a reculé de 3,2 % à 249,40 pence par therm après avoir atteint des sommets pluriannuels en fin de semaine dernière. L’Agence internationale de l’énergie prévient que les tensions persisteront jusqu’en 2027, le temps que de nouvelles capacités de production entrent en service, maintenant l’Europe sous la menace de fluctuations de prix en cas de vague de froid prolongée.