Face au déploiement massif de l’intelligence artificielle sur les campus, les étudiants réagissent entre adhésion pragmatique, refus net et inquiétudes écologiques. Les établissements adaptent leurs doctrines pour former la génération suivante tout en encadrant l’utilisation quotidienne des outils, selon des responsables pédagogiques.
La confrontation entre la jeune génération et l’intelligence artificielle génère des réactions contrastées dans les universités et grandes écoles. Qu’il s’agisse de débats houleux face à des représentants de la Tech ou de résistances ciblées, la communauté étudiante navigue entre usage quotidien et craintes pour l’avenir professionnel.
Les étudiants de Sciences Po et de l’ESSEC s’approprient les outils
L’utilisation quotidienne des technologies d’intelligence artificielle est devenue omniprésente chez les apprenants. Ces outils remplacent désormais le réflexe des moteurs de recherche chez des élèves qui fonctionnent en « prompt », indique Alice Antheaume, directrice de l’école de journalisme de Sciences Po. La résistance observée dans cette formation n’est d’ailleurs pas idéologique, mais environnementale, portée principalement par l’empreinte carbone des data centers.
De son côté, l’ESSEC affiche une approche pragmatique. Plus de la moitié des étudiants s’en servent chaque jour, et un tiers chaque semaine, sans rejet ni enthousiasme excessif. D’après Estefania Santacreu-Vasut, doyenne associée à la pédagogie de l’ESSEC, les trois quarts de ces derniers souhaitent être impliqués dans les décisions de l’établissement concernant ces technologies.
Des clivages marqués s’installent à Rubika et à l’Ensimag
Les inquiétudes varient fortement selon les disciplines enseignées. À Rubika, école d’animation, de jeux vidéo et de design située à Valenciennes, le rejet se concentre sur les métiers directement menacés. Les élèves en animation ont ainsi manifesté lorsque la Chambre de Commerce et d’Industrie a organisé un événement sur l’intelligence artificielle dans leurs locaux. En revanche, les étudiants en design industriel font preuve d’une adhésion pragmatique, tandis que le jeu vidéo présente un clivage plus fin entre des programmeurs juniors se sentant concurrencés et des artistes beaucoup moins inquiets.
À l’Ensimag de Grenoble, école d’ingénieurs formant des concepteurs d’outils, Christophe Picard constate un spectre complet allant des hyperenthousiastes aux opposants farouches. Les débats les plus vifs s’y déroulent d’ailleurs dans les cours transverses, où l’on analyse l’impact global de l’IA sur le monde.
Les grandes écoles déploient des doctrines pédagogiques disparates
Face à ces transformations, les équipes professorales déploient des stratégies variées. Rubika privilégie la temporalité en limitant l’utilisation durant les trois premières années pour garantir la maîtrise des fondamentaux. Forward College applique une distinction spatiale en proposant un espace verrouillé sans technologie pour les évaluations, et un autre où l’outil est encouragé sous condition de tenir un carnet de bord stratégique. L’ESSEC laisse quant à elle les enseignants définir eux-mêmes leurs zones sans technologie et leurs activités adaptées.
À HEC, Anne Michaut identifie comme défi principal l’accompagnement d’un corps professoral aux niveaux d’appétence très inégaux, l’objectif étant de maintenir la pertinence des cours sans laisser les enseignants se sentir obsolètes.