Publié le 19 décembre 2025 à 16h52. Une étude brésilienne suggère que de minuscules doses d’extraits de cannabis pourraient aider à stabiliser les fonctions cognitives chez les personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer, une piste prometteuse mais qui nécessite des recherches plus approfondies.
- Des microdoses de THC et de CBD, administrées quotidiennement, semblent avoir ralenti le déclin cognitif chez un petit groupe de patients.
- L’étude met en avant le rôle potentiel du système endocannabinoïde dans la protection des cellules nerveuses et la régulation de l’inflammation.
- Les chercheurs soulignent la nécessité de mener des études plus vastes pour confirmer ces résultats et évaluer les effets à long terme.
Face à l’augmentation du nombre de personnes touchées par les maladies neurodégénératives comme la maladie d’Alzheimer, la recherche de traitements efficaces est une priorité. Actuellement, il n’existe aucun remède curatif et les médicaments disponibles offrent souvent un soulagement limité des symptômes. Une récente étude menée au Brésil apporte un nouvel éclairage sur une approche potentiellement innovante : l’utilisation de microdoses d’extraits de cannabis.
Les chercheurs, dirigés par le pharmacologue Fabricio Pamplona, ont examiné l’effet de ces microdoses sur 24 patients âgés de 60 à 80 ans atteints d’une forme légère de la maladie d’Alzheimer. Les participants ont reçu quotidiennement une huile contenant des quantités égales de tétrahydrocannabinol (THC) et de cannabidiol (CBD) – à un dosage extrêmement faible de 0,3 milligramme de chaque composé. Cette dose est bien inférieure au seuil nécessaire pour provoquer des effets psychoactifs, excluant ainsi tout sentiment d’euphorie ou d’altération de la conscience.
Les résultats, publiés dans le « Journal of Alzheimer’s Disease », sont encourageants. Les chercheurs ont évalué les performances mentales des patients à l’aide de tests standardisés, dont le Mini-Mental Status Test (MMST). Ils ont constaté que, tandis que les capacités cognitives du groupe témoin (recevant un placebo) continuaient de se détériorer pendant la période d’étude, elles restaient stables chez les patients ayant bénéficié du microdosage de cannabis. En moyenne, ces derniers ont obtenu des scores supérieurs de deux à trois points à ceux du groupe témoin.
Bien que les scientifiques qualifient ces effets de modérés, ils les jugent cliniquement pertinents. La stabilisation des fonctions cognitives pourrait représenter un progrès significatif, en particulier pour les personnes aux premiers stades de la maladie. Ces résultats s’inscrivent dans la continuité d’études antérieures menées sur des animaux. En 2017, des recherches dirigées par le neuroscientifique allemand Andreas Zimmer avaient déjà démontré que de très faibles doses de THC pouvaient améliorer les capacités cognitives chez des souris âgées, en induisant des changements dans l’hippocampe, une région du cerveau essentielle pour la mémoire et l’apprentissage.
Les chercheurs avancent l’hypothèse que le système endocannabinoïde, présent dans le cerveau, perd de son activité avec l’âge. Ce système joue un rôle crucial dans la protection des cellules nerveuses et la régulation des processus inflammatoires. Les cannabinoïdes pourraient donc, au moins en partie, compenser ce déclin lié à l’âge.
Il est important de noter que les améliorations observées se limitaient aux fonctions cognitives. D’autres aspects, tels que la dépression, l’état de santé général et la qualité de vie, n’ont pas été affectés par le traitement. De plus, la fréquence des effets secondaires n’a pas différé significativement entre le groupe traité et le groupe placebo, ce qui est attribué au dosage extrêmement faible.
L’extrait de cannabis utilisé dans l’étude a été fourni par l’association brésilienne de patients ABRACE. Les auteurs précisent qu’il n’y a eu aucun financement de la part de l’industrie du cannabis. Selon Fabricio Pamplona, l’un des principaux obstacles à l’utilisation médicale du cannabis réside dans la perception sociale.
« De nombreuses personnes, y compris des professionnels de la santé, associent principalement le cannabis à l’intoxication et à la dépendance. »
Fabricio Pamplona, pharmacologue
Il souligne que les résultats de cette étude démontrent qu’il est possible d’obtenir des effets thérapeutiques sans altérer l’état de conscience.
À long terme, cette approche pourrait ouvrir la voie à de nouvelles stratégies de prévention, notamment chez les personnes présentant des troubles cognitifs légers ou des antécédents familiaux de maladie d’Alzheimer. Cependant, les chercheurs insistent sur la nécessité de rester prudents. L’étude a été menée sur un petit nombre de participants, la durée d’observation était limitée et les effets se sont concentrés sur un ensemble restreint de fonctions cognitives. Des études plus vastes, de plus longue durée et intégrant des méthodes de mesure biologiques supplémentaires sont indispensables pour confirmer ces résultats prometteurs.


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