Les ministres de l’Intérieur européens ont donné leur accord pour un ensemble de mesures controversées visant à durcir la politique migratoire de l’Union européenne, sous la pression de l’opinion publique et de la montée de l’extrême droite. Ces décisions, qui doivent encore être validées par le Parlement européen, prévoient notamment la création de centres d’éloignement et des sanctions renforcées contre les migrants en situation irrégulière.
L’accord, conclu lors d’une réunion à Bruxelles, intervient alors que les arrivées irrégulières en Europe ont diminué d’environ 20 % jusqu’à présent en 2025 par rapport à l’année précédente. Malgré cette baisse, la pression pour agir reste forte, comme l’a souligné le commissaire européen aux migrations, Magnus Brunner : « Nous devons accélérer pour donner aux gens le sentiment que nous contrôlons ce qui se passe. »
Parmi les mesures adoptées figurent l’ouverture de “hubs de retour”, des centres situés en dehors des frontières de l’UE où seraient envoyés les migrants dont la demande d’asile a été rejetée. Les migrants qui refuseraient de quitter le territoire européen s’exposeraient à des périodes de détention plus longues, et l’UE pourrait renvoyer des demandeurs d’asile vers des pays considérés comme “sûrs”, même s’ils ne sont pas leur pays d’origine.
Ces initiatives suscitent de vives critiques de la part des organisations de défense des droits des migrants. Silvia Carta, de PICUM, une ONG qui aide les migrants sans papiers, a déclaré : « Au lieu d’investir dans la sécurité, la protection et l’inclusion, l’UE choisit des politiques qui pousseront davantage de personnes vers le danger et le vide juridique. »
L’impulsion derrière ces mesures vient notamment du Danemark, qui assure actuellement la présidence tournante de l’UE et plaide depuis longtemps pour une politique migratoire plus restrictive. Un diplomate européen a confié à l’AFP qu’il existait « un souhait politique largement partagé » parmi les dirigeants européens de poursuivre dans cette voie. « Nous avons progressé très rapidement », a-t-il ajouté, sous couvert d’anonymat.
Cependant, des divergences subsistent au sein de l’UE. La France a exprimé des doutes quant à la légalité et à l’efficacité de certaines propositions, tandis que l’Espagne s’interroge sur la faisabilité des “centres de retour”, après des expériences infructueuses menées par d’autres pays.
Parallèlement, les États membres se sont mis d’accord sur un nouveau mécanisme de “solidarité” pour répartir au moins 30 000 demandeurs d’asile entre les pays de l’UE. Dans le cadre de cette réforme, les États qui accueillent un grand nombre d’arrivées, comme la Grèce et l’Italie, pourraient être soutenus par d’autres membres de l’UE, soit en accueillant une partie des demandeurs d’asile, soit en versant une contribution financière de 20 000 euros (23 000 dollars américains) par personne.
Un responsable européen a toutefois souligné les difficultés politiques liées à l’accueil de demandeurs d’asile : « Il y a peu de ministres de l’Intérieur qui voudront se présenter devant la presse et dire : ‘OK, j’en ai pris 3 000’. » Les détails de cet accord n’ont pas encore été rendus publics.
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