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Les déchets de brasserie peuvent être réutilisés pour fabriquer des nanoparticules capables de combattre les bactéries

by Sophie Martin

Publié le 2025-11-06 13:34:00. L’industrie brassicole américaine génère d’importantes quantités de déchets, mais des chercheurs explorent des solutions innovantes pour transformer ces sous-produits en matériaux utiles, notamment des nanoparticules aux applications médicales potentielles.

  • La production de bière représente une activité économique de 117 milliards de dollars aux États-Unis, avec plus de 170 millions de barils produits chaque année.
  • Le processus de brassage génère des déchets solides (drêches, levure) et liquides (eaux usées) qui peuvent nuire à l’environnement.
  • Des scientifiques étudient la possibilité de recycler ces déchets en nanoparticules pour la fabrication de médicaments, notamment des antibiotiques.

Le brassage de la bière, un pilier de l’économie américaine, est une activité gourmande en ressources et génératrice de déchets. Chaque étape du processus, de la préparation des céréales à la mise en bouteille, laisse derrière elle des résidus qui posent des défis environnementaux. Les brasseurs produisent annuellement plus de 170 millions de barils (environ 27,5 millions de mètres cubes) de bière, une production qui représente une activité économique de 117 milliards de dollars aux États-Unis, selon la Brewers Association.

Les composants solides issus de ces déchets, tels que les drêches de brasserie et la levure usagée, finissent souvent dans les décharges, où ils peuvent libérer des composés nocifs dans le sol. Les eaux usées de brassage, quant à elles, peuvent contaminer les cours d’eau et les lacs, réduisant les niveaux d’oxygène et menaçant la vie aquatique, comme le soulignent des études publiées dans Heliyon et Chemical and Microbiological Engineering.

Face à ces enjeux, des chercheurs, dont Alcina Johnson Sudagar, chimiste, s’attèlent à transformer ces déchets en ressources précieuses. « Nous souhaitons découvrir comment recycler et réutiliser les déchets de brasserie en minuscules particules pouvant être utilisées pour fabriquer de nouveaux types de médicaments sur ordonnance », explique-t-elle. L’objectif est de valoriser ces sous-produits et de réduire leur impact environnemental.

Le processus de brassage et ses déchets

Le brassage commence par le maltage, une étape cruciale qui consiste à transformer l’amidon et les protéines des céréales, généralement de l’orge, en sucres fermentescibles et acides aminés. Les brasseurs ajoutent de l’eau aux grains pour les réveiller et les maintiennent à une température contrôlée pour favoriser la germination, un processus décrit en détail par ScienceDirect.

Après le maltage, les brasseurs séparent l’extrait de malt sucré, appelé moût, des résidus solides, les drêches de brasserie. Ces drêches représentent environ 30 % du poids initial des céréales, soit près de 30 millions de tonnes générées chaque année à l’échelle mondiale, selon des recherches publiées dans Applied Surface Science. Elles peuvent être utilisées comme aliments pour animaux ou, plus souvent, sont éliminées.

Le moût est ensuite mélangé au houblon, une fleur aux propriétés amérisantes et aromatiques, puis clarifié. Ce processus génère le « hot trub », un autre déchet majeur constitué de houblon et de protéines non dissoutes. Environ 85 % du houblon utilisé est finalement éliminé comme déchet, comme le précise une étude parue dans Nanomaterials.

Enfin, la levure, utilisée pour la fermentation, est filtrée après son utilisation et constitue un troisième type de déchet important. La levure épuisée, riche en eau et en matières solides, représente un volume considérable : environ 2 à 4 kilogrammes (4,4 à 8,8 livres) de levure sont générés pour 100 litres de bière, selon Nanomaterials. Les eaux usées issues de la filtration complètent le tableau, avec une brasserie de taille moyenne générant jusqu’à 56 tonnes de déchets liquides par mois, selon Nanomaterials.

Vers une valorisation des déchets de brasserie

Ces déchets contiennent des composés potentiellement réutilisables, tels que des glucides, des protéines, des acides aminés, des minéraux et des vitamines. Des scientifiques explorent des pistes innovantes pour les transformer en biocarburants, en cuir végétalien ou en engrais pour le sol, comme le montrent des travaux publiés dans IntechOpen, Shanferments, Sustainable Agriculture Research et Hobby Farms. Cependant, une part importante de ces déchets finit encore en décharge ou dans les systèmes d’égouts, posant des problèmes de traitement des eaux usées, qui contiennent des polluants 30 fois plus concentrés que les eaux usées résidentielles typiques, selon AquaCycle.

L’équipe d’Alcina Johnson Sudagar se concentre sur une approche prometteuse : la transformation des déchets de brasserie en nanoparticules. « Dans mes recherches, je souhaite déterminer si les composés issus des déchets de brasserie peuvent contribuer à créer des nanoparticules qui sont compatibles avec les cellules humaines mais luttent contre les bactéries », explique-t-elle. Ces nanoparticules, d’une taille de l’ordre du milliardième de mètre, pourraient avoir des applications médicales significatives, notamment dans la lutte contre les infections bactériennes.

Les chercheurs ont développé un procédé de fabrication de nanoparticules recouvertes de composés issus des déchets de brasserie, une invention brevetée (numéro de brevet : P.435084). Le processus consiste à ajouter des déchets de brasserie à une source de métal, comme le nitrate d’argent, ce qui déclenche une réaction chimique de réduction et de précipitation, expliquent les chercheurs dans LibreTexts et LabXchange.

Les composés organiques présents dans les déchets de brasserie forment un revêtement protecteur autour des nanoparticules, les stabilisant et les rendant compatibles avec les cellules humaines. Les nanoparticules ainsi obtenues sont composées d’argent métallique, d’oxyde d’argent et de phosphate d’argent, selon Nanomaterials.

Sécurité et perspectives d’avenir

Ce procédé de fabrication est conforme aux principes de la chimie verte, qui vise à réduire l’utilisation de produits chimiques dangereux et à minimiser les déchets, selon l’Agence de protection de l’environnement américaine (EPA). Les tests en laboratoire menés par Neha Rangam ont montré que le revêtement organique confère aux nanoparticules une faible toxicité pour les cellules humaines, tout en conservant leur activité antibactérienne contre Escherichia coli, une bactérie responsable de troubles intestinaux, comme le démontre sa thèse de doctorat disponible sur ICHF.

Les nanoparticules contenant une forte concentration de phosphate d’argent se sont révélées particulièrement efficaces contre E. coli, en perturbant la structure cellulaire de la bactérie. L’argent est connu pour ses propriétés antimicrobiennes, comme le souligne une étude publiée dans Surgical Infections. Plusieurs nanoparticules sont déjà à l’étude dans le cadre d’essais cliniques et certaines ont même été approuvées par la FDA pour des applications médicales, notamment dans le traitement de la douleur, les soins dentaires et certaines maladies comme le cancer et la COVID-19, selon Journal of Nanobiotechnology.

Cependant, des recherches supplémentaires sont nécessaires pour évaluer la sécurité à long terme de ces nanoparticules et leur devenir dans l’organisme avant qu’elles puissent être utilisées comme médicaments antibactériens. « Certaines nanoparticules artificielles peuvent être toxiques pour les organismes vivants, il est donc essentiel de déterminer si ces nanoparticules dérivées de déchets de brasserie sont sans danger pour le corps humain », conclut Alcina Johnson Sudagar. Des études sont en cours pour évaluer ces aspects et ouvrir la voie à de nouvelles applications médicales innovantes issues de la valorisation des déchets de l’industrie brassicole, comme le suggère ACS Accounts.

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