Home DivertissementLe ragoût de pâte de soja n’est pas coupable : la politique du goût [왜냐면]

Le ragoût de pâte de soja n’est pas coupable : la politique du goût [왜냐면]

by Antoine Girard

Publié le 5 janvier 2026. L’Institut de recherche sur les mots du Hankyoreh s’est penché sur le rôle du langage dans la polarisation politique actuelle, en analysant les stratégies rhétoriques de la nouvelle droite en Corée, aux États-Unis et au Japon. Une étude qui révèle comment les symboles et les codes vestimentaires sont instrumentalisés pour alimenter les clivages et détourner le débat public des enjeux de fond.

  • L’analyse met en évidence une « guerre des symboles » où les choix vestimentaires, alimentaires ou le langage corporel des hommes politiques sont scrutés et instrumentalisés à des fins politiques.
  • L’étude souligne que cette focalisation sur les symboles tend à remplacer l’examen rationnel des faits et des politiques par des jugements émotionnels et des réactions instinctives.
  • L’auteur plaide pour une éducation aux médias et civique plus approfondie, capable de décrypter les mécanismes de manipulation et de renforcer l’esprit critique.

La politique contemporaine semble de plus en plus obsédée par les apparences. Chaque geste, chaque vêtement, chaque plat dégusté par un homme politique est soumis à une interprétation exacerbée, souvent violente. Un sourire peut être perçu comme de la frivolité, une expression sérieuse comme de l’hypocrisie, des baskets comme une provocation et des chaussures comme de l’autoritarisme. Cette « guerre des symboles », selon le professeur Shin Dong-il de l’Université Chung-Ang, est devenue une constante de notre paysage politique.

Les ragoûts traditionnels ou les nouilles instantanées peuvent être dénoncés comme des « mises en scène » populistes, tandis qu’un plat de bœuf coréen peut être interprété comme un signe d’élitisme. Même les postures les plus anodines sont instrumentalisées pour attiser la colère et renforcer les clivages. Ces signifiants vides, dénués de sens intrinsèque, acquièrent un pouvoir considérable en alimentant une spirale de ressentiment.

Selon le professeur Shin, les médias jouent un rôle clé dans ce processus en « codant » la réalité de manière biaisée. Chaque camp décrypte et consomme ensuite ce message à travers le prisme de ses propres convictions, renforçant ainsi son sentiment d’appartenance. Le pouvoir politique qui en découle ne repose pas sur la vérité des signes, mais sur la confirmation collective d’une identité partagée. Les symboles ne sont plus des reflets de la réalité, mais des signaux politiques qui cimentent la solidarité de groupe.

Nous vivons, selon l’auteur, à l’ère du « simulacre », où l’interprétation prime sur les faits et les images sur la réalité. Dans ce contexte, les efforts visant à examiner les faits ou à critiquer rationnellement les politiques perdent de leur pertinence. Les jugements se fondent désormais sur des émotions et des préférences personnelles : « Ce symbole m’offense-t-il ? » ou « Cette scène rend-elle mon camp mal à l’aise ? ». Le débat politique est ainsi réduit à un langage émotionnel.

Face à cette situation, deux voies s’offrent à nous. La première consiste à éviter les symboles controversés et à s’abstenir d’en parler dans la sphère publique. Mais cette stratégie risque de vider l’espace public de tout contenu. La seconde consiste à s’engager plus activement dans la logique du camp, en valorisant les goûts de « notre » camp et en dénonçant ceux de « l’autre ». Cette approche ne peut que renforcer les confrontations et alimenter la lassitude sociale.

Le professeur Shin propose une troisième voie : révéler les mécanismes par lesquels les symboles sont mobilisés comme des ressources politiques. Il s’agit de comprendre pourquoi une simple photo ou un geste peut susciter une telle colère et comment cette colère s’organise et s’amplifie. « Il faut comprendre pourquoi on se bat », insiste-t-il.

Le langage et les symboles ne sont jamais neutres. Ils sont toujours porteurs d’une volonté de pouvoir. L’éducation aux médias et civique doit donc enseigner comment le langage agit comme un instrument de pouvoir et justifie l’exclusion. Il est crucial d’apprendre à décrypter les symboles pour éviter de tomber dans le piège de l’endoctrinement et de devenir des consommateurs inconscients de la politique de la colère.

L’auteur conclut en soulignant l’importance de se concentrer sur les valeurs essentielles et d’éviter de gaspiller son énergie politique sur des querelles insignifiantes. Il est temps de s’interroger sur les raisons de notre colère et sur ceux qui la manipulent. Une politique qui s’éloigne du champ de bataille des symboles vides et qui s’attache à la douleur et à l’espoir de la vie réelle est plus que jamais nécessaire.

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