Publié le 15 octobre 2025 à 22h00. Une planète solitaire, dépourvue d’étoile, connaît une croissance spectaculaire en accumulant matière à un rythme sans précédent, offrant aux astronomes une occasion unique d’étudier la formation planétaire au-delà de notre système solaire.
- Une planète vagabonde, Cha 1107-7626, absorbe gaz et poussières à un rythme de six milliards de tonnes par seconde.
- Ce taux d’accrétion, le plus rapide jamais observé pour une planète, suggère des similitudes entre la formation des planètes et celle des étoiles.
- La découverte remet en question notre compréhension de l’origine des planètes errantes et de leur potentiel à développer des caractéristiques similaires à celles des étoiles.
Les astronomes ont observé une poussée de croissance inattendue chez une jeune planète vagabonde, située à environ 620 années-lumière de la Terre dans la constellation du Caméléon. Cette planète, nommée Cha 1107-7626, accumule matière à un rythme phénoménal, estimé à six milliards de tonnes par seconde. Cette accrétion massive, un processus par lequel la planète attire et intègre gaz et poussières de son environnement, est le taux de croissance le plus rapide jamais enregistré pour un objet de ce type.
Contrairement aux planètes de notre système solaire, qui orbitent autour d’une étoile, les planètes vagabondes errent librement dans l’espace. Leur détection est particulièrement difficile en raison de leur faible luminosité. Cha 1107-7626 a été identifiée grâce au Very Large Telescope (VLT) de l’Observatoire européen austral (ESO). Sa masse est estimée entre cinq et dix fois celle de Jupiter, mais elle est encore en phase de formation.
L’étude a révélé que le taux d’accrétion n’est pas constant. En août 2025, la planète accumulait de la matière huit fois plus rapidement qu’au cours des mois précédents. Cette accélération soudaine a intrigué les chercheurs et a conduit à de nouvelles questions sur les mécanismes régissant la croissance des planètes errantes.
« Les gens ont tendance à imaginer les planètes comme des mondes calmes et stables, mais cette découverte nous montre que les objets de masse planétaire flottant librement dans l’espace peuvent être des lieux fascinants et dynamiques. »
Víctor Almendros-Abad, astronome à l’Observatoire astronomique de Palerme, Institut national d’astrophysique (INAF)
L’origine des planètes errantes reste un mystère. Sont-elles formées de la même manière que les étoiles, ou sont-elles des géantes gazeuses éjectées de leur système stellaire d’origine ? Selon le professeur Alex Scholz, de l’École de physique et d’astronomie de l’Université de St. Andrews, cette question est au cœur des recherches actuelles :
« L’origine des planètes errantes reste une question ouverte : s’agit-il d’objets de masse inférieure formés comme des étoiles ou de planètes géantes expulsées de leur système d’origine ? »
Alex Scholz, professeur à l’École de physique et d’astronomie de l’Université de St. Andrews
Les résultats suggèrent que certaines planètes errantes pourraient partager un processus de formation similaire à celui des étoiles, car des explosions d’accrétion comparables ont été observées chez les jeunes étoiles. De plus, l’activité magnétique de la planète semble avoir entraîné une perte de masse importante, un phénomène déjà observé dans les étoiles.
L’analyse de la lumière émise par la planète avant et pendant la période d’accrétion accélérée a également révélé un changement dans la composition chimique du disque de gaz et de poussières qui l’entoure. La présence de vapeur d’eau a été détectée pendant l’événement d’accrétion, mais pas auparavant, un phénomène déjà observé dans les étoiles, mais jamais sur une planète.
Selon le Dr Belinda Damian, également astronome à St Andrews, cette découverte contribue à estomper la frontière entre les étoiles et les planètes :
« Cette découverte brouille la frontière entre les étoiles et les planètes et nous donne un aperçu des premières périodes de formation des planètes errantes. »
Belinda Damian, astronome à St Andrews
L’étude de ces planètes solitaires offre un aperçu précieux de l’évolution planétaire dans des environnements extrêmes. L’Extremely Large Telescope (ELT) de l’ESO, actuellement en construction, permettra aux astronomes d’approfondir leurs recherches et de mieux comprendre les similitudes potentielles entre les planètes errantes et les étoiles.
Références
Découverte d’une explosion d’accrétion dans un objet de masse planétaire flottant librementThe Astrophysical Journal Letters, octobre 2025. Almendros-Abad, A., Scholz, A., Damian, B., et al.
