Publié le 12 octobre 2025 à 07h57. La Chine réplique aux contrôles américains sur les exportations de terres rares en menaçant d’imposer des droits de douane supplémentaires de 100 % sur les produits américains, ravivant les tensions commerciales entre les deux superpuissances économiques.
- La Chine se réserve le droit de prendre des mesures de représailles contre les États-Unis.
- Donald Trump a annoncé des droits de douane supplémentaires de 100 % sur les marchandises chinoises.
- Pékin contrôle une part importante de la production et de la transformation des terres rares (environ 70 % et 90 % respectivement).
Après une période d’accalmie relative durant l’été, le conflit commercial entre les États-Unis et la Chine s’intensifie à nouveau. Le ministère chinois du Commerce a déclaré dimanche qu’il se réservait le droit de prendre des contre-mesures si Washington imposait de nouveaux droits de douane sur les produits chinois. Cette annonce intervient en réponse à la décision du président américain Donald Trump d’imposer des droits de douane supplémentaires de 100 % sur les marchandises importées de Chine, portant le total des droits de douane sur les produits chinois à environ 150 %, un niveau comparable à celui atteint en avril dernier, au plus fort de la guerre commerciale.
Selon le ministère chinois du Commerce, « si les États-Unis insistent pour suivre leur propre voie, la Chine prendra des contre-mesures fortes et nécessaires pour garantir ses droits et intérêts légitimes ». Le communiqué ajoute que la menace de droits de douane n’est pas une approche appropriée pour traiter avec la Chine, tout en affirmant que Pékin ne souhaite pas une guerre commerciale, mais qu’elle n’en a pas peur non plus. Le gouvernement chinois demande à Washington de corriger ses erreurs.
Des tarifs douaniers au plus haut depuis le début du conflit
L’annonce de Donald Trump intervient après que le gouvernement chinois a annoncé, mercredi, des contrôles renforcés sur les exportations de terres rares et de produits qui en sont dérivés, tels que les aimants utilisés dans l’industrie automobile. Ces contrôles, applicables à l’échelle internationale, exigent que les entreprises étrangères obtiennent des licences d’exportation auprès des autorités chinoises, même pour des produits ne contenant que des traces de terres rares provenant de Chine.
Les technologies et systèmes liés à l’extraction et au traitement des terres rares sont également concernés par cette nouvelle réglementation. La Chine détient une position dominante sur le marché mondial des terres rares, contrôlant environ 70 % de la production et 90 % de la transformation de ces minéraux critiques.
Washington pris au dépourvu
Les réactions impulsives de Donald Trump, comme l’annonce récente de nouveaux droits de douane, suggèrent que l’administration américaine et ses conseillers les plus bellicistes ont sous-estimé le pouvoir de Pékin sur les chaînes d’approvisionnement mondiales, ainsi que la détermination de Xi Jinping. Il pourrait s’agir d’une prise de conscience amère pour Trump que son principal rival est le seul pays capable de contrer efficacement les États-Unis dans ce conflit commercial.
Les contrôles à l’exportation introduits par la Chine en avril dernier avaient déjà pris Washington par surprise. Après des négociations avec les États-Unis à Londres et à Stockholm, Pékin avait assoupli ces contrôles. La question se pose de savoir si Donald Trump était pleinement conscient du quasi-monopole de la Chine sur les terres rares.
Contrairement au président américain, souvent imprévisible, son homologue chinois, Xi Jinping, est réputé pour sa planification à long terme. Les observateurs à Pékin supposent que les contrôles plus stricts sur les exportations de terres rares annoncés la semaine dernière étaient en préparation depuis un certain temps.
La Chine démontre sa puissance sur les chaînes d’approvisionnement
Xi Jinping souhaite également renforcer sa position de négociation en vue d’une éventuelle rencontre avec le président américain lors du sommet de l’APEC en Corée du Sud à la fin du mois. Mais, avec cette nouvelle offensive, Pékin entend démontrer aux États-Unis, ainsi qu’au reste du monde, son influence sur les chaînes d’approvisionnement mondiales.
L’industrie américaine de la défense et le secteur technologique dépendent fortement des terres rares provenant de Chine. Si Pékin applique rigoureusement les nouveaux contrôles à l’exportation, cela pourrait potentiellement paralyser la production mondiale de puces. Bien que les terres rares ne soient pas directement présentes dans les puces mémoire, elles sont indispensables à leur fabrication.
Xi Jinping avait déjà anticipé, lors du premier mandat de Donald Trump, l’ampleur que pourrait prendre un conflit avec les États-Unis et avait pris des mesures préventives. Il y a quatre ans, le gouvernement chinois a adopté une loi lui permettant de sanctionner les pays qui imposent des sanctions à la Chine.
Contrôles des exportations à portée extraterritoriale
Avec ces nouveaux contrôles à l’exportation, qui ont une portée extraterritoriale, la Chine s’aligne sur une directive similaire des États-Unis. Washington autorise uniquement ses propres entreprises et certaines entreprises étrangères à exporter des puces mémoire modernes et les équipements nécessaires à leur production, sous des conditions strictes. Le leader du marché néerlandais ASML n’est pas autorisé à livrer ses machines les plus avancées pour la production de puces en Chine.
En prévision d’une éventuelle rencontre avec son homologue chinois en Corée du Sud, Xi Jinping poursuit des objectifs clairs. Il attend des États-Unis une condamnation explicite de toute tentative d’indépendance de Taïwan. Jusqu’à présent, la position officielle de Washington est qu’elle ne soutient pas l’indépendance de l’île.
De plus, Xi Jinping souhaite que Donald Trump assouplisse les contrôles américains à l’exportation de puces haute performance et des systèmes nécessaires à leur production. Malgré des progrès significatifs, les fabricants chinois ne sont pas encore en mesure d’égaler la qualité des leaders occidentaux, tels que Nvidia, en matière de production de puces.
La présence de Donald Trump sur la plateforme chinoise de courtes vidéos TikTok survie assurée aux USA pourrait être interprétée par Xi Jinping comme un signe de flexibilité de la part du président américain sur les questions litigieuses.
Trump laisse-t-il une porte ouverte ?
Après l’escalade de la semaine dernière, Donald Trump a déclaré qu’il ne voyait plus d’intérêt à rencontrer Xi Jinping à Séoul fin octobre. Cependant, le président américain pourrait encore souhaiter laisser une dernière voie de négociation ouverte.
Le sommet de l’APEC débutera le 31 octobre. Les nouveaux droits de douane punitifs américains ne devraient pas entrer en vigueur avant le 1er novembre.
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