L’ancien président américain Donald Trump multiplie les grâces controversées, suscitant l’inquiétude quant à l’utilisation du pouvoir présidentiel et à l’état de droit. Entre anciens hauts fonctionnaires corrompus, figures du crime organisé et donateurs généreux, les bénéficiaires de ces décisions clémentielles semblent souvent liés à l’ancien locataire de la Maison Blanche par des liens politiques ou financiers.
Récemment, l’attention s’est portée sur le cas de Juan Orlando Hernández, l’ancien président hondurien condamné à 45 ans de prison aux États-Unis pour son implication dans un vaste réseau de trafic de drogue. Sa grâce, accordée par Trump, intervient alors que le secrétaire à la Défense, Pete Hegseth, a publiquement revendiqué la destruction de bateaux présumés transportant de la drogue en provenance du Venezuela, une action qualifiée d’exécution extrajudiciaire par certains.
Cette décision s’inscrit dans une tendance plus large. Trump a accordé plus de 2 000 grâces et commutations cette année, soit dix fois plus qu’au cours de son premier mandat. Parmi les bénéficiaires figurent des personnalités comme Changpeng Zhao, le fondateur de Binance, reconnu coupable de blanchiment d’argent, et Trevor Milton, l’ancien PDG de Nikola, une entreprise de camions électriques en faillite, condamné pour fraude envers les investisseurs. Dans les deux cas, des dons importants à des Super PAC soutenant Trump ont été enregistrés peu avant les élections de 2024.
« Il abuse de son pouvoir pour récompenser ses alliés politiques partisans, en autorisant des programmes de rétribution et en tentant de décriminaliser la corruption », dénoncent les observateurs.
Les grâces accordées aux instigateurs de l’attaque du Capitole du 6 janvier 2021, visant à contester les résultats de l’élection présidentielle de 2020, ont également suscité l’indignation. Des individus violents ayant agressé des policiers et des personnes ayant des antécédents judiciaires ont été graciés, tout comme des personnalités influentes comme Rudy Giuliani, John Eastman et Sidney Powell, avocats impliqués dans la contestation des résultats électoraux.
Par ailleurs, plusieurs hommes d’affaires fortunés ont également profité de la clémence présidentielle. C’est le cas de Paul Walczak, un ancien cadre d’une maison de retraite qui a échappé à une peine de prison et à des dommages et intérêts de 4,4 millions de dollars (environ 3,6 millions d’euros) après que sa mère ait participé à une collecte de fonds d’un million de dollars (environ 920 000 euros) pour Trump.
Au-delà des cas individuels, cette frénésie de grâces soulève des questions fondamentales sur l’intégrité de la démocratie américaine. Certains proposent des réformes pour limiter le pouvoir de grâce présidentiel, notamment un amendement constitutionnel ou une loi exigeant une justification détaillée des grâces accordées par le ministère de la Justice et le président au Congrès.
« La frénésie de grâce de Trump est un scandale quotidien qui déforme les normes de notre démocratie », soulignent les critiques, ajoutant que la colère face à la corruption pourrait bien être l’une des forces capables de remettre en question les abus de pouvoir.
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