Publié le 2025-12-06 13:46:00. L’administration Trump renforce drastiquement sa politique migratoire en imposant des amendes considérables aux migrants en situation irrégulière et en proposant une prime à ceux qui acceptent de quitter volontairement les États-Unis, une stratégie combinant répression financière et incitation au départ.
- Une amende de 5 000 $ (environ 4 600 €) sera appliquée à presque tous les immigrants entrés illégalement aux États-Unis.
- Le gouvernement offre 1 000 $ (environ 930 €) et un billet d’avion gratuit à ceux qui choisissent de s’auto-expulser via l’application CBP Home.
- Des amendes quotidiennes allant jusqu’à 998 $ (environ 920 €) peuvent être infligées aux personnes sous ordre d’expulsion qui ne quittent pas le pays.
La deuxième administration de Donald Trump passe à la vitesse supérieure dans sa lutte contre l’immigration illégale. Michael Banks, chef de la patrouille frontalière, a annoncé l’application quasi-systématique d’une amende de 5 000 $ à toute personne entrée illégalement sur le territoire américain. Cette mesure s’accompagne d’une campagne incitant à l’« auto-expulsion », avec la promesse d’un vol gratuit vers le pays d’origine et d’une prime de 1 000 $ en espèces.
Cette annonce, qui précise des mesures esquissées depuis octobre, fait suite à un avertissement de l’ambassade des États-Unis au Mexique concernant l’imposition de cette amende à toute personne franchissant illégalement la frontière sud. Elle s’applique aux individus de plus de 14 ans arrêtés pour entrée sans papiers, quelle que soit leur nationalité. Plus d’informations sur la nouvelle amende à la frontière.
Comment fonctionne l’amende de 5 000 $ ?
Selon Michael Banks, ces « frais d’arrestation » de 5 000 $ seront appliqués à quasiment tous les immigrants âgés de 14 ans ou plus ayant pénétré sur le territoire sans inspection, quel que soit le lieu de passage, la durée de leur séjour ou l’existence de procédures d’immigration en cours. Cette mesure s’inscrit dans le cadre d’un vaste projet de loi adopté en juillet 2025, surnommé le « grand et beau projet de loi », qui vise à restructurer le système fiscal lié à l’immigration et à allouer des dizaines de milliards de dollars aux détentions, aux expulsions et au renforcement des frontières. Analyse de la nouvelle loi de Trump et de son financement des arrestations massives.
L’ambassade des États-Unis avait déjà annoncé que cette sanction serait appliquée « au moment de l’arrestation » et que son montant pourrait être augmenté à la discrétion du Département de la sécurité intérieure (DHS), dans le cadre d’une politique de « tolérance zéro » combinant sanctions économiques, expulsions rapides et poursuites pénales pour les récidivistes.
Des amendes de 998 $ par jour : l’autre volet de la sanction
Parallèlement, le gouvernement active une disposition légale permettant d’imposer des amendes civiles allant jusqu’à 998 $ par jour aux personnes faisant l’objet d’un ordre d’expulsion définitif qui ne quittent pas le pays. Ces amendes peuvent être appliquées rétroactivement sur une période allant jusqu’à cinq ans, ce qui pourrait générer des dettes potentiellement atteignant 1,8 million de dollars par personne.
Cette logique de punition économique extrême a déjà eu des conséquences concrètes pour la communauté cubaine. Un Cubain a reçu un avis d’amende de 690 000 $, et un autre risque une sanction dépassant les 530 000 $ pour ne pas avoir quitté les États-Unis après un ordre d’expulsion.
En pratique, ces accusations transforment la situation d’immigration irrégulière en un véritable piège financier : celui qui choisit de rester risque non seulement l’expulsion forcée, mais aussi de s’endetter de manière insurmontable et de voir ses biens confisqués, affectant aussi bien les personnes aux ressources limitées que les familles ayant réussi à acquérir une maison ou à créer une petite entreprise aux États-Unis.
L’« offre » de 1 000 $ pour s’auto-expulser
L’autre volet de cette stratégie est la campagne d’auto-expulsion : le DHS a lancé une publicité, comparable à une opération « Cyber Monday », proposant un vol gratuit vers le pays d’origine et une prime de 1 000 $ à tout immigrant en situation irrégulière acceptant de s’auto-expulser via l’application CBP Home.
