Publié le 5 novembre 2024 à 20h24. L’Équateur a fermement rejeté les accusations du président vénézuélien Nicolás Maduro, qui l’a désigné comme une plaque tournante du trafic de drogue, une attaque jugée inacceptable par Quito et interprétée comme une tentative de déstabilisation.
- L’Équateur dénonce des accusations « fausses et infondées » de Nicolás Maduro concernant son rôle dans le trafic de drogue.
- Quito accuse Maduro, dont le régime est lié au cartel des « Soleils », de chercher à discréditer ses efforts en matière de sécurité régionale.
- Ces tensions interviennent alors que l’Équateur est confronté à une crise sécuritaire majeure et se prépare à un référendum sur la sécurité.
Le gouvernement équatorien a exprimé son indignation face aux déclarations du président vénézuélien Nicolás Maduro, qui a publiquement accusé l’Équateur d’être un point de transit majeur pour les drogues en provenance de Colombie, du Pérou et de Bolivie. Maduro a même suggéré que des entreprises liées au président équatorien, Daniel Noboa, seraient impliquées dans ces réseaux.
Dans un communiqué publié le 4 novembre, le ministère équatorien des Affaires étrangères a qualifié ces allégations de « fausses et infondées », soulignant que l’Équateur maintient une « politique ferme de lutte contre la criminalité organisée et le narcoterrorisme, avec des résultats internationalement reconnus ». La réponse diplomatique de Quito a été particulièrement ferme, jugeant « inacceptable qu’un dirigeant dictatorial, orphelin de légitimité démocratique, lié au Cartel des Soleils, cherche à discréditer les efforts d’un pays engagé en faveur de la sécurité régionale ».
Le ministère équatorien a insisté sur sa détermination à poursuivre cette lutte, en collaboration avec les pays et les organisations internationales engagés dans la lutte contre le trafic de drogue sous toutes ses formes. Le ton inhabituellement véhément de la déclaration témoigne de la gravité de la crise diplomatique entre les deux pays.
Ces accusations interviennent dans un contexte de crise sécuritaire sans précédent en Équateur. Depuis janvier 2024, le président Noboa a décrété un « conflit armé interne » afin de faire face aux organisations criminelles qui contrôlent les prisons et une partie importante des routes de trafic de drogue. Les principaux groupes – Les Choneros, Les Loups, Les Tiguerones et Les Lézards – ont été classés comme organisations terroristes.
Malgré le déploiement de l’armée et l’adoption de réformes constitutionnelles en matière de sécurité, l’Équateur reste l’un des principaux pays de transit de la cocaïne à destination de l’Europe et des États-Unis, notamment via le port de Guayaquil. Selon le Bureau des Nations Unies contre la drogue et le crime (ONUDC), l’Équateur est un acteur majeur dans le transit de cocaïne au niveau mondial. Aucun rapport n’établit toutefois de lien entre le gouvernement équatorien ou des entreprises privées du pays et les réseaux de trafic de drogue vénézuéliens ou le Cartel des Soleils, une structure criminelle composée de hauts commandants militaires du régime chaviste et sanctionnée par les États-Unis.
Les commentaires de Maduro surviennent également quelques jours avant la consultation populaire et le référendum promus par Noboa, qui portent sur des mesures visant à renforcer la sécurité. Les principaux opposants au parti au pouvoir en Équateur sont des membres du courant « Correismo », proches de Nicolás Maduro.
En août 2024, l’Équateur a rejoint la liste des pays qui classent le Cartel des Soleils comme organisation terroriste et a promu la coopération internationale avec la Colombie, le Pérou, les États-Unis et l’Union européenne en matière d’interdiction maritime et de contrôle portuaire. Dans ce contexte, les accusations de Maduro ont été perçues à Quito comme une tentative de délégitimer les efforts du gouvernement équatorien pour maintenir son image de partenaire fiable dans la lutte contre le trafic de drogue.
Le récit du trafic de drogue est régulièrement instrumentalisé par le chavisme pour accuser d’autres pays d’être responsables des itinéraires qui traversent historiquement son propre territoire. L’Équateur, quant à lui, s’efforce de se positionner comme un partenaire coopérant en matière de sécurité régionale, en renforçant ses opérations conjointes avec les États-Unis, l’Espagne et l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime, et en participant à des forums internationaux sur la criminalité transnationale organisée.
Le ministère équatorien des Affaires étrangères a réaffirmé que son pays « ne tolérera pas les attaques injustifiées qui cherchent à ternir son engagement en faveur de la sécurité régionale » et qu’il continuera à collaborer avec les organisations internationales dans la lutte contre le trafic de drogue.