Home MondeLes assassins et leurs alliés : comment l’Europe a aidé Israël à traquer les tueurs de Munich

Les assassins et leurs alliés : comment l’Europe a aidé Israël à traquer les tueurs de Munich

by Clara Dubois

Publié le 7 novembre 2025 à 21h14. Une nouvelle analyse révèle les détails méconnus de l’« Opération Colère de Dieu », la réponse secrète d’Israël au massacre des Jeux olympiques de Munich en 1972, et met en lumière une coopération inattendue en matière de renseignement avec les nations européennes.

  • L’opération, lancée par le Premier ministre Golda Meir, visait à éliminer les responsables du massacre de Munich et à perturber les futurs complots terroristes.
  • Le livre d’Aviva Guttmann révèle l’importance cruciale du réseau de partage de renseignements « Club de Berne » dans la réussite de la campagne israélienne.
  • L’étude souligne un contraste frappant entre les contraintes éthiques qui encadraient les opérations israéliennes dans les années 1970 et la plus grande latitude observée dans les conflits récents.

Quarante ans après les Jeux olympiques de Munich, un nouveau regard est porté sur l’« Opération Colère de Dieu », la campagne d’assassinats ciblés menée par Israël en représailles au massacre de 1972. Une analyse approfondie, menée par le professeur Aviva Guttmann de l’Université d’Aberystwyth, révèle non seulement les détails de cette opération secrète, mais aussi l’étendue de la coopération en matière de renseignement entre Israël et plusieurs pays européens.

Le 5 septembre 1972, le monde était en deuil après l’attaque du groupe terroriste Septembre Noir contre la délégation israélienne aux Jeux olympiques de Munich. Huit membres de l’organisation ont pris en otage des athlètes et des entraîneurs israéliens, exigeant la libération de prisonniers palestiniens. La tentative de sauvetage menée par les forces allemandes s’est soldée par une tragédie, avec la mort des 11 otages, de cinq terroristes et d’un policier allemand. Les images de cette crise ont fait le tour du monde, suscitant une condamnation internationale du terrorisme et entraînant des changements majeurs dans les politiques de sécurité, notamment la création d’unités d’élite antiterroristes et le renforcement de la sécurité aérienne. Plus d’informations sur les conséquences de Munich.

En réponse directe au massacre, Golda Meir, alors Premier ministre israélien, a autorisé une campagne d’assassinats visant les membres du Fatah et de Septembre Noir impliqués dans l’attentat. Le livre de Guttmann se concentre sur les opérations menées en Europe, mais souligne également que des actions audacieuses ont été menées au Moyen-Orient, comme l’Opération Printemps de la Jeunesse en 1973, un raid commando israélien sur Beyrouth et Sidon, au Liban, qui a ciblé des dirigeants de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP).

L’étude de Guttmann s’appuie sur des archives inédites du « Club de Berne », un réseau de partage de renseignements réunissant huit pays d’Europe occidentale, ainsi que des liens avec des agences de renseignement telles que le FBI, le Mossad et le Shin Bet, le service de sécurité intérieure israélien. Après le massacre de Munich, les membres du Club de Berne ont créé un canal de communication spécial, baptisé « Kilowatt », dédié au terrorisme palestinien en Europe. Ce canal s’est avéré essentiel pour Israël, lui permettant de cibler les groupes terroristes palestiniens qui opéraient avec une relative liberté sur le continent. Avant Munich, les services israéliens disposaient de très peu d’informations sur les activités terroristes palestiniennes en Europe, selon Guttmann.

Selon l’auteure, l’« Opération Colère de Dieu » poursuivait trois objectifs principaux : la vengeance, la perturbation des complots terroristes en cours et la dissuasion de futures attaques. Israël a largement atteint les deux premiers objectifs, en déjouant de nombreux attentats planifiés par les terroristes palestiniens, notamment une tentative d’abattre l’avion de Meir en Italie avec un missile sol-air en 1973. Les agents palestiniens, conscients de la menace du Mossad, ont souvent réduit leurs activités et évité de se montrer en public.

Bien qu’il soit difficile de prouver que l’opération a dissuadé le terrorisme, les preuves suggèrent que Septembre Noir a mené des représailles, notamment l’assassinat de Vittorio Olivares, un employé juif italien d’El Al à Rome, en 1973. Le Fatah a finalement dissous Septembre Noir, mais principalement parce qu’il estimait que les attentats spectaculaires avaient déjà atteint leurs objectifs et que de nouvelles attaques nuisaient à la cause palestinienne.

L’étude de Guttmann met également en évidence l’attitude ambiguë des États européens, qui ont continué à partager des renseignements avec Israël, même après avoir pris conscience de son implication dans les assassinats. Cette coopération, bien que discrète, témoigne des préoccupations européennes concernant le terrorisme sur leur sol et d’un certain soutien aux opérations israéliennes. Il est également important de noter que certains gouvernements européens ont conclu des accords avec des terroristes palestiniens pour éviter d’être pris pour cible.

« Opération Colère de Dieu » complète d’autres ouvrages sur le sujet, tels que « Un jour en septembre » et « Lève-toi et tue en premier ». Les nouvelles preuves issues des archives du Club de Berne permettent de mieux comprendre les raisons qui ont poussé le Mossad à cibler certaines personnes. Par exemple, Wael Zwaiter, la première victime de l’opération, aurait fourni des armes et des instructions aux assaillants de Munich.

L’étude de Guttmann révèle également un aspect important : les contraintes éthiques qui encadraient les opérations israéliennes dans les années 1970. Golda Meir avait donné l’ordre de ne pas blesser d’innocents, ce qui impliquait une grande précision dans les tirs et l’utilisation de petites bombes pour éviter de toucher les civils. Cette approche contraste fortement avec les opérations israéliennes plus récentes, notamment celles qui ont suivi les événements du 7 octobre, et leur bilan élevé de victimes civiles. L’opération s’est d’ailleurs terminée en 1973 avec l’assassinat accidentel d’un serveur marocain en Norvège, ce qui a conduit à l’arrestation des agents du Mossad et à la révélation du rôle d’Israël.

Bien que l’étude de Guttmann soit précieuse, elle présente certaines limites. Son style académique et sa présentation factuelle pourraient rebuter les lecteurs à la recherche d’un récit plus palpitant. De plus, l’auteure ne discute pas suffisamment des limites de ses sources et de l’influence d’autres agences de renseignement qui n’étaient pas membres du Club de Berne. Néanmoins, « Opération Colère de Dieu » offre une analyse riche et nuancée de la lutte contre le terrorisme et des complexités de la coopération multilatérale en matière de renseignement.

You may also like

Leave a Comment

This site uses Akismet to reduce spam. Learn how your comment data is processed.