Publié le 14 octobre 2025 16:15:00. La résistance aux antibiotiques s’aggrave à un rythme alarmant, menaçant de compromettre les progrès de la médecine moderne et de rendre inefficaces les traitements contre des infections courantes, selon un nouveau rapport de l’Organisation mondiale de la santé (OMS).
- Plus de 40 % des souches d’E. coli et plus de 55 % des K. pneumoniae sont désormais résistantes aux céphalosporines de troisième génération.
- Les bactéries Gram-négatives résistantes représentent la menace la plus importante.
- Le nombre de pays participant au Système mondial de surveillance de l’utilisation et de la résistance des antimicrobians (GLASS) de l’OMS a quadruplé, mais les données restent incomplètes.
La prolifération des bactéries résistantes aux traitements est devenue une crise sanitaire mondiale, selon le Rapport mondial de surveillance de la résistance aux antibiotiques 2025 publié par l’OMS. Le document révèle une augmentation de plus de 40 % de la résistance aux antibiotiques entre 2018 et 2023, avec un rythme annuel moyen de progression compris entre 5 et 15 % pour les combinaisons d’agents pathogènes et de médicaments surveillées.
Les données, collectées auprès de plus de 100 pays participant au GLASS de l’OMS, indiquent qu’une bactérie sur six confirmée en laboratoire en 2023 présentait une résistance aux traitements antibiotiques, et ce pour des maladies répandues à travers le monde. Le rapport inclut pour la première fois des estimations de la prévalence de la résistance à 22 antibiotiques utilisés pour traiter les infections urinaires, gastro-intestinales, les infections sanguines et la gonorrhée. L’analyse s’est concentrée sur huit agents pathogènes courants : Acinetobacter spp., Escherichia coli, Klebsiella pneumoniae, Neisseria gonorrhoeae, Salmonella spp. (non typhoïde), Shigella spp., Staphylococcus aureus et Streptococcus pneumoniae.
Les bactéries Gram-négatives résistantes constituent la principale source d’inquiétude. Des cas croissants d’infections sanguines causées par Klebsiella pneumoniae, pouvant entraîner une septicémie, une défaillance d’organe et la mort, ont été recensés. Le rapport souligne que plus de 40 % des souches d’E. coli et plus de 55 % des K. pneumoniae à l’échelle mondiale sont désormais résistantes aux céphalosporines de troisième génération, un traitement de première intention pour ce type d’infections.
D’autres micro-organismes, tels que Salmonella et Acinetobacter, développent également des résistances à des médicaments essentiels comme les carbapénèmes et les fluoroquinolones. Cette situation réduit considérablement les options thérapeutiques disponibles et oblige souvent à recourir à des antibiotiques de dernier recours, qui sont généralement plus coûteux et plus difficiles d’accès, en particulier dans les pays à revenu faible ou intermédiaire.
Le directeur général de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, a mis en garde contre une situation où la résistance aux antimicrobiens dépasse les avancées de la médecine moderne, menaçant la santé des populations du monde entier.
« Nous devons utiliser les antibiotiques de manière responsable et garantir un accès universel à des médicaments appropriés, à des diagnostics et à des vaccins fiables. »
Tedros Adhanom Ghebreyesus, Directeur général de l’OMS
L’amélioration des systèmes de surveillance et la collecte de données précises sont des priorités urgentes. Bien que des progrès aient été réalisés, ils restent insuffisants. Entre 2016 et 2023, le nombre de pays participant au GLASS a quadruplé, passant de 25 à 104. Cependant, 48 % des pays n’ont pas communiqué d’informations en 2023, et près de la moitié de ceux qui l’ont fait ne disposent pas des infrastructures nécessaires pour générer des données fiables.
L’OMS insiste sur la nécessité de concentrer les efforts sur des régions telles que l’Asie du Sud-Est, la Méditerranée orientale et l’Afrique, où les taux de résistance aux antimicrobiens sont particulièrement élevés (une infection sur trois signalée en Asie du Sud-Est et en Méditerranée orientale, une sur cinq en Afrique). Le rapport précise que
« Atteindre cet objectif nécessitera des actions concertées pour renforcer la qualité, la couverture géographique et le partage des données sur la résistance aux antimicrobiens, afin de suivre les progrès. Les pays doivent développer des stratégies coordonnées pour faire face à ce phénomène à tous les niveaux du système de santé. »
Selon le Groupe de coordination interinstitutions sur la résistance aux antimicrobians, ce problème figure parmi les dix principales menaces pour la santé mondiale. Sans mesures efficaces, le nombre de décès annuels liés à des infections résistantes aux médicaments pourrait dépasser les 10 millions d’ici 2050. Ghebreyesus a conclu en soulignant l’importance de renforcer les systèmes de prévention, de diagnostic et de traitement des infections, ainsi que de stimuler l’innovation dans le développement de nouveaux antibiotiques et de tests moléculaires rapides.
