Publié le 29 octobre 2025 18:26:00. L’essor rapide des lancements de fusées, tant commerciaux que gouvernementaux, pourrait compromettre la reconstitution de la couche d’ozone, un bouclier vital contre les rayons ultraviolets nocifs. Des chercheurs de l’ETH Zurich et de l’Université de Canterbury mettent en garde contre un impact potentiel sur l’atmosphère.
- Le nombre de lancements de fusées a triplé au cours des cinq dernières années et pourrait être multiplié par huit d’ici 2030.
- Les émissions de suie et de gaz chlorés issus des fusées persistent plus longtemps dans la stratosphère que les polluants terrestres, affectant la chimie de l’ozone pendant des années.
- À l’instar du Protocole de Montréal, une coopération internationale est nécessaire pour réglementer les émissions liées à l’activité spatiale et protéger la couche d’ozone.
L’augmentation spectaculaire de l’activité spatiale suscite des inquiétudes quant à son impact sur l’environnement atmosphérique. Si les accords internationaux ont permis de limiter les dégâts causés par les chlorofluorocarbones (CFC) – des substances responsables de la destruction de l’ozone – les émissions liées aux lancements de fusées ne sont, pour l’instant, pas encadrées par des réglementations spécifiques.
Selon une étude menée par Laura Revell et Sandro Vattioni, le nombre de lancements a été multiplié par trois ces cinq dernières années et pourrait atteindre un niveau huit fois supérieur d’ici 2030. Les simulations réalisées par les chercheurs indiquent qu’une telle progression pourrait entraîner une diminution de l’épaisseur moyenne mondiale de l’ozone de 0,3 %, avec une baisse saisonnière de 4 % en Antarctique. Ces chiffres pourraient retarder le retour aux niveaux préindustriels de l’ozone, initialement prévu pour 2066.
Les moteurs de fusée rejettent divers composés qui affectent la stratosphère. Les émissions contiennent notamment des particules de suie et des gaz chlorés. Contrairement aux polluants terrestres, ces substances ne sont pas éliminées par des processus naturels comme le lavage par la pluie et persistent donc plus longtemps, perturbant la chimie de l’ozone pendant des années. Les moteurs à combustible solide sont particulièrement problématiques en raison de leurs rejets de chlore, tandis que presque tous les systèmes actuels émettent de la suie. Seuls les propulseurs cryogéniques, utilisant de l’oxygène et de l’hydrogène liquides, ont un impact minimal, mais ils ne représentent que moins de 6 % des lancements actuels en raison de leur complexité opérationnelle.
L’étude souligne également que la rentrée des satellites et les débris spatiaux contribuent à la formation d’oxydes d’azote et de particules métalliques, susceptibles d’accélérer la perte d’ozone. Bien que ces effets ne soient pas encore entièrement quantifiés, ils méritent une attention particulière.
Les auteurs de l’étude insistent sur la nécessité d’une réponse coordonnée entre les gouvernements, les agences spatiales et les fabricants. Ils recommandent notamment la mise en place de systèmes de surveillance, l’imposition de limites à l’utilisation de carburants à fort impact, la promotion de technologies alternatives et l’élaboration d’une réglementation mondiale pour protéger la couche d’ozone. Le succès du Protocole de Montréal, qui a permis de réduire considérablement la production de substances appauvrissant la couche d’ozone, démontre qu’une action collective est possible face aux menaces environnementales mondiales.
Source : ETH Zurich
Photo : Shutterstock
Sur le même sujet
