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Les niveaux d’immigration sont surestimés par le public, selon ESRI

by Clara Dubois

Publié le 2024-02-29 14:35:00. Une étude de l’Institut de recherche économique et sociale (ESRI) révèle que les perceptions de l’immigration en Irlande sont souvent inexactes, ce qui pourrait alimenter des attitudes négatives et la désinformation.

  • Les Irlandais surestiment la proportion d’immigrants dans la population et le nombre de demandeurs d’asile.
  • Ils sous-estiment la part des migrants qui viennent travailler ou étudier.
  • Ces perceptions erronées sont corrélées à des opinions défavorables sur l’immigration.

Les Irlandais ont tendance à surestimer l’ampleur de l’immigration dans leur pays, selon une nouvelle étude de l’ESRI. L’enquête, menée auprès de 1 200 adultes représentatifs de la population nationale et financée par le ministère de la Justice, des Affaires intérieures et des Migrations, met en lumière un décalage significatif entre les chiffres réels et les estimations du public.

En moyenne, les participants ont estimé que 28 % de la population irlandaise était née à l’étranger, alors que le chiffre officiel le plus élevé s’élève à 22 %. Ils ont également cru que 14 % des résidents étaient nés en dehors de l’Union européenne, du Royaume-Uni et de l’Amérique du Nord, presque le double du chiffre réel de 8 %.

L’étude révèle également une méconnaissance des motivations des migrants. Les personnes interrogées ont estimé que moins de 20 % des nouveaux arrivants non européens venaient en Irlande pour travailler ou étudier, alors que la réalité est proche de 50 %. Concernant les demandeurs d’asile, les estimations ont été particulièrement éloignées de la vérité : les participants ont pensé que 20 % des nouveaux migrants étaient en quête de protection internationale, alors que le chiffre réel est plus proche de 10 %.

Par ailleurs, l’étude a constaté que les personnes interrogées avaient tendance à sous-estimer le niveau d’éducation et le taux d’emploi des immigrants, tout en surestimant leur proportion dans le logement social et la population carcérale.

Selon l’ESRI, ces perceptions inexactes sont étroitement liées à des attitudes négatives envers l’immigration. Les personnes ayant les croyances les plus erronées étaient également les plus susceptibles de considérer l’immigration comme un problème national majeur. La surestimation du nombre de demandeurs d’asile et la sous-estimation de la migration à des fins professionnelles et éducatives se sont avérées être les facteurs les plus fortement associés à ces opinions défavorables.

Bien que l’étude souligne que la majorité des Irlandais conservent une attitude globalement positive envers l’immigration, elle met en garde contre le risque que des perceptions erronées faussent le débat public et rendent la population plus vulnérable à la désinformation. L’ESRI suggère que l’attention médiatique portée aux demandeurs d’asile pourrait contribuer à ces préjugés, en donnant l’impression que ce groupe est plus représentatif de l’ensemble des migrants qu’il ne l’est en réalité.

« Même si la plupart des gens n’ont pas d’attitudes négatives à l’égard de l’immigration, ceux qui en ont ont tendance à sous-estimer fortement la contribution économique des migrants. En réalité, il y a moins de migrants vivant en Irlande qu’on ne le pense et beaucoup plus viennent pour travailler et étudier qu’on ne le croit »

Dr Shane Timmons, chercheur principal à l’ESRI et auteur principal du rapport

Le Dr Timmons insiste sur la nécessité d’une compréhension partagée des faits pour mener un débat éclairé sur l’immigration. L’étude a été menée dans un contexte de débat public de plus en plus polarisé, marqué par des manifestations contre les centres d’accueil de demandeurs d’asile, une augmentation des crimes haineux et la prolifération de fausses informations en ligne. Bien que les préoccupations concernant l’immigration soient réelles, l’ESRI note qu’elles sont souvent éclipsées par des préoccupations plus pressantes liées au logement, au coût de la vie et au système de santé.

Le rapport recommande de développer des communications factuelles mettant en lumière des aspects souvent méconnus de l’immigration, tels que le taux d’emploi élevé des migrants et le nombre important de personnes titulaires d’un diplôme de l’enseignement supérieur.

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