Lancé officiellement en octobre 2026, le Prix Pascal devient la première distinction littéraire à récompenser un manuscrit coécrit avec une intelligence artificielle. Ouvert aux auteurs de toute la francophonie, ce concours fondé par des entrepreneurs et soutenu par des chercheurs du CNRS impose aux candidats de déclarer l’usage d’un modèle linguistique.
Un concours inédit né dans le sillage des polémiques de rentrée
Alors que Frédéric Beigbeder a estimé que l’auteur changeait de version chaque jour, l’éditeur canadien a confirmé par la suite qu’une intelligence artificielle avait bien été employée pour l’ouvrage. Face au refus des grands prix traditionnels d’accepter la moindre assistance numérique — la maison Goncourt considérant cette pratique comme une ligne rouge à ne pas franchir —, une alternative a pris forme. Philippe Rodriguez, Albin Serviant et Gilles Mentré ont officialisé la création du Prix Pascal, présenté comme le premier à sacrer une œuvre de fiction coécrite avec une intelligence artificielle. Albin Serviant, fondateur de la Cortex House, s’associe à cette démarche tandis qu’Alexandre Gefen, directeur scientifique au CNRS, a révélé la distinction lors d’une intervention organisée par Normandie Livre & Lecture.
L’initiative prend le contre-pied des méthodes de détection automatisée jugées faillibles par ses fondateurs. Là où d’autres traquent l’IA à coups de détecteurs qui se contredisent, le Prix Pascal demande aux auteurs de la déclarer : ni prosélytisme ni procès, la transparence comme terrain de débat et d’intelligence collective
, soulignent les organisateurs dans leur manifeste. La distinction rend hommage au mathématicien et philosophe Blaise Pascal, inventeur en 1645 de la Pascaline, l’une des premières machines à calculer de l’histoire.
Critères de sélection et exigences techniques des manuscrits
Le règlement fixe un format précis pour les œuvres de fiction en langue française, comprises entre 10 000 et 50 000 mots, soit environ 300 000 caractères maximum espaces comprises. Les participants doivent soumettre leur récit accompagné d’une « graine » de 4 000 signes maximum, qui fait office de pitch narratif, ainsi qu’un dossier technique.
Le prix Pascal est présenté ce matin à France Inter. Belle surprise. Ce prix dont je suis l'initiateur avec @albinserviant et @Gilles_Mentre souhaite célébrer une oeuvre co ecrite avec l'IA. Elle devra faire preuve d'innovations tant sur le fond que sur la forme. Notre… pic.twitter.com/073lJtMhqW
— https://x.com/philrod/status/2112842745500819635
Le jury n’évalue pas un simple manuscrit, mais un « iauscrit », néologisme désignant le fruit d’une collaboration entre la machine et l’écrivain.
L’utilité sociale et éthique exigée par le jury
La distinction ne se limite pas à une performance technique ou stylistique. Les textes reçus doivent impérativement présenter une dimension utile pour l’humanité. Le règlement précise que l’ouvrage doit alerter ou contribuer à résoudre de manière originale l’un des grands défis écologiques, sociaux ou éthiques contemporains.

Pour départager les concurrents, le jury de cinq membres réunit des personnalités des lettres, de la philosophie et de la recherche. L’écrivain Jacques Attali doit présider cette première édition, tandis que Alexandre Gefen, directeur de recherche au CNRS et spécialiste des liens entre littérature et numérique, siège parmi les experts.
Calendrier des sélections et perspectives de publication
Les dépôts se clôturent fin novembre, moment où le jury arrêtera sa sélection de dix finalistes. La proclamation du duo vainqueur interviendra début décembre.
Now (French) authors have a prize for their AI-(co-)written work, the new prix Pascal de Littérature IA ! https://t.co/65PtkyIQFE (Always great to see a prize with its own manifesto ! https://t.co/saV5FFQU8L.) Humans still in the loop, however, also in the judging.
— https://x.com/MAOrthofer/status/2112801985489510423
Le lauréat bénéficiera d’un accompagnement actif pour l’édition de son texte. Le Prix Pascal s’emploie en effet à faire publier le manuscrit primé, ouvrant ainsi une voie réglementée et assumée aux collaborations littéraires entre l’humain et l’algorithme.