Publié le 10 décembre 2025 13:17:00. Un projet de loi controversé visant à réduire les peines pour des crimes liés à la tentative de déstabilisation du gouvernement brésilien après les élections de 2022 suscite une vive polémique, ouvrant la voie à une possible réduction de la peine de l’ancien président Jair Bolsonaro.
- Le Congrès brésilien a approuvé un projet de loi qui pourrait réduire la peine de l’ancien président Bolsonaro, condamné à 27 ans de prison pour avoir tenté d’empêcher la prise de fonction de Lula.
- Des incidents violents ont éclaté à la Chambre des députés lors du débat, avec l’expulsion d’un député de gauche par la police.
- L’équipe de défense de Bolsonaro a également sollicité une libération pour raisons médicales, invoquant une détérioration de son état de santé.
La Chambre des députés brésilienne a adopté mercredi matin un projet de loi qui pourrait considérablement alléger les peines encourues pour plusieurs infractions, dont la tentative de coup d’État. Cette décision intervient alors que l’ancien président Jair Bolsonaro, 70 ans, purge une peine de 27 ans de prison depuis novembre dernier, suite à sa condamnation pour avoir orchestré un plan visant à contrecarrer l’investiture de Luiz Inacio Lula da Silva après les élections de 2022.
Si le texte est finalement adopté par le Sénat, la peine de Bolsonaro pourrait être réduite à un peu plus de deux ans d’emprisonnement. Les partisans de l’ancien président, majoritaires au Congrès, avaient exploré différentes options pour obtenir un allègement de sa sentence, notamment une amnistie qui avait finalement échoué suite à des manifestations à l’échelle nationale.
Le député Sostenes Cavalcante avait déclaré après l’échec de la tentative d’amnistie que
« La première étape pour atteindre notre objectif sera la réduction des peines. »
Sostenes Cavalcante, député
Les débats autour de ce projet de loi ont été particulièrement houleux. Mardi, des troubles ont éclaté à la Chambre des députés, culminant avec l’expulsion forcée du député de gauche Glauber Braga, allié du gouvernement, après qu’il ait dénoncé une offensive putschiste
et occupé le fauteuil du Président. Les images diffusées à la télévision locale montrent l’intervention de la police, l’interruption temporaire de la séance et l’expulsion des journalistes de la salle plénière.
Braga a justifié son acte en affirmant qu’il exerçait son droit
« de ne pas accepter comme un acquis l’amnistie accordée à un groupe de putschistes. »
Glauber Braga, député
Paulinho da Forca, responsable des négociations sur le projet de loi, a précisé que, s’il est adopté,
« Bolsonaro verra sa peine réduite (…) à environ deux ans et quatre mois de prison. »
Paulinho da Forca, responsable des négociations
Il prévoit également la libération conditionnelle d’une centaine de partisans de Bolsonaro incarcérés pour leur participation à l’attaque du 8 janvier 2023 contre les bâtiments gouvernementaux de Brasilia, survenue peu après la prise de fonction de Lula.
Il incombera toutefois au pouvoir judiciaire de réévaluer les peines en fonction des nouvelles dispositions approuvées par le Congrès. Parallèlement, l’équipe de défense de Bolsonaro a déposé une requête auprès de la Cour suprême pour obtenir l’autorisation de le libérer afin qu’il puisse subir une intervention chirurgicale, en raison d’une détérioration de son état de santé. Ses avocats ont également réitéré leur demande de permission pour que l’ancien président puisse purger sa peine à domicile pour des raisons humanitaires
.
Cette initiative a suscité de vives critiques. Lindbergh Farias, chef du Parti des travailleurs au Congrès, a dénoncé une mesure inacceptable
visant à créer une loi spécifique au profit de Bolsonaro
. Le président conservateur de la Chambre, Hugo Motta, a également été critiqué pour avoir ordonné l’expulsion des journalistes, un acte dénoncé par l’association nationale de la presse FENAJ et un syndicat de journalistes comme un épisode de censure et d’agression contre la presse
.
Le projet de loi, bloqué pendant plusieurs mois, a refait surface quelques jours après que Bolsonaro ait désigné son fils, le sénateur Flavio Bolsonaro, comme son successeur potentiel pour les élections présidentielles de 2026. Flavio Bolsonaro a déclaré dimanche qu’il serait prêt à renoncer à sa candidature à la présidence en échange d’une amnistie pour son père.
Fin novembre, les avocats de Jair Bolsonaro avaient annoncé leur intention de faire appel de sa détention, arguant qu’elle pourrait mettre sa vie en danger
en raison de sa santé fragile. Bolsonaro souffre d’antécédents de problèmes abdominaux suite à une agression au couteau survenue pendant la campagne de 2018 et a subi plusieurs interventions chirurgicales par la suite. Les documents médicaux récemment soumis et consultés par l’AFP révèlent une détérioration significative de l’état de santé de Bolsonaro
nécessitant une hospitalisation immédiate
, selon son équipe de défense.
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