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Le score de citoyenneté numérique du Vietnam et une question de confiance

by Clara Dubois

Publié le 8 janvier 2026. Le Vietnam est le théâtre d’un débat public intense concernant un projet de système de notation numérique des citoyens, intégré à la plateforme d’identité numérique VNeID, qui soulève des questions de transparence, de vie privée et de confiance entre l’État et sa population.

  • Un système de notation numérique des citoyens est envisagé au Vietnam, basé sur l’engagement avec les services publics en ligne.
  • Cette proposition suscite des inquiétudes quant à la protection des données personnelles, au risque de discrimination et à la surveillance sociale.
  • Le débat s’inscrit dans un contexte international où des systèmes similaires, comme celui de crédit social en Chine, sont scrutés avec attention.

Fin 2025, une proposition de système d’incitation à la gouvernance numérique a déclenché une vive discussion au Vietnam. Pour la première fois, les autorités ont ouvertement évoqué la mise en place d’un système de « notation numérique des citoyens », qui serait intégré à la plateforme nationale d’identité numérique, VNeID (Vietnam National Digital Identity).

Si le gouvernement présente cette initiative comme un outil technique destiné à favoriser la transformation numérique et à améliorer les services publics, la réaction du public suggère que les enjeux sont bien plus profonds. Ce qui aurait pu rester un débat politique ordinaire s’est transformé en une réflexion plus large sur la gouvernance, la protection de la vie privée et la confiance entre l’État et ses citoyens.

Selon le projet, le score numérique d’un citoyen mesurerait son niveau d’engagement actif dans l’écosystème numérique gouvernemental. Les citoyens effectuant leurs démarches administratives en ligne, utilisant une identification numérique ou participant à des consultations politiques pourraient ainsi accumuler des points. Ceux qui atteindraient un certain seuil seraient classés comme « citoyens numériques actifs » et pourraient bénéficier d’avantages tels que des frais administratifs réduits ou des procédures simplifiées.

Élaborée sous l’égide du ministère de la Sécurité publique, la proposition prévoit également l’attribution d’une adresse électronique personnelle émise par l’État à chaque citoyen. Cet e-mail servirait de canal de communication officiel entre les citoyens et les autorités publiques, dans le but de réduire la fraude, de prévenir l’usurpation d’identité et de rationaliser les interactions numériques.

Les responsables insistent sur le fait que le système vise à encourager la participation et non à punir ou à discriminer. Ils estiment que récompenser l’utilisation des services en ligne accélérerait la transition du Vietnam vers un gouvernement numérique, réduirait les coûts bureaucratiques et améliorerait l’efficacité de l’administration publique.

Malgré ces assurances, l’expression « notation citoyenne » a provoqué un malaise généralisé. Sur les réseaux sociaux vietnamiens, de nombreux utilisateurs se disent favorables à la transformation numérique en principe, mais expriment leur inconfort face à la perspective de quantifier le comportement humain. Un commentaire largement partagé résume cette inquiétude :

« Je ne suis pas contre l’e-gouvernement. Je m’inquiète de savoir qui attribuera la note, sur quels critères, et que se passera-t-il en cas d’erreur. »

D’autres craignent une dérive.

« Aujourd’hui, ce sont des points pour l’utilisation des services publics », a écrit un internaute. « Qui peut garantir que demain il ne s’agira pas de points basés sur le style de vie, les opinions ou les propos ? »

Ces réactions suggèrent que l’inquiétude porte moins sur la technologie elle-même que sur la définition des limites et leur clarté.

Au-delà du Vietnam, cette proposition a également attiré l’attention des observateurs étrangers et des communautés vietnamiennes de l’étranger. Dans de nombreux débats, la Chine est fréquemment citée comme point de comparaison. Son système de crédit social, très controversé – souvent mal compris mais symboliquement puissant – est devenu une référence mondiale pour exprimer les craintes liées à un contrôle social fondé sur les données.

Officiellement, la proposition vietnamienne diffère considérablement du système chinois. Le projet ne mentionne pas l’évaluation du comportement moral, des opinions politiques ou des modes de vie personnels, ni de sanctions sociales liées à un faible score. Cependant, les analystes soulignent que la principale leçon à tirer de l’expérience chinoise ne concerne pas la conception technique, mais l’impact social à long terme. Une fois que de vastes ensembles de données sont interconnectés sans une surveillance indépendante rigoureuse, la frontière entre encouragement et contrôle peut s’estomper.

Parallèlement, de nombreux pays européens et nord-américains utilisent déjà des évaluations basées sur des données dans des domaines tels que la fiscalité ou le crédit. Les critiques soulignent que la différence réside dans les garanties juridiques, notamment des lois claires sur la protection des données, des exigences de transparence et des mécanismes de recours permettant aux citoyens de contester les erreurs.

L’une des critiques les plus vives concerne les inégalités numériques. Le Vietnam compte encore des millions de personnes âgées, de résidents ruraux et de travailleurs à faible revenu qui ont des difficultés avec la technologie ou qui n’ont pas accès à une connexion Internet fiable. Si les scores sont étroitement liés à la participation numérique, les critiques craignent que ces groupes ne soient injustement classés comme « moins actifs ».

Un lecteur en ligne a ainsi commenté :

« Encourager les citoyens numériques est logique. Mais la capacité d’utiliser la technologie devrait-elle devenir une mesure de la valeur d’une personne en tant que citoyen ? »

Cette question est au cœur du débat : une politique technique pourrait-elle involontairement reproduire les inégalités sociales sous une forme numérique ?

Des préoccupations pratiques subsistent également. Combien de temps les données personnelles seront-elles conservées ? Qui y aura accès ? Que se passera-t-il si le système commet des erreurs, ce qui est fréquent sur les grandes plateformes numériques ? Plusieurs commentateurs soulignent que le scénario le plus préoccupant est celui de ne pas être noté, mais de ne pas avoir de moyen de corriger un mauvais score.

Il est important de noter que la plupart des critiques sont constructives plutôt que conflictuelles. De nombreuses voix ne rejettent pas catégoriquement la gouvernance numérique, mais demandent des explications plus claires, des champs d’application bien définis et des garanties plus solides en matière de confidentialité et de responsabilité. Des juristes, des sociologues et des représentants de la société civile ont exhorté les autorités à préciser la manière dont les données seront protégées et comment les citoyens pourront obtenir réparation en cas de problème.

Dans cette optique, le scepticisme du public ne doit pas être perçu comme une résistance à la modernisation, mais comme une exigence que cette modernisation respecte la dignité humaine et l’équité sociale.

Alors que le projet est toujours en consultation publique, la forme finale du score citoyen numérique vietnamien reste incertaine. Cependant, le débat qu’il a suscité est déjà porteur d’un message clair. À l’ère numérique, la manière dont une politique est conçue et communiquée est aussi importante que ses objectifs déclarés.

La technologie peut aider les gouvernements à mieux fonctionner, mais elle ne peut pas remplacer la confiance, la transparence et le respect des citoyens en tant qu’individus, et non comme de simples données. La manière dont le Vietnam répondra à ces préoccupations façonnera non seulement l’avenir de sa gouvernance numérique, mais aussi la manière dont sa population – et le monde – appréhenderont l’équilibre entre innovation et dignité humaine. ucanews.com

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