Le Texas s’attaque frontalement aux géants de la télévision connectée. Le bureau du procureur général, dirigé par Ken Paxton, a engagé des poursuites judiciaires contre Sony, Samsung, LG, Hisense et TCL, les accusant de transformer les téléviseurs intelligents en outils de surveillance massive dissimulés.
L’offensive juridique, lancée en décembre 2025, vise à dénoncer des pratiques de collecte de données jugées illégales et portant atteinte à la vie privée de millions d’Américains. Selon l’accusation, ces appareils ne se contentent pas de diffuser des contenus, mais enregistrent en permanence les habitudes de visionnage de leurs utilisateurs, transformant ainsi leur salon en un centre de collecte d’informations à des fins commerciales.
Au cœur de cette polémique se trouve la technologie de reconnaissance automatique de contenu (RAC), un outil qui va bien au-delà de la simple identification des applications de streaming utilisées. Les documents judiciaires affirment que, lorsqu’elle est activée, la RAC surveille et enregistre secrètement tout ce qui est affiché à l’écran – programmes de télévision, contenus numériques, utilisation de consoles de jeux ou de lecteurs Blu-ray connectés – créant ainsi un profil de visionnage extrêmement détaillé pour chaque individu.
Le procureur général du Texas dénonce également l’utilisation de ce qu’il qualifie de « modèles sombres », des interfaces utilisateur intentionnellement conçues pour manipuler les consommateurs et les inciter à accepter la collecte de leurs données. Samsung, par exemple, est accusé de rendre la désactivation de la RAC particulièrement complexe, nécessitant plus de quinze clics répartis dans différents menus, alors que l’activation ne prend qu’un seul clic.
« Cette différence flagrante dans l’expérience utilisateur constitue une tactique trompeuse qui annule toute notion de consentement éclairé et volontaire », soulignent les avocats de l’État.
L’affaire met également en lumière des pratiques de nomenclature ambiguës. LG aurait ainsi baptisé son programme de collecte de données RAC « Accord d’informations d’affichage », un terme qui, selon l’accusation, ne révèle en rien la nature réelle de l’activité pratiquée : la capture continue et en temps réel de chaque son et image diffusée sur la télévision, à une fréquence de dix millisecondes.
Le Texas estime que ces pratiques enfreignent la loi sur la protection des consommateurs de l’État, en ne divulguant pas adéquatement les méthodes de collecte de données et en obtenant un consentement de manière trompeuse. Ken Paxton a annoncé son intention de renforcer les poursuites en invoquant également la loi sur la protection de la vie privée, sauf si les entreprises concernées corrigent ces manquements dans les trente jours.
Cette affaire n’est pas isolée. En 2019, la société Vizio avait déjà été condamnée à verser 17 millions de dollars (environ 15,5 millions d’euros) dans le cadre d’un règlement collectif pour avoir partagé des données de visionnage avec des courtiers et des entreprises de publicité. En 2017, Vizio avait également accepté de payer 2,2 millions de dollars (environ 2 millions d’euros) pour régler des accusations de confidentialité formulées par la Federal Trade Commission et l’État du New Jersey.
L’ampleur des poursuites engagées par le Texas et leur concentration sur les principaux fabricants de téléviseurs intelligents pourraient, selon les observateurs, établir de nouvelles normes en matière de transparence et de consentement dans le secteur des appareils connectés, et redéfinir la relation entre les consommateurs et la technologie dans leurs foyers.