Publié le 27 décembre 2025 15:59:00. Une étude de l’Université de Groningue révèle que la chasse intensive à la baleine a laissé des traces durables dans le patrimoine génétique des baleines à bosse, même si leurs populations se reconstituent. Ces altérations pourraient affecter leur capacité à s’adapter aux défis environnementaux futurs.
- La chasse à la baleine a réduit la diversité génétique des baleines à bosse.
- Les baleines modernes présentent une charge mutationnelle plus élevée que leurs ancêtres.
- La récupération des populations ne signifie pas nécessairement un rétablissement complet de leur potentiel adaptatif.
Longtemps considérée comme une histoire à succès en matière de conservation, la résilience des baleines à bosse face à la chasse intensive du XXe siècle est remise en question par une nouvelle recherche. Si les populations ont effectivement rebondi après la mise en place de mesures de protection, une étude approfondie menée par l’ Université de Groningue suggère que les séquelles de cette exploitation massive persistent au niveau de leur ADN.
Pour comprendre l’impact de la chasse à la baleine, les chercheurs ont envisagé le génome de chaque baleine à bosse comme un vaste manuel d’instructions, unique à chaque individu. Ces variations génétiques sont cruciales pour la survie de l’espèce, car elles offrent une palette d’options pour faire face aux changements environnementaux, tels que le réchauffement des océans, les modifications des sources de nourriture ou l’émergence de nouvelles maladies.
Les biologistes parlent de « diversité génétique », une véritable boîte à outils intégrée qui permet à une population de s’adapter. Or, la chasse à la baleine a agi comme un filtre brutal, éliminant un grand nombre d’individus et, par conséquent, une part importante de cette diversité génétique. La lenteur de la reproduction des baleines rend d’autant plus difficile la reconstitution de cette variété.
L’étude a analysé des génomes entiers, permettant une mesure beaucoup plus précise de la diversité génétique que les méthodes ADN traditionnelles. Les chercheurs se sont concentrés sur les baleines à bosse des océans Austral et de l’Atlantique Nord, des zones ayant connu une intense activité baleinière. Ils ont comparé l’ADN de baleines vivantes, prélevé sur des échantillons de peau, à celui d’os de baleine datant de l’époque de la chasse, offrant ainsi une rare perspective avant/après.
En utilisant des « marqueurs » génomiques – des différences à une seule lettre dans l’ADN, appelées SNP – les scientifiques ont évalué plusieurs indicateurs de la santé de la population au fil du temps. Ils ont notamment estimé les changements dans la « taille effective de la population », c’est-à-dire le nombre d’individus contribuant réellement à la reproduction. Leurs estimations corroborent les données historiques sur la chasse à la baleine et l’évolution des techniques de chasse.
L’équipe a également examiné directement la diversité génétique des baleines actuelles par rapport à celles du passé, en calculant des mesures telles que l’hétérozygotie (la fréquence à laquelle une baleine porte deux versions différentes d’un gène) et l’homozygotie (des périodes prolongées où les copies d’ADN sont très similaires, signe d’une pression sélective forte). Ces mesures fournissent des indices sur l’impact de l’effondrement puis de la reconstitution de la population.
Enfin, les chercheurs ont estimé la « charge mutationnelle », c’est-à-dire le nombre de changements dans l’ADN. L’étude ne suggère pas que les baleines à bosse modernes soient soudainement devenues moins aptes, mais révèle une subtilité importante : les génomes des baleines de l’océan Austral présentent aujourd’hui moins de diversité génétique et une charge mutationnelle plus élevée que ceux de leurs ancêtres, ce que les auteurs attribuent à l’impact de la chasse à la baleine.
Ce constat est d’autant plus significatif que les mutations légèrement nuisibles, qui ne réduisent pas drastiquement la survie ou la reproduction, peuvent s’accumuler dans une population réduite par la dérive génétique. En d’autres termes, le hasard peut favoriser la propagation de ces variantes défavorables lorsque la population est limitée.
Les résultats de l’étude soulignent que la récupération des populations de baleines à bosse ne signifie pas nécessairement un rétablissement complet de leur potentiel adaptatif. Même si les effectifs reviennent aux niveaux d’avant l’exploitation, les baleines pourraient avoir une capacité réduite à faire face aux futurs changements environnementaux. La conservation ne se limite donc pas à compter les individus, mais implique également de préserver la diversité génétique qui leur permettra de s’adapter.
Les chercheurs ont rendu leurs données et leurs méthodes d’analyse accessibles au public, favorisant ainsi la transparence et la reproductibilité de leurs résultats. L’étude est publiée dans la revue The Astrophysical Journal Letters.
Vous aimez ce que vous lisez ? Abonnez-vous à notre newsletter pour des articles captivants, du contenu exclusif et les dernières actualités.
Découvrez EarthSnap, une application gratuite présentée par Eric Ralls et Earth.com.
À ne pas manquer
