Publié le 27 novembre 2025 à 12h30. Les géants de l’intelligence artificielle, après une course effrénée aux ingénieurs spécialisés dans les modèles de langage, se lancent désormais à la conquête d’un nouveau terrain de recrutement : les neuroscientifiques, qu’ils attirent avec des offres salariales mirobolantes.
- L’avantage concurrentiel dans le domaine de l’IA ne réside plus dans la simple possession d’un modèle de langage (LLM), mais dans sa capacité à être optimisé et rendu plus prévisible.
- Les entreprises espèrent décrypter les mécanismes du cerveau humain pour améliorer l’efficacité énergétique et l’interprétabilité de leurs systèmes d’IA.
- Des chercheurs en neurosciences quittent les universités pour rejoindre des entreprises comme OpenAI, Meta et Apple, attirés par des salaires et des avantages considérables.
La course à l’intelligence artificielle entre dans une nouvelle phase. Après avoir massivement recruté des ingénieurs spécialisés dans les modèles de langage, les entreprises technologiques se tournent désormais vers les neurosciences. Meta, OpenAI, Apple et d’autres acteurs majeurs débauchent activement des chercheurs en neurosciences, souvent avec des offres salariales dépassant les 350 000 $ par an, voire atteignant des millions de dollars avec les primes et les actions.
Cette nouvelle obsession s’explique par une prise de conscience : l’avantage concurrentiel ne se situe plus tant dans la possession d’un modèle de langage (LLM) que dans sa capacité à être optimisé et rendu plus prévisible. Pour y parvenir, les entreprises estiment qu’il est crucial de mieux comprendre le fonctionnement du cerveau humain, source d’inspiration ultime pour l’intelligence artificielle.
L’exemple d’Aldo Battista, chercheur à l’Université de New York, est révélateur. Spécialiste des processus de décision, il a rejoint en septembre dernier Meta pour appliquer ses connaissances aux systèmes de recommandation de contenu sur les réseaux sociaux, comme le rapporte Semafor. Il souligne un changement majeur : la rapidité de l’impact. Au lieu de publier des articles scientifiques qui pourraient rester inaperçus, les modifications apportées aux algorithmes ont un impact immédiat sur le comportement de millions d’utilisateurs.
« Mes recherches universitaires sur la façon dont nous choisissons ce que nous mangeons pour le dîner, par exemple, permettent désormais de prédire quelle vidéo nous accrochera sur Instagram. »
Aldo Battista, chercheur
D’autres exemples illustrent cette tendance. OpenAI a récemment contacté Merge Labs, une entreprise concurrente de Neuralink dans le domaine des implants cérébraux. Akshay Jagadeesh a rejoint OpenAI en tant que chercheur après dix ans d’études sur le cerveau et la perception visuelle, avec pour objectif d’améliorer les modèles d’IA grâce à son expertise en neurosciences computationnelles, comme le rapporte NDTV. Le ‘EBRAINS Summit 2025 – Neuroscience, AI & Technology’, un événement européen majeur, a également mis en évidence le nombre croissant de profils académiques rejoignant les startups d’IA, comme le montre le programme de l’événement.
Ruslan Salakhutdinov, expert en apprentissage automatique, a été nommé directeur de la recherche sur l’IA chez Apple, après avoir travaillé pendant des années sur des modèles inspirés des systèmes biologiques, comme le révèle Female Switch.
Cette quête de talents s’explique par deux enjeux majeurs. Tout d’abord, la consommation d’énergie. Le cerveau humain effectue des opérations complexes avec une efficacité énergétique stupéfiante (environ 20 watts), tandis que les systèmes d’IA nécessitent une puissance bien supérieure pour des tâches équivalentes. Réduire cet écart est considéré comme un objectif prioritaire. Ensuite, l’interprétabilité. Comprendre pourquoi un modèle d’IA prend une décision donnée est devenu crucial, et les neurosciences offrent des outils pour décrypter les processus décisionnels complexes.
Les offres d’emploi reflètent cette situation. Un poste de chercheur chez OpenAI, dans le domaine des sciences mathématiques et appliquées à l’IA, propose un salaire de base allant de 178 000 $ à 342 000 $ par an, sans compter les primes et les actions. D’autres laboratoires privés d’IA proposent des fourchettes similaires, allant de 150 000 $ à 350 000 $ par an. OpenAI a même proposé des forfaits complets atteignant plusieurs millions de dollars, incluant salaire, primes et actions, ce qui explique pourquoi certains neuroscientifiques négocient des contrats dignes de stars du sport.
Matthew Law, employé d’OpenAI après avoir étudié à Stanford, estime que les entreprises d’IA ont élargi leur champ de recrutement au-delà des diplômés traditionnels en informatique, explorant l’ensemble du paysage scientifique. Il observe également un début de pénurie de développeurs purs.
Cette course aux neuroscientifiques témoigne d’un certain désespoir dans l’industrie de l’IA de trouver des avantages concurrentiels durables. Si la prochaine avancée majeure se trouve dans les laboratoires universitaires de neurosciences, la Silicon Valley est prête à les vider de leurs talents, en utilisant des salaires exorbitants et un financement illimité pour contrer les offres des universités.
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