Publié le 19 décembre 2025 à 15h43. Une récente rencontre diplomatique à Jakarta illustre la stratégie indonésienne de consolidation de ses relations avec l’Afrique du Nord et le Moyen-Orient, axée sur une approche pragmatique et une coopération économique progressive.
- La Libye et l’Indonésie ont signé un protocole d’accord entre leurs chambres de commerce respectives, visant à renforcer les liens économiques par le biais d’initiatives du secteur privé.
- Des exemptions de visa ont été convenues pour les détenteurs de passeports diplomatiques et de service, facilitant les échanges officiels entre les deux pays.
- L’Indonésie maintient un engagement constant avec la Libye, même pendant les périodes d’instabilité, en adaptant son niveau de représentation diplomatique en fonction de la situation.
Une réunion discrète tenue à Jakarta mi-décembre 2025 a révélé la manière dont l’Indonésie affine sa politique à l’égard de la région MENA (Moyen-Orient et Afrique du Nord). La deuxième session du comité mixte indonésien-libyen, qui s’est tenue le 15 décembre, n’a pas été marquée par des annonces spectaculaires, mais plutôt par une volonté commune de reconstruire une dynamique bilatérale après des années de troubles régionaux.
La délégation indonésienne était dirigée par le vice-ministre des Affaires étrangères, Anis Matta, tandis que la Libye était représentée par le vice-ministre des Affaires étrangères et de la coopération internationale pour la migration et les citoyens d’outre-mer, Mohamed Saeed Zidan. Les discussions ont porté sur l’état des relations bilatérales et ont identifié des domaines prioritaires de coopération, notamment le commerce, l’investissement, la coordination politique et diplomatique, la santé et la formation professionnelle. Ces secteurs sont des piliers traditionnels de la diplomatie indonésienne dans la région, privilégiés pour leur potentiel de résultats concrets plutôt que pour leur portée symbolique.
L’un des aboutissements les plus significatifs de cette réunion a été la signature d’un protocole d’accord entre la Chambre de commerce et d’industrie indonésienne (KADIN), une organisation nationale représentant les entreprises du secteur privé, et son homologue libyenne. Cette implication du secteur privé témoigne d’une volonté de placer les acteurs économiques au cœur de la future coopération, plutôt que de s’appuyer uniquement sur des projets étatiques. Pour la Libye, en phase de reconstruction post-conflit, cette approche offre une flexibilité bienvenue. Pour l’Indonésie, elle permet de limiter l’exposition politique tout en laissant aux entreprises évaluer les risques selon leurs propres critères.
Un autre accord conclu porte sur la suppression des visas pour les titulaires de passeports diplomatiques, de service et spéciaux. Bien que cette mesure ne concerne pas les voyageurs ordinaires, elle facilite la mobilité des fonctionnaires et réduit les obstacles bureaucratiques dans les échanges gouvernementaux. Dans une région où la diplomatie a souvent été entravée par des préoccupations sécuritaires, une telle simplification peut s’avérer plus importante qu’il n’y paraît, notamment pour assurer des consultations régulières.
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Le ton et le cadre de la réunion sont aussi révélateurs que ses résultats concrets. L’Indonésie n’a jamais rompu officiellement ses relations diplomatiques avec la Libye après la chute de Mouammar Kadhafi. Jakarta a cependant réduit sa présence à un niveau de chargé d’affaires plutôt qu’à celui d’ambassadeur à Tripoli. Selon Anis Matta, l’objectif était de préserver la continuité tout en limitant les risques pendant une période volatile. Cette stratégie reflète l’approche générale de l’Indonésie dans certaines parties du Moyen-Orient : maintenir un engagement, même à un niveau réduit, plutôt que de se retirer complètement.
L’amélioration de la situation en Libye a permis une réactivation progressive des liens. La visite d’Anis Matta en Libye il y a trois mois, suivie du voyage de Zidan à Jakarta, témoignent d’une normalisation progressive plutôt que d’une réinitialisation symbolique. Les deux parties ont souligné la nécessité d’« activer » les accords et mémorandums existants, reconnaissant que le défi majeur réside moins dans la signature de nouveaux documents que dans la mise en œuvre de ceux déjà conclus.
La coopération économique reste une ambition centrale, mais aussi un test de réalisme. Les responsables indonésiens ont évoqué une augmentation des échanges commerciaux et des investissements, mais la gouvernance fragmentée et l’incertitude réglementaire en Libye continuent de freiner les entreprises étrangères. Le choix de canaliser la coopération économique par le biais des chambres de commerce reflète une reconnaissance de ces contraintes, permettant à la coopération de se développer de manière organique, en fonction des conditions du marché, plutôt que par le biais d’engagements politiques.
Les liens interpersonnels constituent un autre aspect souvent négligé. Les autorités indonésiennes estiment qu’environ 5 000 touristes libyens visitent l’Indonésie chaque année, un chiffre supérieur au nombre d’Indonésiens se rendant en Libye. Ces échanges, motivés principalement par l’éducation, les soins de santé et le tourisme religieux, suggèrent l’existence de liens sociaux qui pourraient se renforcer avec l’amélioration de la stabilité.
Des gestes symboliques ont également contribué à créer une atmosphère positive. La délégation libyenne a présenté ses condoléances suite aux récentes catastrophes naturelles survenues à Sumatra, tandis que les responsables indonésiens ont reconnu la longue période de rétablissement que traverse la Libye après le conflit. L’insistance de Zidan sur le suivi efficace reflète une prise de conscience partagée que les mécanismes bilatéraux dans la région MENA échouent souvent à l’étape de la mise en œuvre.
Pour l’Indonésie, l’engagement avec la Libye s’inscrit dans une stratégie régionale plus large : maintenir une présence, éviter de s’impliquer dans les conflits politiques internes et développer la coopération chaque fois que possible. Pour la Libye, le renforcement des liens avec l’Indonésie élargit ses options diplomatiques et soutient son retour progressif à une normalité internationale. La réunion de Jakarta n’a pas transformé les relations du jour au lendemain, mais elle a démontré la manière dont une diplomatie prudente et axée sur les processus continue de façonner le rôle de l’Indonésie au Moyen-Orient et en Afrique du Nord.
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Les opinions exprimées dans cet article sont celles de l’auteur et ne reflètent pas nécessairement la politique éditoriale de Middle East Monitor.
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