Publié le 13 novembre 2025 à 21h32. L’administration Trump a discrètement ordonné aux services consulaires américains de refuser des visas à des étrangers souffrant de certaines conditions médicales chroniques, une mesure qui s’inscrit dans une politique plus large de restriction de l’immigration.
- L’obésité, les maladies cardiaques, le cancer et le diabète figurent parmi les problèmes de santé qui pourraient désormais justifier un refus de visa.
- Cette directive, transmise par câble aux ambassades et consulats, donne aux agents un pouvoir discrétionnaire accru pour évaluer la « charge publique » potentielle des demandeurs.
- La mesure a été critiquée pour ciblant des conditions médicales courantes et pour s’appuyant sur une évaluation du coût potentiel des soins de santé.
Selon un câble du 6 novembre, révélé par le Washington Post, le secrétaire d’État Marco Rubio a informé les services consulaires du monde entier de cette nouvelle interprétation des critères d’éligibilité aux visas. Cette directive étend les contrôles médicaux existants, initialement axés sur les maladies transmissibles, à un éventail plus large de pathologies chroniques.
Le câble du Département d’État précise que les agents doivent tenir compte de la santé des candidats et que certaines conditions médicales – notamment les maladies cardiovasculaires, les maladies respiratoires, le cancer, le diabète, les maladies métaboliques, les maladies neurologiques et les troubles mentaux – « peuvent nécessiter des soins médicaux dont le coût peut atteindre des centaines de milliers de dollars ». L’obésité est également mentionnée, avec ses complications potentielles telles que l’apnée du sommeil, l’hypertension artérielle et la dépression clinique.
Un haut responsable du Département d’État, s’exprimant sous couvert d’anonymat, a souligné que ce câble avait été rédigé par la direction politique de l’agence et n’avait pas suivi les procédures d’examen habituelles, qui impliquent généralement la contribution d’experts de carrière. Cette approche soulève des questions sur la transparence et la rigueur de la décision.
Vic Goel, avocat spécialisé en droit de l’immigration basé en Virginie, a déclaré :
« Cette directive confère aux agents consulaires un large pouvoir discrétionnaire pour refuser des visas sur la base de problèmes de santé courants qui n’ont jamais été considérés comme un motif de disqualification. »
Vic Goel, avocat spécialisé en droit de l’immigration
La Maison Blanche a défendu la mesure, arguant qu’elle s’inscrit dans une politique de longue date visant à empêcher les migrants de devenir une charge financière pour les contribuables américains. Anna Kelly, porte-parole de la Maison Blanche, a déclaré dans un communiqué :
« Depuis 100 ans, la politique du Département d’État inclut le pouvoir de refuser des visas aux demandeurs qui représentent un fardeau financier pour les contribuables, comme les personnes cherchant des soins de santé financés par l’État aux États-Unis et qui pourraient mettre davantage à rude épreuve les ressources de santé des citoyens américains. L’administration du président Trump met enfin pleinement en œuvre cette politique et donne la priorité aux Américains. »
Anna Kelly, porte-parole de la Maison Blanche
Selon les informations disponibles, la directive s’applique aussi bien aux demandeurs de visas temporaires (comme les visas H-1B pour les travailleurs qualifiés) qu’à ceux qui souhaitent obtenir la résidence permanente aux États-Unis. Certains demandeurs de visa humanitaire, tels que les réfugiés, sont toutefois exclus, bien que l’administration Trump ait déjà réduit ou supprimé de nombreux programmes d’aide humanitaire.
Cette nouvelle directive s’inscrit dans la continuité de la politique restrictive de l’administration Trump en matière d’immigration, qui comprend des interdictions de voyage et la remise en question de certains programmes d’immigration existants. Steven Heller, avocat spécialisé en droit de l’immigration au Royaume-Uni, a souligné que les agents consulaires américains disposent déjà d’une grande latitude dans l’interprétation des règles et que cette directive leur fournit simplement de nouvelles raisons de refuser un visa.
Selon l’Organisation mondiale de la santé, environ 16 % des adultes dans le monde étaient obèses en 2022, et 14 % souffraient de diabète la même année.
Le câble du Département d’État demande également aux agents de prendre en compte l’âge des candidats, le nombre de personnes à leur charge (enfants ou parents âgés) et la présence de « besoins spéciaux » ou de handicaps. Cette approche s’appuie sur le concept de « charge publique », qui refuse les visas et les cartes vertes aux migrants susceptibles d’avoir recours à l’aide sociale ou de nécessiter des soins institutionnels.
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