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Le silence de Poutine face à la chute de Maduro – DW – 01/07/2026

Publié le 7 janvier 2026 à 21h07. L'arrestation du président vénézuélien Nicolás Maduro, accusé de trafic de drogue, par les autorités américaines a révélé les limites du soutien russe à Caracas et soulève des questions sur la stratégie…

Le silence de Poutine face à la chute de Maduro – DW – 01/07/2026

Publié le 7 janvier 2026 à 21h07. L’arrestation du président vénézuélien Nicolás Maduro, accusé de trafic de drogue, par les autorités américaines a révélé les limites du soutien russe à Caracas et soulève des questions sur la stratégie de Moscou face à Washington.

  • Nicolás Maduro a été arrêté avec son épouse et transféré à New York pour y être jugé pour trafic de drogue.
  • La Russie, qui avait affiché son soutien à Maduro et à son régime, s’est limitée à exprimer son inquiétude et à demander des négociations.
  • Des experts estiment que Moscou a en réalité déjà abandonné Maduro, en particulier dans le contexte de la guerre en Ukraine et du rapprochement avec l’administration Trump.

L’opération militaire américaine qui a conduit à l’arrestation de Nicolás Maduro et de son épouse, le 3 janvier 2026, a pris de court de nombreux observateurs. Le couple présidentiel vénézuélien a été transféré à New York où ils devront répondre à des accusations de trafic de drogue, entre autres. L’intervention américaine, menée avec succès, a mis en lumière la faiblesse de la protection promise par la Russie à son allié vénézuélien.

En mai 2025, lors de sa visite à Moscou pour les célébrations du Jour de la Victoire, Maduro avait publiquement loué son homologue russe Vladimir Poutine, qualifiant la Russie de « puissance clé pour l’humanité ». Les deux hommes avaient alors signé un accord de « partenariat stratégique et de coopération », symbolisant un rapprochement entre Caracas et Moscou. Cependant, cet accord n’a pas suffi à protéger Maduro d’une arrestation orchestrée par les États-Unis.

Quatre jours après la chute du président vénézuélien, Vladimir Poutine est resté silencieux. Le ministère russe des Affaires étrangères s’est contenté d’exprimer son inquiétude et a exigé la libération de Maduro ainsi que l’ouverture de négociations entre les États-Unis et le Venezuela.

Maduro avait été l’un des rares chefs d’État à soutenir la Russie en février 2022, lorsque Moscou a reconnu les pseudo-républiques séparatistes de Donetsk et de Lougansk, avant de lancer son offensive à grande échelle contre l’ Ukraine. En décembre 2018, la Russie avait même envoyé deux bombardiers stratégiques Tu-160 au Venezuela pour des manœuvres militaires, perçues comme un signe de soutien à Maduro.

Entouré d'agents de sécurité, Nicolás Maduro est escorté hors de l'hélicoptère à New York.
Escorté par des agents de sécurité lourdement armés, Nicolás Maduro est conduit à l’audience du tribunal de New York.Image : Kyle Mazza/Consolidated News Photos/photo alliance

Selon Neil Melvin, expert au Royal United Services Institute, « le soutien russe au Venezuela a été plus symbolique que pratique ». Il souligne que la Russie n’a pas les moyens de contester le déploiement de forces armées américaines dans la région. Felix Riefer, politologue allemand et auteur d’un ouvrage sur la politique étrangère russe, met en avant le rapprochement entre Moscou et Washington sous l’administration Trump, affirmant que « la Russie avait déjà abandonné Maduro auparavant ».

Les deux experts estiment que cette attitude est en partie motivée par la guerre en Ukraine et par le rôle de médiateur joué par les États-Unis. Moscou éviterait ainsi de s’attirer les foudres de Washington.

Pour l’heure, les experts ne prévoient pas de conséquences immédiates sur le conflit en Ukraine. Cependant, la situation pourrait évoluer si Donald Trump décidait d’aller plus loin, par exemple en tentant de contrôler le Groenland, qui appartient au Danemark. Neil Melvin est convaincu que l’OTAN ne survivrait pas à une telle annexion.

En Ukraine, les experts se montrent prudemment optimistes. Les marchés anticipent une normalisation des relations entre les États-Unis et le Venezuela, ce qui pourrait ouvrir la voie à une augmentation de la production de pétrole (jusqu’à 50 millions de barils selon Donald Trump) et avoir un impact significatif sur l’économie mondiale et les prix du pétrole, selon le politologue Petro Oleshchuk, de l’Université nationale de Kiev.

« Tout ce qui réduit les prix du pétrole est bénéfique pour l’Ukraine et pourrait avoir un effet positif sur les négociations. Plus le pétrole est bon marché, moins la Russie aura d’argent à sa disposition. Cela rendra de moins en moins crédible l’idée selon laquelle la Russie est prête à mener une guerre sans fin. »

Petro Oleshchuk, politologue à l’Université nationale de Kiev

Certains médias s’interrogent également sur le fait que l’opération militaire menée par l’administration Trump pour écarter Maduro du pouvoir pourrait « affaiblir » le rôle de Washington en tant que défenseur de la démocratie. Petro Oleshchuk estime cependant que la détention du dirigeant chaviste s’inscrit dans la doctrine américaine selon laquelle l’hémisphère occidental relève de sa sphère d’influence.

Il souligne qu’il est impossible d’établir un parallèle entre l’arrestation de Maduro et l’agression russe contre l’Ukraine. « Dans le cas du Venezuela, les États-Unis n’annexent aucun territoire et ne prétendent pas que le Venezuela est un État fictif. »

« Une comparaison directe n’est pas valable. La réputation de Moscou dans le monde s’est affaiblie : quiconque parie sur la Russie ne peut plus espérer sa protection. »

Felix Riefer, politologue allemand

Neil Melvin rappelle que « la Russie a perdu l’Arménie, la Syrie et, maintenant, aussi le Venezuela ». « La position internationale de la Russie s’affaiblit sensiblement à mesure qu’elle intensifie sa guerre contre l’Ukraine et n’a plus les ressources nécessaires pour entretenir ces relations », conclut-il. Même Cuba, principal allié de la Russie en Amérique latine et l’un des plus proches partenaires du Venezuela, pourrait voir Moscou se montrer plus réservée, bien que ses options restent « très limitées », selon Melvin, alors que Donald Trump a récemment intensifié la pression verbale sur l’île.

(vt/ms)

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À propos de l’auteur: Nicolas Lefèvre

Nicolas Lefèvre couvre l’actualité française, de la vie politique aux questions sociales et économiques. Il privilégie les explications claires, les faits datés et les informations directement utiles au lecteur.