Publié le 26 octobre 2023. Le marché des cryptomonnaies pourrait connaître une nouvelle dynamique à l’approche de l’élection présidentielle américaine de 2024, avec la nomination du prochain directeur de la Réserve fédérale américaine comme facteur clé, tandis qu’Ethereum a récemment subi un test de résistance majeur et que les stablecoins suscitent des inquiétudes quant à la souveraineté monétaire.
- Selon Mike Novogratz, un choix favorable à une politique monétaire souple pourrait propulser le Bitcoin jusqu’à 200 000 $ (environ 186 000 €).
- Ethereum a connu une liquidation massive de positions à effet de levier, dépassant 1,5 milliard de dollars (environ 1,4 milliard d’euros) en quelques heures.
- L’agence de notation Moody’s met en garde contre la menace que représentent la progression des stablecoins pour la souveraineté monétaire, en particulier dans les pays émergents.
L’avenir du Bitcoin semble intimement lié à la décision de Donald Trump concernant le prochain gouverneur de la Réserve fédérale américaine (Fed). Mike Novogratz, PDG de Galaxy, estime qu’un candidat favorable à une politique monétaire accommodante pourrait agir comme un puissant catalyseur pour le marché des cryptomonnaies. Une première baisse des taux d’intérêt par la Fed ce mois-ci n’a pas encore eu d’impact décisif, le marché restant dans l’attente. Les membres du conseil de la Fed sont divisés quant à la nécessité de nouvelles baisses en 2025, et Jerome Powell, l’actuel gouverneur, n’a pas souhaité prendre position.
Néanmoins, le sentiment général reste optimiste. Des analystes de Grayscale, 21Shares et Swyftx prévoient que des taux d’intérêt plus bas, des avancées réglementaires et l’essor des stablecoins pourraient continuer à attirer des capitaux importants vers les cryptomonnaies au cours du quatrième trimestre. Novogratz anticipe que si Trump opte pour un profil agressif à la tête de la Fed, cela pourrait entraîner des turbulences importantes pour le dollar, favorisant ainsi une hausse de l’or et du Bitcoin.
Un test de résistance pour Ethereum
La semaine dernière, Ethereum a été confronté à l’une de ses secousses les plus importantes depuis des années. Plus de 400 000 traders ont été affectés par la liquidation de plus de 1,5 milliard de dollars (environ 1,4 milliard d’euros) de positions à effet de levier, un événement sans précédent depuis 2021. Le cours de l’ETH a brièvement chuté sous la barre des 4 000 $ (environ 3 700 €) avant de se stabiliser rapidement.
Historiquement, ce type d’événement agit comme un mécanisme de correction, permettant de ralentir les marchés surchauffés, de réduire les positions ouvertes et de créer une structure de marché plus saine. Les données indiquent également que les investisseurs retirent de plus en plus leurs ETH des plateformes d’échange, ce qui diminue l’offre disponible. Malgré cette volatilité, de nombreux investisseurs évoquent la possibilité d’un « super cycle » qui briserait le cycle traditionnel de quatre ans d’Ethereum, alimenté par l’intégration croissante de la blockchain dans le secteur financier.
BitMine souligne l’arrivée de Wall Street et l’utilisation croissante de l’intelligence artificielle comme des facteurs clés. Les systèmes d’IA nécessitent des plateformes neutres et des monnaies numériques pour fonctionner, ce qui positionne Ethereum comme un réseau de choix. Cependant, d’autres acteurs restent prudents. La banque Citi a récemment abaissé son objectif de prix pour l’ETH à 4 300 $ (environ 3 960 €) pour cette année, bien en deçà de son record historique de 4 953 $ (environ 4 560 €).
Sur le plan technique, la mise à jour Fusaka, prévue pour décembre, devrait doubler la capacité des blobs (un mode de stockage de données du réseau) et introduire un nouveau standard avec PeerDAS. Cette architecture permettra aux nœuds de ne conserver qu’une partie des données de la blockchain et de vérifier leur intégrité de manière statistique, réduisant ainsi la charge du réseau, les frais de transaction et améliorant les performances des réseaux de couche 2. Les développeurs d’Ethereum prévoient un lancement progressif en deux forks BPO, augmentant graduellement la limite des blobs de 9 à 21. Des testnets et une prime de 2 millions de dollars (environ 1,85 million d’euros) sont en cours pour garantir la sécurité du code.
Parallèlement, la file d’attente pour retirer les ETH en staking est plus longue que jamais, témoignant de la confiance dans le réseau, mais pouvant également exercer une pression à la vente. Vitalik Buterin a justifié ces délais d’attente en soulignant qu’ils garantissent la fiabilité de la chaîne. Tous ces éléments expliquent la volatilité à court terme, tout en posant les bases d’une croissance à long terme.
La progression des stablecoins et ses enjeux géopolitiques
Le marché mondial des stablecoins continue de croître rapidement, avec des implications monétaires et géopolitiques significatives. Selon l’agence de notation Moody’s, cette expansion représente une menace sérieuse pour la souveraineté monétaire de nombreux pays, en particulier dans les économies émergentes où les citoyens pourraient abandonner les dépôts bancaires au profit des stablecoins. Cela pourrait entraîner une perte d’influence des banques centrales locales sur leur politique de taux d’intérêt, de change et de flux de capitaux, menaçant de déstabiliser des économies entières, selon Moody’s.
Aux États-Unis, l’administration Trump adopte une approche différente. Eric Trump a qualifié les stablecoins de « sauveurs du dollar » et a promu son propre stablecoin, l’USD1, suscitant des accusations de conflit d’intérêt. Selon lui, les stablecoins peuvent préserver le rôle dominant du dollar dans les paiements numériques internationaux. Le gouverneur de la Fed et plusieurs dirigeants de fintechs américaines partagent cet avis.
L’Europe, quant à elle, cherche à affirmer son autonomie stratégique. Neuf grandes banques de huit pays européens développent actuellement un stablecoin euro commun, basé sur les règles MiCA, afin de créer un instrument européen standardisé pour les paiements transfrontaliers et les transactions programmables. La Société Générale a déjà lancé son USDCV, un stablecoin dollar régulé par la BaFin et MiCA, ciblant les clients institutionnels. D’autres projets, tels que EURCV, EURAU et USDG, témoignent de la volonté européenne de superviser étroitement les stablecoins et de ne pas laisser les acteurs américains dominer ce marché.
La course aux stablecoins est donc un enjeu géopolitique, avec les États-Unis privilégiant la déréglementation et la domination du dollar par la tokénisation, tandis que l’Europe opte pour un modèle basé sur des règles et axé sur les banques. Moody’s avertit toutefois que sans harmonisation globale, des risques d’instabilité, de fuite de capitaux et de perte de souveraineté pourraient survenir, et pas seulement pour les marchés émergents.
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