Le paludisme masque souvent la dengue au Kenya, selon une étude récente, conduisant à des traitements inappropriés et soulignant un problème de santé publique potentiellement sous-estimé. Des chercheurs estiment que la dengue pourrait être beaucoup plus répandue en Afrique qu’on ne le pensait, avec des conséquences sur la prescription d’antibiotiques et le risque de résistance aux médicaments.
Une étude menée sur plus de 1 000 enfants ayant consulté des cliniques ambulatoires dans l’ouest et sur la côte kenyane entre 2014 et 2017 a révélé que 40 % d’entre eux présentaient des traces du virus de la dengue dans leur sang. Sans tests spécifiques, il est souvent difficile de distinguer la dengue du paludisme, car les symptômes – fièvre, maux de tête, sensation de malaise – sont très similaires. Les deux maladies sont transmises par les moustiques, mais nécessitent des approches thérapeutiques différentes.
L’étude a mis en évidence un constat préoccupant : parmi les 141 enfants diagnostiqués avec la dengue mais non avec le paludisme, 29 avaient reçu un traitement antipaludique et 75 un antimicrobien, alors que seulement 12 n’avaient reçu aucun médicament. Ces chiffres confirment des recherches antérieures indiquant un surdiagnostic du paludisme et une prescription excessive de médicaments antipaludiques et antimicrobiens.
« Le niveau de dengue que nous avons détecté était étonnamment élevé », ont noté les chercheurs, ajoutant que la présence simultanée de plusieurs sérotypes du virus était également inattendue. Ils ont même identifié le sérotype DENV-4, rarement rapporté en Afrique. De plus, la moitié des enfants atteints de dengue étaient également infectés par le paludisme, l’une des deux maladies étant souvent asymptomatique.
La surprescription de médicaments, selon l’étude, pourrait favoriser le développement de résistances aux médicaments et exposer les patients à des effets secondaires inutiles. Les infections asymptomatiques de la dengue constituent un réservoir important pour la transmission du virus aux moustiques, soulignant l’importance d’un diagnostic précis.
Les auteurs de l’étude insistent sur la nécessité urgente de développer des tests de diagnostic fiables et accessibles pour la dengue, ainsi que d’améliorer la surveillance de sa circulation en Afrique. « Des investissements dédiés pour développer un diagnostic de point de service fiable de la dengue sont nécessaires de toute urgence », concluent-ils, appelant à une réponse coordonnée face à cette menace croissante pour la santé publique.
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