Home MondeLes États-Unis vont exiger que les pays partagent des données sur les « agents pathogènes à potentiel épidémique » en échange d’une aide sanitaire | Santé mondiale

Les États-Unis vont exiger que les pays partagent des données sur les « agents pathogènes à potentiel épidémique » en échange d’une aide sanitaire | Santé mondiale

by Clara Dubois

Washington conditionne le rétablissement de son aide sanitaire à des dizaines de pays à la transmission d’informations sur les agents pathogènes susceptibles de provoquer des épidémies, une stratégie qui suscite des inquiétudes quant à l’équité de l’accès aux futurs vaccins et traitements.

L’administration Trump, dans le cadre d’une nouvelle stratégie axée sur les intérêts américains, cherche à conclure des accords bilatéraux de financement avec de nombreux pays, après avoir brutalement interrompu les arrangements existants en début d’année. Ces accords, qui concernent la lutte contre des maladies telles que le paludisme, la tuberculose, le VIH et la polio, ainsi que le renforcement des systèmes de surveillance et de santé, impliquent une participation financière progressive des pays bénéficiaires sur cinq ans.

En contrepartie de ce financement, les États-Unis exigent que les pays partenaires partagent dans les jours suivant leur identification des échantillons biologiques et des séquences génétiques de « pathogènes à potentiel épidémique ». Un projet de protocole d’accord, consulté par plusieurs sources, prévoit un engagement de partage d’échantillons sur une période de 25 ans, sans toutefois garantir aux pays bénéficiaires un accès privilégié aux médicaments ou vaccins qui pourraient en découler.

Cette condition soulève des craintes quant à la remise en question des efforts mondiaux visant à établir un nouvel accord sur les pandémies et à assurer un accès équitable aux outils de lutte contre les épidémies. Les pays en développement, qui ont rencontré des difficultés d’accès aux vaccins pendant la pandémie de Covid-19, craignent une répétition de ce scénario.

Les négociations sur un système d’« accès aux agents pathogènes et de partage des bénéfices » (PABS), qui devait constituer une annexe à l’accord sur les pandémies, ont été reportées. Par ailleurs, le projet de mémorandum suggère que les pays doivent reconnaître l’approbation des médicaments par les autorités de régulation américaines comme satisfaisant aux exigences réglementaires nationales, en particulier dans les pays disposant de « marchés intérieurs importants » ou pour des raisons stratégiques.

Cette initiative intervient alors que des représentants des États-Unis et de la société civile sont réunis à Genève pour discuter du système PABS. Michel Kazatchkine, représentant du Groupe indépendant pour la préparation et la réponse aux pandémies, a exprimé son inquiétude : « À notre avis, ces accords bilatéraux porteront atteinte au système multilatéral. Ils contourneront l’Organisation mondiale de la santé et les fondations de solidarité et d’équité que nous avons essayé de construire ici. »

« Le modèle n’offre aucune garantie d’accès aux contre-mesures et donne une domination commerciale à un pays. Il menace la sécurité sanitaire, la sécurité des données et, en fin de compte, la souveraineté nationale », a-t-il ajouté.

Le Pandemic Action Network a également souligné l’importance d’un processus multilatéral et d’un système durable, dans lequel les pays coopèrent. « L’origine de ces négociations nous a menés jusqu’ici : chaque pays qui se battait pour lui-même s’est transformé en un nivellement par le bas – et ceux qui ont souffert étaient les plus vulnérables », a déclaré l’organisation dans un communiqué.

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