L’administration Trump estime que cette formule permet de réduire de plus de 70 % les coûts liés aux arrestations, aux détentions et aux expulsions, estimés à plus de 17 000 $ par personne, et de « nettoyer » les amendes et sanctions civiles tout en laissant la porte ouverte à un éventuel retour légal dans le futur.
Cependant, les avocats spécialisés en droit de l’immigration mettent en garde contre les risques liés à l’acceptation de cette offre, qui pourrait entraîner des interdictions de retour de 5, 10 ou 20 ans, voire une interdiction permanente. Ils recommandent d’analyser chaque cas avec un avis juridique. Témoignage d’un Cubain ayant refusé les 1 000 $ de Trump pour s’auto-expulser et explication des modalités de paiement des 1 000 $ promis.
Pour de nombreux Cubains, le dilemme est cruel : accepter l’auto-expulsion peut signifier renoncer à la possibilité de bénéficier de l’ajustement cubain ou d’autres voies de régularisation, tandis que rester expose à la menace de raids, à des amendes quotidiennes impossibles à payer et à la crainte constante de l’expulsion.
De l’expérimentation à la « deuxième phase » de l’offensive
L’annonce de Fox News marque un tournant : il ne s’agit plus seulement de lois et d’annonces isolées. Le chef de la patrouille frontalière annonce l’application quasi-universelle de l’amende de 5 000 $ et le gouvernement présente la campagne d’auto-expulsion comme une politique centrale, étayée par des données d’efficacité à la frontière.
L’administration affirme que l’exercice 2025 s’est achevé avec environ 237 565 arrestations à la frontière avec le Mexique, le chiffre le plus bas depuis 1970, et qu’elle devrait enregistrer environ 600 000 expulsions au cours de la première année du retour de Trump à la Maison Blanche. Plus de deux millions de personnes auraient déjà quitté le pays, entre expulsions et départs volontaires, selon les rapports officiels et les analyses des médias américains.
Ces chiffres confirment les informations déjà rapportées par CiberCuba concernant la baisse des passages irréguliers et la fermeture de la frontière : les passages illégaux à la frontière sud ont atteint leur niveau le plus bas depuis 1970, avec près de 238 000 rencontres au cours de l’année fiscale.
Ce que cela signifie pour les Cubains aux États-Unis
Pour les Cubains, le nouveau contexte combine trois pressions : l’amende de 5 000 $ pour ceux qui ont traversé ou traversent sans papiers, le risque d’amendes quotidiennes astronomiques pour ceux qui sont sous ordre d’expulsion définitif, et l’offre alléchante, mais risquée, de 1 000 $ pour partir maintenant au prix d’une éventuelle interdiction de retour.
Les reportages de CiberCuba ont déjà mis en lumière l’impact humain de cette offensive : des Cubains recevant des notifications pour des montants dépassant le demi-million de dollars, d’autres annonçant qu’ils accepteront le plan d’auto-expulsion, et des jeunes refusant les 1 000 $ en déclarant qu’ils resteront « jusqu’au bout ». Témoignage d’une Cubaine annonçant sa décision de s’auto-expulser et histoire d’un Cubain ayant refusé l’argent de Trump.
Dans les villes à forte concentration de migrants, comme la Nouvelle-Orléans et certaines régions du sud de la Floride, on observe déjà des rues moins fréquentées, des commerces avec moins de clients et une communauté vivant dans la peur des raids de l’ICE, des lettres du gouvernement et des messages contradictoires circulant sur les réseaux sociaux.
Entre peur et résistance
La politique migratoire actuelle de Trump combine deux messages destinés à la fois au public américain et aux migrants : d’une part, la promesse d’une frontière « historiquement sûre » et d’un nombre record d’expulsions ; d’autre part, la menace de ruine financière et l’offre d’une sortie « ordonnée » à ceux qui acceptent de s’auto-expulser. Pour des milliers de Cubains, la décision est devenue existentielle : continuer à se battre pour régulariser leur situation malgré les amendes et le climat de persécution, ou accepter un billet aller-retour et 1 000 $ qui pourraient marquer la fin de leur projet de vie aux États-Unis. La bataille se joue désormais non seulement à la frontière ou devant les tribunaux, mais aussi dans l’esprit de chaque migrant qui reçoit une lettre, un appel téléphonique ou une vidéo virale lui rappelant qu’il peut désormais recevoir une facture de plusieurs milliers, voire de centaines de milliers de dollars pour son séjour.
