Home SantéLes médicaments pour le cœur reviennent à la mode chez les personnes anxieuses et inquiètes

Les médicaments pour le cœur reviennent à la mode chez les personnes anxieuses et inquiètes

by Sophie Martin

Publié le 2024-02-29 16:35:00. De plus en plus de personnes recourent aux bêtabloquants, initialement prescrits pour des problèmes cardiaques, afin de gérer leur anxiété, notamment avant des événements stressants. Les spécialistes mettent en garde contre une utilisation détournée qui pourrait engendrer une dépendance psychologique et masquer les causes profondes de l’anxiété.

  • L’efficacité des bêtabloquants varie selon la fréquence d’utilisation, avec des effets plus durables en cas de prise régulière.
  • Les médecins recommandent une utilisation ponctuelle, associée à un suivi psychologique, pour traiter l’anxiété de performance.
  • Le risque principal est de développer une dépendance psychologique, empêchant ainsi le développement de la confiance en soi.

Les bêtabloquants, comme le propranolol, sont de plus en plus souvent utilisés hors de leur indication initiale pour calmer les symptômes physiques de l’anxiété. Si leur efficacité pour réduire le tremblement, la transpiration ou les palpitations est reconnue, les médecins insistent sur le fait qu’ils ne constituent pas une solution à l’anxiété elle-même.

Selon le Dr Ribas, l’impact du médicament est directement lié à la manière dont il est utilisé.

« Avec une utilisation continue, le blocage cardiovasculaire dure plus longtemps et peut durer jusqu’à 72 heures. L’effet d’une utilisation occasionnelle se dissipe au bout de quelques heures. »

Dr Ribas

Cette différence souligne l’importance d’une approche raisonnée.

En psychiatrie, l’utilisation la plus appropriée de ces médicaments est considérée comme ponctuelle, par exemple avant un examen, une présentation en public ou un événement particulièrement stressant.

« Pour ceux qui souffrent d’anxiété de performance, cela peut être un outil valable, à condition qu’il soit associé à un soutien psychologique. L’anxiété doit être traitée à son origine, et pas seulement contrôlée au niveau des symptômes. »

Dre Danielle Admoni, psychiatre

L’objectif est d’aider la personne à surmonter un obstacle spécifique, et non de masquer durablement son anxiété.

Les experts s’inquiètent du risque de transformer le bêtabloquant en une sorte de “béquille émotionnelle”. Bien qu’une dépendance physique n’ait pas été prouvée, le Dr Scocca met en garde contre une dépendance psychologique potentielle.

« Il n’y a pas de dépendance physique prouvée au propranolol. Mais il existe un risque de dépendance psychologique, c’est-à-dire que la personne croit qu’elle ne peut faire face à des situations difficiles que si elle prend d’abord le médicament. Et cela empêche le développement naturel de la confiance en soi. »

Dr Scocca

La Dre Admoni renchérit sur ce point, soulignant l’importance de s’attaquer aux causes profondes de l’anxiété.

« Cela ne sert à rien d’utiliser des médicaments au moment d’une crise et de penser qu’elle est résolue. Nous devons comprendre pourquoi il est si difficile de s’exposer et travailler plus en profondeur sur cette anxiété. Les médicaments peuvent aider la personne à accomplir quelque chose d’important, mais ils ne résolvent pas le problème. »

Dre Danielle Admoni, psychiatre

Pour les médecins, le message est clair : les bêtabloquants ne sont pas une solution à l’anxiété, mais plutôt un outil spécifique pour contrôler les manifestations physiques. Ils doivent être utilisés avec prudence et toujours en complément d’une prise en charge psychologique appropriée.

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