En 1985, deux sondes spatiales soviétiques Vega ont largué des ballons d’exploration dans l’atmosphère de Vénus avant de mettre le cap sur la comète de Halley. Ces aérostats ont dérivé pendant 46,5 heures dans les nuages vénusiens, une performance technique qu’ont confirmée les sources.
Une mission d’envergure internationale au cœur de l’enfer vénusien
À la fin de l’année 1984, l’Union soviétique a lancé depuis Baïkonour deux fusées Proton transportant chacune une sonde d’environ 4 840 kilogrammes, baptisées Vega 1 et Vega 2. Ces engins constituaient l’aboutissement du programme Venera, tout en inaugurant une vaste collaboration internationale associant l’URSS, l’Autriche, la Bulgarie, la Hongrie, l’Allemagne de l’Est, la Pologne, la Tchécoslovaquie, la France et l’Allemagne de l’Ouest. La contribution française comprenait notamment la fabrication des nacelles des ballons et une partie des instruments.
Le plan de vol prévoyait un double objectif redoutable : larguer des atterrisseurs sur le sol de Vénus, puis utiliser l’assistance gravitationnelle de la planète pour propulser les modules restants vers la comète de Halley. Le 9 juin 1985, Vega 1 a libéré son module de descente de 1 500 kilogrammes, deux jours avant son entrée dans l’atmosphère. À 61 kilomètres d’altitude, le bouclier a libéré un ballon gonflé à l’hélium muni d’une nacelle.

Quarante-six heures et demie de dérive sous haute pression
Les deux aérostats, d’un diamètre de 3,54 mètres, se sont stabilisés à une altitude d’environ 54 kilomètres au sein de la couche nuageuse vénusienne. Cette strate intermédiaire offre des températures comprises entre 30 et 40 degrés Celsius, contrastant fortement avec la fournaise de 460 degrés qui sévit à la surface. Pour résister à l’acide sulfurique, l’enveloppe des ballons était recouverte de polytétrafluoroéthylène.
Portés par des vents atteignant 240 kilomètres par heure en raison de la super-rotation atmosphérique, les ballons ont parcouru d’immenses distances. Un réseau de tracking antennas sur Terre a suivi leur trajectoire. Les instruments ont mesuré la température, la pression, les vents verticaux, la diffusion atmosphérique et la luminosité. Contrairement aux idées reçues, ce n’est ni la chaleur ni l’acide qui ont mis fin à la mission, mais l’épuisement des batteries après exactement 46,5 heures de fonctionnement, au cours desquelles les engins ont couvert environ 11 000 à 11 600 kilomètres.
Les données recueillies par les atterrisseurs sur le sol
Tandis que les ballons flottaient dans les nuages, les modules de descente ont atteint la surface vénusienne. Vega 1 s’est posé à 03:02:54 UT le 11 juin 1985 dans la plaine Mermaid au nord d’Aphrodite, transmettant des données pendant 56 minutes avant que sa foreuse à sol ne tombe en panne. Quatre jours plus tard, Vega 2 a touché le sol à 03:00:50 UT dans la région nord d’Aphrodite et a fonctionné pendant 57 minutes.
L’analyse du sol menée par Vega 2 a permis d’identifier une roche de type anorthosite-troctolite, rare sur Terre mais commune dans les hautes terres lunaires. Les données ont également suggéré que cette zone figurait parmi les plus anciennes explorées par les véhicules de type Venera.
De la planète Vénus vers la comète de Halley
Après avoir largué leurs charges vénusiennes, les sondes mères ont poursuivi leur trajectoire vers la comète de Halley. Vega 1 a survolé Vénus à une distance de 39 000 kilomètres avant d’entamer ses observations cométaires en mars 1986. Le 6 mars, elle s’est approchée à 8 889 kilomètres du noyau de Halley, traversant un nuage de poussière et prenant plus de 500 images.
Vega 2 a atteint son approche maximale le 9 mars à une vitesse de 76,8 kilomètres par seconde, légèrement inférieure aux 79,2 kilomètres par seconde de Vega 1. Malgré une perte de puissance de 80 % et des dommages partiels sur plusieurs instruments, la sonde a capturé 700 images à haute résolution. Les deux engins ont ensuite achevé leur mission primaire pour s’engager en orbite héliocentrique.