Une vaste étude publiée en octobre 2026 dans la revue Nature Human Behaviour révèle que les individus égoïstes et prosociaux déforment tous deux l’impact social de leurs choix, mais que les versions égoïstes de ces distorsions se propagent plus facilement, influençant le comportement d’autrui.
Les décisions quotidiennes qui touchent d’autres personnes comportent souvent une part d’incertitude. Qu’il s’agisse de choisir un moyen de transport ou de soutenir un programme public, les conséquences exactes pour autrui restent généralement vagues et ouvertes à l’interprétation. Selon une nouvelle recherche menée par des scientifiques, cette ambiguïté n’est pas un simple décor neutre de la prise de décision morale. Les individus l’exploitent de manière systématique pour présenter leurs actions sous un jour flatteur.
Neuf expériences mesurent les choix de 8 769 adultes
L’étude, codirigée par Marius C. Vollberg (de l’Université de Zurich et de l’Université de Genève) et Jörg Gross (de l’Université de Zurich), repose sur neuf expériences en ligne préenregistrées impliquant 8 769 adultes, principalement résidents des États-Unis, d’après les publications parues le 1er octobre 2026 dans Nature Human Behaviour.

Pour mesurer ces mécanismes, les chercheurs ont mis en place une tâche où des participants, appelés « Décideurs », devaient choisir entre deux options. Chacune garantissait un gain financier précis pour le Décideur tout en générant un résultat incertain, présenté sous forme de fourchette, pour un autre participant dénommé le « Récepteur ». Par exemple, l’option automaximisante rapportait 7 points au Décideur, tandis que l’option alternative lui en garantissait 5, modifiant la fourchette de points attribuée au Récepteur.
Des profils égoïstes et prosociaux qui déforment la réalité
Une fois leur choix arrêté, les participants devaient estimer le résultat réel obtenu par le Récepteur pour chaque option, avec de l’argent réel à la clé en cas d’exactitude. Si les choix obéissaient à la stricte neutralité, les estimations se seraient regroupées autour du milieu de chaque fourchette. Les données ont montré tout autre chose.
Les personnes aux tendances égoïstes ont comprimé la distance morale entre les options. Elles ont exagéré le bénéfice que le Récepteur retirait de leur choix égoïste tout en minimisant celui de l’option généreuse qu’elles avaient rejetée, faisant paraître leurs actes inoffensifs. Les individus prosociaux ont également déformé la réalité, mais en amplifiant le bénéfice social de l’option choisie.

La contagion des comportements égoïstes gagne les observateurs
L’aspect le plus marquant de la recherche réside dans sa dernière expérience, qui a testé la transmission sociale de ces croyances. Des participants observaient les estimations attribuées à un « Influenceur » avant de faire leurs propres choix.
Lorsque ces estimations minimisaient la nocivité du comportement égoïste, les observateurs adoptaient ces points de vue et basculaient à leur tour vers des choix plus égoïstes. En revanche, les récits et distorsions inspirés par la générosité n’ont produit aucun déplacement mesurable des choix moyens au sein du groupe.
Les auteurs notent que ce profil égoïste agrégé ne concerne qu’une minorité, estimée à moins de 10 % des participants. Cette asymétrie suggère que les informations réduisant le coût psychologique de l’égoïsme s’avèrent redoutablement persuasives pour les personnes indécises.