Home Affairesles assureurs ont commencé à leur tourner le dos

les assureurs ont commencé à leur tourner le dos

by Amélie Bernard

Publié le 26 octobre 2025 10:32. L’essor fulgurant de l’intelligence artificielle, depuis le lancement de ChatGPT fin 2022, suscite un engouement massif des investisseurs, mais révèle également une lacune croissante en matière d’assurance des risques liés à cette technologie.

  • Les entreprises d’IA, comme OpenAI et Anthropic, sont confrontées à des poursuites judiciaires pour violation de droits d’auteur et responsabilité civile.
  • Les assureurs hésitent à couvrir les risques liés à l’IA, craignant un “risque systémique” en cas de faillite d’une entreprise du secteur.
  • Les entreprises d’IA explorent des solutions alternatives, telles que l’auto-assurance et la création de fonds de réserve, pour faire face à l’absence de couverture adéquate.

Depuis la fin de l’année 2022, l’intelligence artificielle connaît une véritable révolution, propulsée par le lancement de ChatGPT. Cette avancée a déclenché une vague d’investissements et d’attentes qui a bénéficié à des acteurs majeurs comme NVIDIA et a propulsé OpenAI au rang de startup la plus influente. Cependant, toute révolution a son revers. À mesure que l’IA progresse, les exigences en matière de sécurité et de responsabilité s’intensifient, soulevant une question cruciale : qui prendra en charge les risques en cas de problème ?

Aux États-Unis, chaque innovation technologique est invariablement suivie d’une cascade de litiges. Ce n’est pas une simple coïncidence, mais une caractéristique inhérente au système juridique. Si une entreprise réalise des profits tout en présentant un risque de préjudice, il est inévitable qu’elle soit traînée devant les tribunaux. C’est précisément à cela que sert l’assurance : transformer un risque futur en un coût actuel. Ce modèle a fait ses preuves depuis des décennies, mais l’intelligence artificielle le met à l’épreuve comme aucun autre secteur auparavant.

Plusieurs affaires sont actuellement en cours et illustrent l’urgence de la situation. OpenAI et Anthropic ont été les premières à mesurer l’ampleur des coûts potentiels. Le New York Times a intenté une action en justice contre Microsoft et OpenAI, estimant que les chatbots menacent l’industrie du journalisme. OpenAI est également confrontée à une plainte pour responsabilité civile suite au suicide d’un adolescent. Dans les deux cas, les sommes en jeu ne se limitent pas à quelques millions de dollars, mais annoncent un contentieux potentiellement généralisé.

La situation actuelle des polices d’assurance. Pour l’instant, les grandes entreprises d’IA s’appuient sur des polices d’assurance conventionnelles, similaires à celles utilisées par les autres sociétés technologiques. Selon le Financial Times, OpenAI aurait fait appel à Aon pour souscrire une couverture d’environ 300 millions de dollars (environ 275 millions d’euros), bien que ce chiffre ne soit pas officiellement confirmé. Bien que substantiel, ce montant apparaît dérisoire face aux potentielles réclamations se chiffrant en milliards de dollars. En réalité, les assureurs reconnaissent qu’ils ne disposent pas encore des “capacités suffisantes” pour protéger les fournisseurs de modèles à grande échelle.

Pourquoi cette réticence ? Le journal susmentionné souligne qu’Aon a refusé de commenter des cas spécifiques, mais que son responsable de la cybersécurité, Kevin Kalinich, a reconnu le manque de capacités pour couvrir les fournisseurs de modèles. Il a également expliqué que les assureurs craignent qu’une faillite d’une entreprise d’IA ne se transforme en un “risque systémique, corrélé et mondial”.

Plan B : l’auto-assurance. Face à la réticence des assureurs, les entreprises d’IA se tournent vers l’auto-assurance. OpenAI envisage de mettre de côté des fonds provenant de ses investisseurs, voire de créer un captive – une sorte de compagnie d’assurance interne destinée à couvrir les risques lorsque le marché ne propose pas de solution. Anthropic a déjà pris des mesures concrètes en allouant une partie de son capital à un accord de 1,5 milliard de dollars avec des auteurs. Ces solutions permettent de gagner du temps, mais ne garantissent pas la stabilité en cas de décision de justice défavorable.

Les conséquences pour le reste du secteur. L’impact dépasse le cas d’OpenAI ou d’Anthropic. Les startups et les petits fournisseurs constatent déjà une augmentation des primes d’assurance, une réduction de la couverture et des délais de lancement plus longs en raison des exigences légales croissantes. L’incertitude juridique est devenue un coût fixe supplémentaire. En l’absence d’une méthode claire pour évaluer les risques liés à l’IA, les assureurs les considèrent comme potentiellement catastrophiques, rendant chaque expérience, chaque nouveau modèle et chaque ligne de code plus coûteux.

Ce qu’il faut surveiller. Les prochains mois seront déterminants pour savoir si le secteur de l’assurance parviendra à s’adapter. Le Financial Times mentionne l’émergence de nouvelles formules couvrant les erreurs des chatbots et le contenu généré par l’IA, mais il s’agit pour l’instant d’expérimentations limitées. Les entreprises, quant à elles, préparent leurs prochaines stratégies : diversification des fonds et renforcement de leurs structures internes.

L’industrie de l’intelligence artificielle ne montre aucun signe de ralentissement. Cependant, son expansion atteint les limites d’un système qui peine encore à mesurer et à gérer ces nouveaux risques. Les assureurs agissent avec prudence, les régulateurs observent attentivement et les entreprises sont contraintes d’improviser.

Images | vecteur (Photo gratuite) | Xataka dans Gmini 2.5

À Xataka | “Ce sont des choses pour lesquelles un étudiant universitaire aurait des ennuis” : Deloitte a remis à l’Australie un rapport réalisé avec l’IA

You may also like

Leave a Comment