Publié le 30 décembre 2025 à 22h58. Une étude scientifique révèle qu’une quantité considérable de lithium, essentiel à la transition énergétique, est actuellement gaspillée dans les déchets miniers aux États-Unis, soulevant des questions cruciales sur la sécurité d’approvisionnement et la gestion des ressources.
- Les déchets de 54 mines américaines contiennent suffisamment de lithium pour fabriquer environ 10 millions de véhicules électriques.
- La récupération de 90 % des sous-produits miniers pourrait couvrir la quasi-totalité des besoins américains en minéraux critiques.
- La Chine domine la production mondiale de terres rares, ce qui pousse les États-Unis à rechercher des sources alternatives.
Les États-Unis sont confrontés à un paradoxe énergétique et technologique : alors que la demande de batteries, de véhicules électriques et de systèmes de stockage explose, une ressource clé, le lithium – surnommé « or blanc » – est massivement rejetée comme déchet. Une étude récente met en lumière l’ampleur de ce gaspillage et ses implications pour la sécurité d’approvisionnement du pays.
Publiée dans la revue Science, l’étude a analysé les résidus de 54 mines de métaux en activité à travers les États-Unis. Les résultats sont alarmants : en une seule année, ces déchets miniers contiennent suffisamment de lithium pour équiper près de 10 millions de voitures électriques. L’étude, dirigée par Elizabeth Holley, ingénieure en mines à la Colorado School of Mines, spécialisée dans la récupération de minéraux critiques, révèle également la présence significative d’autres éléments précieux tels que le cobalt, le nickel, le gallium, le tellure et les terres rares.
Selon Elizabeth Holley,
« Une récupération de 90 % des sous-produits des opérations minières de métaux nationales existantes pourrait couvrir la quasi-totalité des besoins critiques en minéraux des États-Unis. »
Elizabeth Holley, ingénieure en mines à la Colorado School of Mines
Même une valorisation de seulement 1 % de ces sous-produits permettrait de réduire considérablement la dépendance du pays aux importations pour la plupart des éléments analysés.
La situation découle du fait que la plupart des mines sont conçues pour extraire un seul métal principal, comme le cuivre ou le fer. Les autres éléments présents dans le minerai sont broyés et traités pour devenir des déchets, malgré leur potentiel stratégique. Ces éléments font partie des « minéraux critiques », essentiels aux technologies modernes, mais dont les chaînes d’approvisionnement sont souvent vulnérables aux tensions géopolitiques et aux fluctuations du marché.
Le lithium, en particulier, est devenu une ressource sensible en raison de son rôle central dans les batteries. De nombreuses terres rares (17 métaux utilisés dans les aimants et l’électronique avancée) figurent déjà sur les listes américaines de matériaux à haut risque. La demande croissante de lithium dans l’industrie du stockage d’énergie ne fait qu’aggraver la situation.
Ces minéraux sont indispensables à la fabrication de véhicules électriques, d’éoliennes, de panneaux solaires et de systèmes de guidage militaire. On les retrouve également, en plus petites quantités, dans les téléphones portables, les ordinateurs et autres appareils électroniques grand public. La Chine domine actuellement le marché mondial des terres rares, concentrant environ 90 % de la production mondiale et renforçant ses contrôles sur les exportations, ce qui incite les États-Unis et l’Europe à diversifier leurs sources d’approvisionnement.
Actuellement, les États-Unis classent 60 substances comme minéraux critiques, dont 15 éléments de terres rares. Cette liste croissante témoigne des préoccupations croissantes concernant la sécurité énergétique et nationale, car la pénurie d’un seul élément pourrait retarder la production de batteries, augmenter les coûts des projets renouvelables ou affecter l’industrie aérospatiale.
Pourquoi ces métaux ne sont-ils pas recyclés ? La valorisation du lithium et des autres métaux présents dans les déchets miniers n’est pas une tâche simple. Chaque élément supplémentaire nécessite des processus spécifiques, de nouvelles infrastructures et des coûts supplémentaires dans des opérations déjà soumises à des marges serrées. Ce processus de récupération des sous-produits est généralement considéré comme moins rentable que la vente du métal principal, surtout lorsque les prix sont volatils. C’est pourquoi de nombreuses entreprises hésitent à introduire des changements susceptibles de ralentir la production ou de créer une incertitude financière.
L’analyse d’Elizabeth Holley identifie toutefois deux cas présentant un potentiel évident : les mines de zinc en Alaska, où le germanium pourrait être récupéré, et les exploitations dans le Montana, où des sous-produits riches en nickel pourraient être valorisés. Dans ces deux cas, le lithium apparaît comme une ressource secondaire actuellement perdue dans les flux de déchets.
Les métaux sont piégés dans les résidus, les matières fines qui restent après le traitement du minerai. Ces déchets sont stockés dans des barrages ou de grandes accumulations qui nécessitent une surveillance constante pendant des décennies pour éviter les fuites et les défaillances structurelles. Extraire davantage de lithium et d’autres minéraux pourrait améliorer la stabilité chimique de ces déchets et faciliter leur gestion. Dans certains cas, les matériaux restants pourraient même être réutilisés comme granulats dans la construction, réduisant ainsi les risques environnementaux à long terme.
La recherche suggère que la récupération des sous-produits est un moyen efficace d’assurer l’approvisionnement en lithium et en minéraux critiques, tout en réduisant l’impact environnemental et la dépendance géopolitique. Le véritable défi, cependant, ne se trouve pas sous terre, mais dans les décisions industrielles et politiques qui détermineront si cette ressource continuera d’être traitée comme un déchet ou comme un atout stratégique.
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