Home NouvellesLes Britanniques recherchent la proximité avec l’Union européenne

Les Britanniques recherchent la proximité avec l’Union européenne

by Nicolas Lefèvre

Le Brexit, autrefois considéré comme un choix définitif, est de nouveau au cœur du débat public au Royaume-Uni. Des changements démographiques, une évolution de l’opinion politique et des données économiques alarmantes remettent en question les bénéfices de la sortie de l’Union européenne, alors que le gouvernement travailliste maintient une position ferme sur le sujet.

Une analyse récente de Peter Kellner, ancien président de l’institut de sondages YouGov, suggère que le soutien à la sortie de l’UE s’est considérablement affaibli. Selon ses calculs, la majorité de ceux qui ont voté pour le Brexit en 2016 a été érodée par les décès et l’arrivée de nouveaux électeurs. « Environ 1,3 million de personnes de plus avaient voté pour quitter l’UE en 2016 », explique Kellner, « mais depuis, plus de six millions de Britanniques sont décédés, et parmi les électeurs encore en vie, le camp pro-UE est désormais légèrement majoritaire. » À cela s’ajoutent environ six millions de jeunes électeurs, majoritairement favorables à l’Europe, ce qui porterait à environ huit millions le nombre de Britanniques favorables à une réintégration dans l’UE.

Cette évolution se fait sentir au Parlement. Lors d’un vote à la Chambre des communes cette semaine, une proposition du député libéral-démocrate Al Pinkerton, visant à entamer des négociations pour une union douanière avec l’UE, a obtenu 100 voix pour et 100 contre. La présidente de séance, Caroline Nokes, a brisé l’égalité en votant pour la poursuite du débat, un résultat salué comme une victoire inattendue par les libéraux-démocrates. Bien qu’il soit peu probable que cette proposition devienne loi, elle symbolise un changement d’attitude.

Le Premier ministre Keir Starmer a également reconnu les conséquences économiques négatives du Brexit. Lors d’un discours à Londres, il a admis que l’accord avait « considérablement porté atteinte à notre économie », alors que son gouvernement est confronté à des difficultés budgétaires.

Les chiffres confirment cette tendance. Une étude récente du National Bureau of Economic Research (NBER) prévoit que le Royaume-Uni connaîtra une baisse de production économique de 6 à 8 % d’ici 2025 en raison du Brexit – soit deux fois plus que les estimations précédentes.

Cependant, Joël Reland, de l’organisation « Le Royaume-Uni dans une Europe en mutation », tempère cet optimisme. Il souligne que le programme électoral travailliste, avec ses « lignes rouges », ne laisse que peu de place à un revirement en faveur d’une union douanière ou d’un retour au marché intérieur. Seul un nouveau gouvernement, prêt à revoir ses engagements, pourrait initier un tel changement.

Reland met en garde contre les compromis nécessaires. L’adhésion à une union douanière faciliterait le commerce avec l’UE, mais pourrait compromettre les accords commerciaux britanniques avec d’autres pays, comme les États-Unis, l’Inde et les membres de la Comprehensive and Progressive Agreement for Trans-Pacific Partnership (CPTPP). L’adhésion au marché intérieur offrirait des avantages économiques encore plus importants, mais impliquerait l’acceptation de la libre circulation des personnes et de l’ensemble des réglementations européennes, des questions politiquement sensibles. « Chaque option implique des compromis difficiles », conclut Reland, mais il est clair que le Brexit n’est pas un sujet clos.

You may also like

Leave a Comment