Publié le 10 décembre 2025 à 14h11. La flambée des prix de l’électricité aux États-Unis, dépassant l’inflation, inquiète les ménages et met en lumière l’impact croissant des centres de données sur le réseau électrique national.
- Les factures d’électricité augmentent trois fois plus vite que l’inflation, entraînant une hausse des coupures de courant à travers le pays.
- L’expansion rapide des centres de données, liés à l’essor de l’intelligence artificielle, exerce une pression significative sur le réseau électrique.
- Des solutions existent pour atténuer cette crise énergétique, notamment l’investissement dans les énergies renouvelables et une meilleure gestion de la demande.
Les Américains sont de plus en plus confrontés à des factures d’électricité exorbitantes. Selon le Bureau des statistiques du travail, les prix de l’électricité ont bondi de 40 % depuis février 2020, une augmentation supérieure à celle du coût global de la vie (26 %). Cette hausse se traduit par une augmentation des coupures de courant et un nombre croissant de foyers en retard de paiement. Près de 14 millions de ménages sont actuellement en défaut ou en recouvrement de leurs factures de services publics, pour un solde moyen de 789 dollars, soit une augmentation de 32 % par rapport à 2022. La situation pourrait s’aggraver avec l’arrivée de l’hiver et l’augmentation des besoins en chauffage.
L’essor des centres de données est pointé du doigt comme l’un des principaux facteurs de cette augmentation. Plus de 200 organisations ont appelé le Congrès à suspendre la construction de nouveaux centres de données, arguant que cette expansion accroît la demande d’énergie, augmente la pollution due aux combustibles fossiles, met à rude épreuve les ressources en eau et fait grimper les prix de l’électricité. Selon les estimations du ministère américain de l’Énergie, les centres de données pourraient consommer entre 6,7 % et 12 % de l’électricité totale des États-Unis d’ici 2028, contre 4,4 % en 2023. Une analyse de Bloomberg révèle que l’électricité coûte jusqu’à 267 % plus cher dans les zones proches d’une forte concentration de centres de données, avec une augmentation des coûts de 9,4 milliards de dollars pour les consommateurs de l’Illinois à Washington, D.C. Le développement rapide des centres de données connectés au réseau PJM Connection a fait augmenter les coûts de 180 % pour les utilisateurs de ce réseau.
Cependant, les centres de données ne sont pas les seuls responsables de cette crise. Certains États, comme la Virginie et le Texas, ont connu une forte augmentation de la production de centres de données sans pour autant subir une hausse significative des prix de l’électricité résidentielle. Cela s’explique par leur capacité à augmenter l’offre d’énergie grâce aux énergies renouvelables ou par des facteurs environnementaux spécifiques. Les États qui ont investi massivement dans l’énergie éolienne et solaire, comme le Nevada et le Dakota du Nord, ont enregistré les plus faibles augmentations des coûts de l’électricité. À l’inverse, la Californie, malgré ses investissements dans les énergies renouvelables, a été confrontée à des hausses importantes en raison des incendies de forêt qui ont détruit des lignes électriques et des centrales. De même, les États du Nord-Est, fortement dépendants du gaz naturel, subissent les conséquences de la hausse des prix du gaz et du manque de pipelines.
Une étude de l’Université Carnegie Mellon prévoit que les factures d’électricité pourraient augmenter jusqu’à 25 % d’ici 2030 dans des États comme la Virginie, en raison de l’impact des centres de données. En Ohio, la facture d’électricité d’un foyer moyen a déjà augmenté d’au moins 15 dollars par mois en raison de ces installations. Les coûts de l’électricité résidentielle augmentent plus rapidement que les coûts industriels, en raison du coût plus élevé du service aux clients plus petits et plus dispersés, ainsi que des politiques réglementaires qui favorisent les clients industriels. Une situation particulière se présente à Columbus, dans l’Ohio, où les grandes entreprises technologiques construisent tellement de centres de données que la société de services publics prévoit d’avoir besoin de six fois plus d’électricité qu’actuellement.
Le centre de données le plus gourmand en énergie des États-Unis se trouve dans le comté de Sarpy, au Nebraska. Exploité par Meta, il consomme jusqu’à 794 440 MWh par an. Meta a signé un accord avec Enel North America pour acheter toute la production de ses 320 MW d’énergie éolienne au Nebraska afin d’alimenter ce centre de données. Face à cette situation, plusieurs solutions sont envisageables : augmenter la production d’énergie verte, réduire la consommation maximale des centres de données et renforcer le pouvoir de négociation des consommateurs. Les États qui ont augmenté leurs approvisionnements en énergie renouvelable ont enregistré les plus faibles augmentations des coûts de l’électricité. Il est également possible de réduire la demande en incitant les centres de données à utiliser des batteries, à produire de l’électricité sur site ou à réorienter leur consommation pendant les heures de pointe. Enfin, il est nécessaire de créer des syndicats de services publics plus forts, capables d’organiser les ménages pour défendre leurs intérêts.
Dans un contexte où l’abordabilité est devenue une préoccupation majeure pour les électeurs des deux bords politiques, il est impératif de trouver des solutions durables pour maîtriser les prix de l’électricité. Seuls quatre États (Louisiane, New Hampshire, Kentucky et Nevada) n’ont pas connu de hausse des prix de l’électricité depuis le lancement de ChatGPT en novembre 2022. L’avenir énergétique des États-Unis dépendra de notre capacité à investir dans les infrastructures, à encourager l’innovation et à établir un partenariat public-privé efficace.
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