La proposition du président Lee Jae-myung d’ouvrir l’accès aux médias nord-coréens, notamment au journal Rodong Sinmun, a déclenché une vive polémique politique en Corée du Sud. Des accusations de complaisance envers Pyongyang fusent, tandis que le parti au pouvoir dénonce une remise en question de la sécurité nationale.
Lors d’un rapport d’activité conjoint du ministère des Affaires étrangères (Bureau des Coréens d’outre-mer) et du ministère de l’Unification le 19, le président Lee avait plaidé pour un accès plus large du public aux médias nord-coréens, actuellement bloqués en Corée du Sud. Seul le centre de données nord-coréen du ministère de l’Unification permet de consulter des documents imprimés provenant de ces sources. Il avait alors estimé que l’interdiction du Rodong Sinmun relevait d’une crainte injustifiée de voir la population influencée par la propagande communiste, jugeant que cela « dénigre le niveau de conscience du peuple ».
Les réactions ne se sont pas fait attendre. Jang Dong-hyuk, représentant du Parti du pouvoir du peuple, a immédiatement dénoncé sur Facebook une stratégie qui, selon lui, ne vise pas à une unification pacifique mais à une « reddition du drapeau blanc » à la Corée du Nord. Il a rappelé que l’administration Lee Jae-myung avait déjà interrompu les émissions radiophoniques destinées à la Corée du Nord, interrompues depuis 50 ans, tout en encourageant l’accès au Rodong Sinmun. « Kim Jong-un sourit sinistrement et applaudit », a-t-il écrit, concluant que « la soumission n’est pas la paix ».
Na Kyung-won, également députée du Parti du pouvoir du peuple, a qualifié les propos du président Lee de « désarmement de l’esprit de sécurité nationale » et de « mots qui ne devraient pas sortir de la bouche du président ». Elle a également interrogé le chef de l’État sur sa position concernant l’invasion de la Corée du Sud par la Corée du Nord le 25 juin, remettant en question son jugement.
Le Parti démocrate de Corée a contre-attaqué, qualifiant les critiques de l’opposition de « vieux marketing de peur sécuritaire ». Son porte-parole adjoint, Park Chang-jin, a défendu les propos du président Lee, soulignant qu’il n’avait nullement remis en question la responsabilité de la Corée du Nord dans la guerre de Corée ni son historique de provocations. Il a affirmé que les remarques du président Lee visaient à promouvoir la confiance dans une démocratie qui fait confiance à son peuple.
Moon Geum-ju, porte-parole du Parti démocrate, a rappelé que le gouvernement Yoon Seok-yeol avait lui-même évoqué la possibilité d’une ouverture progressive aux médias nord-coréens dès 2022, dénonçant une « offensive de sécurité sélective » et une contradiction flagrante.
La controverse a également suscité des réactions au sein de l’ancien gouvernement. Kwon Young-se, ancien ministre de l’Unification sous Yoon Seok-yeol, a révélé sur Facebook qu’il avait lui-même envisagé d’ouvrir l’accès au Rodong Sinmun et de faciliter le rapatriement de prisonniers nord-coréens, regrettant de ne pas avoir pu mettre ces projets en œuvre avant sa démission. Il a conclu en affirmant qu’« un pays qui autorise la liberté est un pays fort, et un pays qui se méfie de ses citoyens deviendra progressivement plus faible ».