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Les nouvelles orientations du pape sur la sexualité dans le mariage

by Clara Dubois

Publié le 4 décembre 2025 à 16h25. Un document récent du Vatican, approuvé par le pape Léon XIV, réaffirme la vision catholique de l’union sexuelle, tout en reconnaissant sa dimension pluri-dimensionnelle au-delà de la procréation, et s’appuie sur des références littéraires inattendues.

  • Le Dicastère pour la Doctrine de la Foi a publié une note doctrinale reconnaissant une « finalité unitive de la sexualité ».
  • Le texte souligne que les actes sexuels contribuent à renforcer l’union exclusive et le sentiment d’appartenance mutuelle.
  • Le document cite des auteurs tels que Pablo Neruda, Eugenio Montale et Søren Kierkegaard pour illustrer sa réflexion.

Le Vatican a publié fin novembre un document qui nuance la perception traditionnelle de la sexualité au sein de l’Église catholique. Signée par le Dicastère pour la Doctrine de la Foi – l’ancien Tribunal du Saint-Office – cette note doctrinale, approuvée par le pape Léon XIV, défend l’union monogame entre un homme et une femme, mais explore également la fonction de l’acte sexuel au-delà de la simple reproduction.

Publié uniquement en italien, le texte souligne que, ces dernières décennies, un « contexte d’individualisme consumériste post-moderne » a engendré des problématiques liées à une « recherche excessive et incontrôlée du sexe » ou à un « déni du but procréateur de la sexualité ». Parallèlement, la note observe également un « déni explicite de la finalité unitive de la sexualité » et du mariage, encourageant le « désir d’échange affectif » à travers les relations sexuelles, le dialogue et la coopération.

Le document affirme qu’une « vision intégrale de la charité conjugale » ne nie pas la fécondité, mais que l’union sexuelle, en tant qu’expression de cette charité, n’a pas besoin d’avoir « l’objectif explicite de chaque acte sexuel » d’engendrer une nouvelle vie. Il envisage trois situations : les couples qui ne peuvent pas avoir d’enfants, ceux qui ne recherchent pas consciemment un acte sexuel pour procréer, et le respect des « périodes naturelles d’infertilité », qui peuvent servir à réguler les naissances tout en restant ouverts à la possibilité d’une nouvelle vie.

Le texte précise que les couples peuvent profiter de ces périodes comme une manifestation d’affection et pour préserver la fidélité mutuelle, démontrant ainsi un « amour véritablement et totalement honnête ».

De l’abstention au plaisir

Cette position n’est pas totalement nouvelle dans les documents catholiques, mais elle est mise en avant dans ce texte qui cite des auteurs aussi variés que le poète chilien Pablo Neruda (1904-1973), le poète italien Eugenio Montale (1896-1981) et le philosophe existentialiste danois Søren Kierkegaard (1813-1855), également théologien chrétien.

« Bien que ce ne soit pas quelque chose de nouveau, il y a en fait une évolution dans la pensée de l’Église en tant qu’institution par rapport au sexe, au-delà de cette dimension de reproduction. »

Raylson Araujo, théologien, chercheur à l’Université pontificale catholique de São Paulo (PUC-SP)

Le théologien Raylson Araujo rappelle que les manuels anciens, utilisés pour guider les confesseurs aux XVIe et XVIIe siècles, recommandaient l’abstinence sexuelle, même au sein du mariage. Une vision dominante considérait le sexe comme « quelque chose de pécheur, de sale », et des pratiques telles que l’abstinence pendant le Carême ou le dimanche étaient courantes.

« Depuis le XXe siècle jusqu’à nos jours, surtout après le Concile Vatican II [qui s’est déroulé entre 1962 et 1965], cette idée a commencé à être revisitée », explique-t-il. Le Catéchisme de l’Église catholique, publié en 1992, aborde également le « caractère unitif » des relations sexuelles au sein du mariage.

Selon le sociologue des religions Francisco Borba Ribeiro Neto, ancien coordinateur du Centre Foi et Culture de la PUC-SP, la fonction unitive du sexe est une tradition dans l’enseignement de l’Église.

« [Le pape Jean-Paul II] a insisté sur la nécessité pour les couples chrétiens de reconnaître cet aspect de la sexualité. »

Francisco Borba Ribeiro Neto, sociologue des religions

« Ce qui s’est produit est une réduction moralisatrice du message chrétien, qui va même à l’encontre d’une conception intégrale de la morale chrétienne », observe-t-il. « Le document actuel rappelle simplement quelque chose qui devrait être connu et reconnu par tous ceux qui s’intéressent à la doctrine catholique. »

Le Catéchisme aborde la question aux paragraphes 2360, 2361 et 2362, affirmant que « dans le mariage, l’intimité corporelle des époux devient signe et gage de communion spirituelle ». Il souligne que les actes sexuels, s’ils sont « accomplis de manière authentiquement humaine », expriment et nourrissent le dévouement mutuel, apportant joie et gratitude, et que « la sexualité est source de joie et de plaisir ». Cependant, ces relations doivent toujours être motivées par l’amour.

Ribeiro Neto rappelle que, selon la doctrine de l’Église, « le plaisir sans amour est comme un orgasme », qui peut être « merveilleux, mais se termine dans l’amertume de la solitude ». « Dans les relations sexuelles, l’Église n’est pas contre le plaisir, mais plutôt contre le plaisir sans amour. Car le sexe, dans sa plénitude, est une célébration de l’amour », contextualise-t-il. « Il n’y a donc rien contre les catholiques qui ont des relations sexuelles pour le plaisir. Le problème, c’est d’avoir des relations sexuelles sans amour », explique-t-il. « Le plus grand problème culturel de la pratique sexuelle est peut-être le sexe sans amour responsable. Lorsque je donne ou reçois du plaisir d’une autre personne, je deviens responsable d’elle, car le plaisir sexuel est le don de l’intimité de l’être. Quand nous voulons avoir du plaisir et aimer sans responsabilité, alors nous échouons, car il n’y a pas de véritable amour sans responsabilité envers l’autre. »

Pour l’historien et théologien Gerson Leite de Moraes, professeur à l’Universidade Presbiteriana Mackenzie, l’élément le plus important à souligner dans cette note est que l’Église « ne recule pas devant le débat », abordant la sexualité dans une perspective contemporaine. Il rappelle que dans le passé, l’accent était mis sur la « continence conjugale », mais que l’exercice de la sexualité dans le cadre du mariage n’a jamais été nié.

L’érotisme dans la Bible

L’auteure du livre L’amour n’est pas à vendre, Ana Bezerra Felicio, linguiste et membre de l’Association brésilienne des chrétiens en science, souligne que les mentions d’interactions sexuelles dans la Bible sont souvent liées à des contextes négatifs : abus, viols, pratiques répréhensibles. L’exception est le Cantique des Cantiques, un poème érotique célébrant la rencontre sexuelle, datant probablement du Ve au IIIe siècle avant J.-C.

Dans un livre, des baisers sensuels

Le cardinal Víctor Manuel Fernández, actuel préfet du Dicastère pour la Doctrine de la Foi et ami proche du pape François, a rédigé ce texte. Il est également l’auteur du livre Guéris-moi avec ta bouche – L’art du baiser, dans lequel il encourage les couples à accorder une attention particulière aux baisers érotiques. Sa nomination a suscité des critiques de la part de secteurs conservateurs de l’Église, notamment en raison de ses positions plus ouvertes sur les questions LGBTQIA+ et les « seconds couples ».

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