Une modification discrète du système Medicaid, incluse dans une récente loi budgétaire, pourrait entraîner une augmentation des factures médicales pour les patients à faible revenu et les personnes âgées, tandis que le gouvernement espère réaliser des économies considérables.
Jusqu’à présent, Medicaid couvrait généralement les soins de santé reçus jusqu’à trois mois avant qu’une personne ne dépose sa demande d’adhésion, à condition qu’elle soit éligible au moment de la demande. Cette période de grâce constituait un filet de sécurité essentiel pour ceux qui tombaient malades avant de pouvoir naviguer dans les procédures d’inscription. La nouvelle loi réduit cette fenêtre de couverture rétroactive à un ou deux mois, selon l’État. Pour les adultes bénéficiant des programmes d’expansion de Medicaid, la couverture rétroactive est désormais limitée à un mois après l’adhésion, tandis que pour les inscrits traditionnels, elle est de deux mois.
Le Bureau du budget du Congrès (CBO) estime que ce changement permettra au gouvernement de réaliser des milliards d’économies au cours de la prochaine décennie. Cependant, ces « économies » ne se traduisent pas par une diminution des maladies ou une amélioration des soins. Elles se traduisent plutôt par des factures impayées qui se répercutent sur les patients, les établissements de soins de longue durée et l’ensemble du système de santé.
Les conséquences de cette modification pourraient être particulièrement graves pour les personnes bénéficiant à la fois de Medicare et de Medicaid – les « bénéficiaires doubles ». Ces Américains, souvent des personnes âgées ou handicapées, peuvent devenir éligibles à Medicaid après avoir épuisé leurs ressources financières, tout en conservant leur couverture Medicare. La réduction de la période de couverture rétroactive signifie qu’ils devront faire face à des factures importantes en attendant l’approbation de leur inscription à Medicaid.
Plusieurs États qui ont déjà tenté de réduire les fenêtres d’éligibilité ont dû revenir en arrière, car les coûts des soins de santé sont élevés et une couverture limitée ne fait qu’aggraver les difficultés financières des patients et de leurs familles.
Cependant, les hôpitaux disposent d’une marge de manœuvre pour atténuer l’impact de ces changements. Ils peuvent choisir d’utiliser les revenus générés par le programme de tarification des médicaments 340B pour couvrir les frais médicaux des patients qui ne sont plus couverts par la nouvelle fenêtre de couverture rétroactive.
Le programme 340B permet aux hôpitaux éligibles d’acheter des médicaments en ambulatoire à des prix réduits et de conserver la différence entre le prix d’achat et le prix de remboursement. Ces revenus, qui se chiffrent en milliards de dollars à l’échelle nationale, sont censés être utilisés pour améliorer l’accès aux soins pour les patients à faible revenu. Certains hôpitaux utilisent ces fonds pour développer des cliniques ou des programmes communautaires, tandis que d’autres les considèrent simplement comme un revenu supplémentaire.
Les hôpitaux éligibles au programme 340B, qui sont souvent des établissements de soins sociaux financés par le gouvernement fédéral, pourraient réaffecter une partie de ces fonds pour couvrir les frais médicaux des patients qui se retrouvent sans couverture en raison de la réduction de la période rétroactive. Ils pourraient créer un fonds au niveau du réseau pour absorber la partie non couverte des soins, ou mettre en commun les fonds 340B à la fin de l’année pour couvrir les dépenses des patients.
Une telle réaffectation des fonds permettrait d’éviter l’endettement médical pour les patients qui auraient dû être éligibles à Medicaid et démontrerait l’engagement de l’hôpital envers sa communauté. Elle soulagerait également le personnel hospitalier des difficultés liées à la gestion de ces changements et de leurs conséquences pour les patients.
À l’avenir, le Congrès pourrait envisager de modifier les règles du programme 340B pour exiger que les hôpitaux consacrent une partie de leur financement à la couverture des soins rétroactifs. Bien que cette mesure ne soit pas réalisable dans le contexte politique actuel, elle pourrait gagner du terrain à l’avenir. Même une réaffectation partielle des revenus du programme 340B garantirait que les patients ne soient pas pénalisés pour le moment où ils tombent malades.
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