Publié le 30 novembre 2025 à 21h31. La Chine a donné son feu vert à quatre nouvelles missions scientifiques spatiales ambitieuses pour les cinq prochaines années, renforçant ainsi son engagement dans l’exploration du cosmos et diversifiant son approche par rapport aux programmes nationaux chapeautés par l’agence spatiale.
- Kuafu 2 étudiera les pôles du Soleil, complétant les observations de la mission européenne Solar Orbiter.
- Hongmeng, un ensemble de dix satellites, cherchera à percer les mystères de l’âge sombre de l’Univers en observant les signaux radio les plus faibles depuis la face cachée de la Lune.
- L’observatoire Terre 2.0 (ET) se consacrera à la recherche d’exoplanètes, notamment des « Terres 2.0 », en utilisant une méthode similaire à celle de la mission Kepler de la NASA.
- eXTP, avec une collaboration européenne significative, analysera le rayonnement de haute énergie émis par les objets compacts comme les trous noirs et les étoiles à neutrons.
Ces missions, menées par l’Académie chinoise des sciences (CAS), se distinguent par leur origine et leur mode de financement. Contrairement aux programmes majeurs comme Chang’e (exploration lunaire) et Tianwen (exploration de Mars), gérés par l’Agence spatiale chinoise (CNSA) et la China Aerospace Science and Technology Corporation (CASC), les projets de la CAS sont proposés directement par des équipes de recherche universitaires et d’instituts à travers le pays. Ce modèle, comparable aux missions Discovery de la NASA, favorise une approche plus souple et axée sur la curiosité scientifique.
Le projet Hongmeng (鸿蒙计划, « harmonie » en mandarin), également connu sous le nom de DSL (Discovering the Sky at the Longest wavelength), est particulièrement ambitieux. Il consiste en dix satellites en orbite lunaire qui, paradoxalement, n’étudieront pas la Lune elle-même, mais les âges sombres de l’Univers – la période suivant la recombinaison cosmique et précédant la formation des premières étoiles, environ 100 millions d’années après le Big Bang. L’expansion de l’Univers a décalé vers le rouge les signaux radio émis à cette époque, les rendant extrêmement difficiles à détecter depuis la Terre en raison des interférences humaines. La face cachée de la Lune offre un environnement radioélectrique exceptionnellement calme pour ces observations.
La sonde Chang’e 4, première mission à se poser sur la face cachée de la Lune, a déjà mené une expérience préliminaire en collaboration avec le satellite Queqiao. D’autres instruments et missions suivront dans les années à venir pour approfondir cette recherche.
Kuafu 2 (Observatoire solaire en orbite polaire – SPO) sera un observatoire solaire conçu pour étudier directement les régions polaires du Soleil, complétant ainsi les données collectées par la mission européenne Solar Orbiter. Il orbitera autour du Soleil entre 0,9 et 1,15 unités astronomiques (UA) et atteindra une inclinaison supérieure à 80° pour obtenir une vue imprenable des pôles solaires. Comme la sonde Ulysse, Kuafu 2 effectuera un survol de Jupiter en 2032 pour ajuster son orbite, marquant ainsi la première fois qu’un engin spatial chinois s’approchera de cette géante gazeuse, avant la sonde Tianwen 4 qui la survolera deux ans plus tard.
L’observatoire Terre 2.0 (ET), ou 地球2.0 (xìwài dìqiú, « exo-terre » en mandarin), est un projet ambitieux visant à découvrir des exoplanètes similaires à la Terre. Il est comparable à la mission européenne PLATON et sera équipé de six télescopes grand angle de 28 centimètres de diamètre, ainsi que d’un télescope de 35 centimètres pour la détection par microlentille gravitationnelle. Il observera environ deux millions d’étoiles de type spectral FGKM et devrait découvrir plus d’exoterres que PLATON, grâce à une observation continue de la même zone du ciel que celle explorée par la mission Kepler de la NASA.
Enfin, l’observatoire à rayons X eXTP (Enhanced X-ray Timing and Polarimetry) bénéficie d’une collaboration européenne importante, impliquant l’Italie, l’Allemagne, la Suisse, l’Espagne, la France, le Danemark, la République tchèque et les Pays-Bas. Il analysera le rayonnement de haute énergie émis par les objets compacts tels que les trous noirs et les étoiles à neutrons, afin de valider les modèles théoriques actuels.
Ces quatre missions ont été officiellement sélectionnées dans le cadre du 15e Plan quinquennal chinois, après une phase de sélection compétitive en 2024. Bien que le programme spatial scientifique chinois soit encore en développement par rapport à ceux de l’ESA ou de la NASA, il a connu une croissance rapide ces dernières années. Il est important de noter que ces projets de la CAS ont connu des retards, des annulations et des restructurations, témoignant de la complexité de leur intégration dans l’ensemble du programme spatial national.