Édition française
En continu
---Advertisement---

Monde

Les dirigeants militaires du Myanmar admettent que les prochaines élections seront incomplètes

Publié le 17 octobre 2024 18h13. La junte militaire birmane a admis pour la première fois qu'elle ne pourra pas organiser d'élections dans tout le pays, une concession faite alors que le régime tente de se légitimer après…

Les dirigeants militaires du Myanmar admettent que les prochaines élections seront incomplètes

Publié le 17 octobre 2024 18h13. La junte militaire birmane a admis pour la première fois qu’elle ne pourra pas organiser d’élections dans tout le pays, une concession faite alors que le régime tente de se légitimer après le coup d’État de 2021 et face à une opposition armée grandissante.

  • La junte ne contrôle actuellement qu’environ 21 % du territoire birman.
  • Plus de 3 millions de personnes ont été déplacées et plus de 7 000 tuées depuis le coup d’État.
  • Des élections, même limitées, sont perçues par les militaires comme un moyen d’obtenir une reconnaissance internationale.

Dans un discours diffusé à la télévision d’État, le chef de la junte, Min Aung Hlaing, a déclaré :

« Nous ne pouvons pas organiser des élections partout à 100 % »

Min Aung Hlaing, chef de la junte militaire

Cet aveu, bien que formulé avec prudence, révèle l’étendue limitée du contrôle exercé par les militaires sur le territoire birman, où les forces rebelles dominent désormais 42 % des zones.

La reconnaissance de ces difficultés intervient quelques jours après une réunion avec des représentants de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ASEAN). La junte avait initialement annoncé la fin de l’état d’urgence le 31 juillet, ouvrant la voie, selon ses dires, à des élections et à une transition vers une démocratie multipartite. Un porte-parole du régime avait alors affirmé :

« L’état d’urgence est aboli afin que le pays puisse organiser des élections sur la voie d’une démocratie multipartite »

Cependant, les analystes s’accordent à dire que ces élections risquent d’être une façade destinée à consolider le pouvoir de la junte. Le régime a emprisonné près de 30 000 personnes et tué plus de 7 000 depuis le coup d’État de 2021, selon l’Association d’assistance aux prisonniers politiques. De plus, le recensement de 2024, présenté comme une étape préparatoire aux élections, n’a pas permis de collecter de données dans au moins 40 % du pays.

La situation humanitaire au Myanmar est désastreuse. Plus de 3,5 millions de personnes ont été déplacées ces dernières années, dont un nombre important de minorités ethniques et religieuses. Selon un rapport de la Commission américaine pour la liberté religieuse internationale (USCIRF), plus de 90 000 personnes ont été déplacées dans l’État Chin, à majorité chrétienne, et 237 200 dans l’État Kachin. Un million de réfugiés rohingyas, majoritairement musulmans, ont également fui le pays.

Le Myanmar est un pays multiethnique et multireligieux. Bien que la majorité de la population soit birmane et bouddhiste, les communautés minoritaires sont bien établies et souvent plus anciennes que l’État moderne. Environ 20 à 30 % des Karens sont chrétiens, tandis que plus de 90 % des Chin professent cette foi. Ce chevauchement des identités ethniques et religieuses rend les croyants particulièrement vulnérables.

L’armée birmane, animée par une interprétation extrémiste du bouddhisme, a une longue histoire de violence envers les minorités, notamment les Rohingyas et les Chin. Des accusations graves d’enlèvements d’enfants, forcés de servir de boucliers humains dans les champs de mines, ont également été portées contre les militaires, qui mènent depuis des décennies une guerre de nettoyage ethnique et religieux.

Bien que la Russie, la Chine et l’Inde soutiennent la junte, la plupart des pays ne reconnaissent pas le régime, qui reste marginalisé au sein de l’ASEAN.

Join WhatsApp

Join Now

Join Telegram

Join Now

Laisser un commentaire

À propos de l’auteur: Clara Dubois

Clara Dubois suit l’actualité internationale, les affaires diplomatiques et les grands équilibres géopolitiques. Son travail met l’accent sur le contexte, les faits vérifiables et les conséquences concrètes des événements mondiaux.