Publié le 20 décembre 2025 à 03h53. Les marchés financiers pourraient être trop optimistes quant à la trajectoire de l’inflation, ignorant des forces cycliques et structurelles qui pourraient relancer les pressions sur les prix et entraîner une hausse des taux d’intérêt aux États-Unis.
- Une combinaison de relance budgétaire, d’investissements massifs dans l’intelligence artificielle et de politiques monétaires accommodantes pourrait stimuler la croissance, mais aussi alimenter l’inflation.
- Les investisseurs devraient reconsidérer leur allocation d’actifs pour se préparer à un environnement inflationniste plus persistant et volatil.
- La diversification vers des actifs réels, les matières premières (notamment l’or) et des stratégies alternatives pourrait offrir une protection contre les risques inflationnistes et géopolitiques.
Les marchés financiers semblent parier sur une baisse des taux d’intérêt par la Réserve fédérale américaine l’année prochaine, même en cas de reprise économique. Cependant, un expert de JPMorgan Private Bank met en garde contre une complaisance dangereuse, soulignant que plusieurs facteurs pourraient contredire ce scénario et provoquer une hausse inattendue de l’inflation.
Selon cet analyste, les forces en jeu sont à la fois cycliques et structurelles. Sur le plan cyclique, le plan de relance budgétaire américain, les investissements croissants dans l’intelligence artificielle (IA) et les politiques monétaires souples devraient stimuler la croissance économique. En 2025, les dépenses d’investissement liées à l’IA ont déjà contribué à hauteur de 1,1 % au produit intérieur brut (PIB) américain, dépassant les dépenses de consommation comme principal moteur de l’expansion. Cependant, cette croissance se produit alors que les économies sont proches de leur pleine capacité, ce qui exerce des pressions sur les prix.
Parallèlement, des tendances structurelles de long terme pourraient maintenir l’inflation à un niveau élevé. Les déficits budgétaires persistants et l’augmentation de la dette souveraine pourraient inciter les gouvernements à tolérer une inflation plus élevée. La fragmentation géopolitique mondiale, avec la reconfiguration des chaînes d’approvisionnement, entraîne également une hausse des coûts. De plus, les contraintes en matière de ressources, exacerbées par la demande croissante d’énergie de l’IA et des centres de données, mettent à rude épreuve les infrastructures énergétiques. Le changement climatique et l’évolution des réglementations ajoutent encore à cette volatilité des prix.
L’analyste prévoit que le “One Big Beautiful Bill Act” (une loi américaine non précisée dans le texte original) pourrait injecter entre 20 et 30 milliards de dollars supplémentaires directement dans les poches des consommateurs américains en 2026, stimulant ainsi la demande globale. L’Europe et l’Asie devraient également accélérer leurs investissements dans l’IA, contribuant à une expansion mondiale synchronisée. Ces facteurs combinés pourraient exercer des pressions à la hausse sur l’inflation.
Face à ce contexte, l’expert de JPMorgan Private Bank recommande une nouvelle approche en matière d’allocation d’actifs. Il souligne que les périodes d’inflation élevée sont généralement associées à une corrélation accrue entre les actions et les obligations d’État, comme cela s’est produit dans les années 1970 et 1980, ainsi qu’en 2022. Bien que les obligations puissent toujours jouer un rôle dans les portefeuilles, il est essentiel de diversifier au-delà des titres à revenu fixe traditionnels.
Les actions peuvent offrir des rendements solides dans un contexte d’inflation modérée (entre 2,5 et 3 %). Les actifs réels, tels que les infrastructures, peuvent fournir des flux de trésorerie contractuels à long terme et résistants à l’inflation. L’immobilier peut également servir de couverture contre l’inflation. Les investisseurs pourraient également envisager des stratégies moins corrélées, telles que les fonds spéculatifs (hedge funds) et les actifs non traditionnels, comme les stratégies immobilières ou de crédit privé. Un portefeuille diversifié composé à 60 % d’actions, 30 % d’obligations et 10 % d’alternatives a surperformé le portefeuille 60/40 traditionnel dans près de 70 % des cas au cours de la dernière décennie, et dans tous les cas depuis 2021.
Enfin, les matières premières, en particulier l’or, peuvent constituer une couverture précieuse contre les risques géopolitiques et inflationnistes. Le prix de l’or a déjà augmenté de plus de 60 % en 2025, atteignant un niveau record corrigé de l’inflation, et de nouvelles hausses sont possibles dans l’année à venir.
L’incertitude demeure, mais les investisseurs doivent tester leurs portefeuilles par rapport à une gamme de scénarios d’inflation et se concentrer sur les actifs qui maintiennent leur pouvoir d’achat. La croissance économique en 2026 est une perspective réelle, mais le risque d’une inflation plus élevée et plus volatile l’est tout autant.
