Publié le 9 novembre 2023 16:15:00. Sept grands noms de la caricature politique mexicaine se sont réunis pour évoquer les défis de leur métier à une époque où le pouvoir semble de plus en plus sensible à la critique et où l’intelligence artificielle menace leurs emplois.
- Les caricaturistes déplorent un manque d’humour et une fragilité croissante chez les responsables politiques.
- L’impact des nouvelles technologies, notamment de l’intelligence artificielle, sur la profession est source d’inquiétude.
- Les réseaux sociaux modifient la perception et la consommation de la critique politique.
Lors de la conférence « Au-delà du carton », des figures emblématiques de la caricature mexicaine – Luy, Chelo, Fer de Anda, Waldo, Boligán, Kemchs et Galindo – ont partagé leurs réflexions sur l’évolution de leur art et les obstacles auxquels ils sont confrontés. Ces artistes, dont les carrières s’étendent des années 1970 à nos jours, ont consacré leur vie à questionner le pouvoir par le biais de l’humour graphique.
Kemchs a exprimé une préoccupation partagée par ses pairs : « Aujourd’hui, les politiciens du parti 4T (Movimiento Regeneración Nacional) sont très fermés. Ils manquent d’humour. Leur peau est trop sensible et ils ne veulent rien savoir. » Il a rappelé une époque où les relations entre les hommes politiques et les caricaturistes étaient plus ouvertes, où les premiers appréciaient même de recevoir et de collectionner les œuvres satiriques.
Selon Boligán, collaborateur de ce journal depuis 1992 et triple lauréat du Prix national du journalisme, le rôle du caricaturiste ne se limite pas à faire rire. « Il y a des dessins animés qui font parfois rire, mais d’autres fois font pleurer ou suscitent la colère. L’humour n’est pas toujours dans nos dessins animés. » Il insiste sur la fonction du caricaturiste comme agent invitant à la réflexion, plutôt que comme simple amuseur public.
La conférence a également abordé les enjeux posés par les nouvelles technologies. Waldo a mis en garde contre les risques liés à l’utilisation non maîtrisée de l’intelligence artificielle, soulignant le danger de voir les employeurs remplacer leurs salariés par des outils automatisés. « Cet outil devient dangereux car il donne la possibilité à l’employeur de remplacer ses salariés. Le problème est éthique. »
Chelo, quant à elle, perçoit une menace plus profonde. Elle a souligné la difficulté croissante de distinguer le vrai du faux dans un monde saturé d’informations : « Nous vivons dans un monde où toutes les informations sont à portée d’un téléphone, mais il est déjà très difficile de discerner ce qui est vrai et ce qui est un mensonge. »
Les participants ont unanimement convenu que les réseaux sociaux ont profondément modifié la manière dont la critique politique est diffusée et perçue. Malgré ces défis, ils ont réaffirmé que l’humour politique demeure un exercice essentiel de liberté et de résistance, même si, selon eux, se moquer du gouvernement est devenu un acte de plus en plus délicat.